CHAPITRE VU
ongles de fer. Mais le peuple, témoin de cette scène, craignant de voir expirer la victime sous des mains étrangères, demanda à grands cris qu'on lui abandonnât le martyr, pour le mettre en pièces au gré lie sa fureur. Le tumulte allait croissant, et menaçait d'occasionner une véritable émeute. Pour la prévenir, le gouverneur se hâta de faire décapiter Épipode, qui alla recevoir dans les cieux le prix de sa constance.
Le lendemain, le gouverneur fit venii: Alexandre à son tribunal. « Sacrifie aux dieux, lui-dit-il, profite de l'exemple des autres, car « nous avons tellement pourchassé les chrétiens qu'il ne reste plus « que toi de cette race impie. — Vous vous trompez, reprit Alexan- < dre, le nom chrétien ne peut périr. La vie des hommes le perpétue € et il se propage par leur mort. » — On étendit alors le saint martyr, les jambes écartées, et, dans cet état, trois bourreaux se relayaient pour le frapper. Il endura ce supplice lent et cruel sans proférer une plainte. Enfin le gouverneur, le trouvant inébranlable, le condamna à mourir en croix. La sentence fut exécutée. Les chrétiens furent a&sez heureux pour soustraire, à la vigilance des soldats, les4M)rps des saints martyrs; et le même ton^beau réunit les restes des héroïques amis. Au nom de ces généreux confesseurs de la foi il faut joindre ceux de saint Marcel et de saint Valérien, qui, s'étant éch^pés de Lyon, souffrirent le maityre dans deux villes voisines, le premier à Ch&lons*sur-Saône, le second à Trmorchiumy la môme que Tournus.
4. La ville d'Autun fut, en même temps, témoin du dévouement et du courage de saint Sympborien. Issu d'une des premières familles de la ville, distingué par la brillante éducation qu'il avait regue, ce jeune et iutiépidc chi-étien rencontra, un jour, une prpcession solennelle qu'on faisait en l'honneur de C>bèle, la mère des Dieux. Il ne put s'empêcher de témoigner pubUquementle mépris qu'il professait pour les idoles, et se moqua hautement de ce culte superstitieux. Les païens irrités le traînèrent au tribunal du proconsul Ilémclius, comme un séditieux qui refusait d'adorer les divinités de l'empire. — « Poiin|uoi ne veux-tu pas consentir à rendre tes hoin- € mages à la jnère des Dieux ? lui demanda le juge. — J'adoi-e le « vrai Dieu, répondit Symphorieu. Pour l'idole de vos dcmoMs, si
1^4 HISTOIRE r.fe^ÉR.VLE \ik l'églisë.
€ vous iné le perHlcttéi, je là brisdhil à coups de maMeau, feous vos « yëUk. » — îl he te suffit pas d'ôtte sacrili^gr, tu veut encore 4i te faire cHâtter comme rebelle. 3> Héraclius le Bt alors batl^e de verges pût ses licteurs et conduire en prison. Qtielqu^s jours ajH*» il Itii fit subir un interrogatoire, et essaya de le tenter par teft pltis séduisarites promesses. Riches gratiflcatioiis, honneurs militaires, faveurs du prince, il lui offrit tout ce qui peut avoir qudffée «charme pdur les hotnmes, s'il consentait enfin à sacrifier tiux èfeux Immortels. « Je vais, ajoùtd-t-il, faire ohier de fleurs les autels « d* Apollon, de Cybftleet de Dliine, et vous assisterez avec moi à un f sacrifice solennel. » Lé saint rejeta, avec horreur, les insidieiises t>roposltions dn jugt . tl peignit ehsuite, en faisant ressortir leurs extratUganoes etteûr ridicule, lés cotirses insensées des Corjbantes, en l'honneur de Cjbèle, la superchei-ié des prêtres qtli rendaient les oracles d'ApdIton, les chasses slipel^tiliétises en Thonneur de biane. «érftcliHs te condamna à avoir ht t*tc tranchée. Pendant qu'on meunît le rnartyr aii lieu dti àupplice, hors des murs de la ville, sa mi5re, Mssl VénéMble psir sa piété ^tie parles ans, accourut, non pour TatlendHt par ses larmes, mais pout Taftérmir et l'animer par ses exhortations. Dtt ftatit ides remparts die lui criait : « Symphorieh, mon « fllS) mon éhér fils, souvenez-vous dti Ôleu vivant : montrez votre t courage et votre fo*. On ne doit point craindre unelnortqui con- « duitsArementfthivie. Pour ne pas regrettet-ld terre, levez vos ré- « gards vers le ciel, et méprisez des tourments qui durent si peu ; si t Vons avez de la constance, ils vont *tre changés en une félicité éter- « héWe. > Soutenu par la voix de sa tendre mère et par la force cetesté dé lA grâce, le jeune chrétien subit généreusement le martjTc. Ses reliques précieuses, recueillies par la piété des fidèles, furent déposée dans tine petite cellalé, ofa s'élevèrent depuis une majestueuse basilique et un célèbre monastère.
5. Par la Violence de la persécution dans les Gaules, on peut con- Jecturti* les ravages qu'elle fit dans les autres provinces de l'empire, tant d'atrocités, commises contre les chrétiens, inspirèrent d'éloquente écrivains, qui embrassèrent avec ardeur la défense de la foi et de la vertu, indignenient méconnues. Au nom de tous les fidèles de la Grèce, Athénagore, philosophe chrétien d'Athènes, adressa à
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rertfïcreur Marc-Aûrèle et à son flte Commode, qui venait d'être assoèié à l*enipire, mie apologie intitulée : Légation, parce qu'elle Mali l'Ambassade dés opprimés à leurs persécuteurs. Dans cet ouvrage, d'un style ptein de dignité et de force, d'une logique claire et précise, 11 expose et réfute victorieusement les accusations des païens contre le christiamisme. c Vous permettez, dit-il, à toutes c les nations, à toutes les villes, à tous les citoyens de vivre selon € leurs lois, de professer leur religion, de conserver leurs cérémo- « nies, d'honorer les Dieux de teurs pères, fussent-ils aussi ridicule^ € que les dieux-chats ou les dietix-crocodiles des Égyptiens : à nous c seuls, vous avec interdit de porter le nom de chrétien et de vivre c selon nos lois r et pourtant ce nom est innocent et nos lois sont « saintes. Le prétexte aux violences qu'on exerce contre nous est c raccusation vulgaire d'athéisme, d'inceste et de repa^ inhumains. « Si les chrétiens étaient convaincus de tels crimes, ce serait justice « d'exterminer leur secte, de laver dans leur sang tant de scéléra- « tesses^ sans épargner ni l'âge, ni le sexe, ni le rang. Mais les € empereurs eux-mêmes sont d'irréfragables témoins de l'injustice « desemblaMescalomnies, pilisqu'ilsont,parphisieursédits, défendu € les recherches contre les chrétiens; au lieu que ces recherches ne t sauraient jamais être trop exactes, ni trop sévères, si les abomina- € tions qu'on nous reproche avaient le moindre fondement.» Atbénagt>re examine ensuite, en détail, chaque chef d'accusation et en démontre la frivolité et l'injustice. Iltermineparunmouvementpldilde chatéur et d'éloquence, en répondantaux imposturesqu'on répandait, parmi le f)enple, sur les prétendus festins homicides de chrétiens. € Vous nous accusez de ce forfait épouvantable, nous qui avons c renoncé à vos spectacles de gladiateurs et de bètes féroces; parce € que nous ne trouvons pas de différence entre applaudir au meurtre « et le commettre! Nous croyons que c'est un crime d'exposer un « enfant, comme on le faittous les jours, à la porte de vos palais, dans « les rues et les places publiques; et vous nous accusez de les égor- € ger pour un barbare festin ! Notre religion nous ordonne de croire la « résurrection des morts: sicettecroyancevousparaltdénuéederaison, « moquez-vous de notre simplicité; mais ne nous accusez pas (te <f nousfaiftletombeauvivantdeceuxquidoiventressusciterunfour.»
il parait que le dogme de la résurrection était l*objet d'attaques fréquentes de la part des païens. Le saint a|)ologisle, qui n'avait fait qu'indiquer légèrement ce point de la foi catholique, à la fln de sa leyation, écrivit un traité spécial de la Résurrection des Morts, dans lequel il prouve sa possibilité, contre les objections tirées surtout de la li-ansformation des corps, et sa réalité fondée sur les raisons d'ordredivin, de convenance, de justice.
On remaniue, eu général, dans ces deux ouvrages d*Athénagoi*e, les seuls qui nous soient restés de lui, les idées et les raisonnements de saint Justin, mais présentés avec plus de ménagements et de style, il insiste moins sur les Écritui^s et davantage sur la raison. Toutefois il ne se borne plus au rôle d'accusé qui se défend. L'apologiste se fait I)eu à peu accusateur, et s'attache principalement à montrer ce qu'il y avait d'absurde et d'impur dans le paganisme, qu'il met en parallèle avec la doctrine et les mœurs des chrétiens.
6. Vers le même temps (178), saint Méliton, évéque de Sardes, présenta aussi une apologie aux deux empereurs. Le tremblement de terre, qui venait de renverser la ville de Sinyrne, avait attiré contre les chrétiens d'Asie la fureur populaire ; car on leui* attribuait toutes les calamités publiques. « £n vertu de nouveaux décrets pu- « bliés dans nos provinces, dit l'évéque de Sardes, les chrétiens sont « exposés à une persécution telle, qu'ils n'en ont pas encore soufre fertde pareille jusqu'à ce jour. Leurs calomniateurs avides s'au- « torisent des récentes ordonnances, pour dépouiller ouvertement « leurs malheureuses victimes. C'est pourquoi nous vous supplions € de prendre connaissance de la conduite de ces accusés, pour juger « ensuite dans votre équité s'ils méritent de pareils traitements. Si, « parmi vos prédécesseurs, Néron et Domitien se sont fait une « gloire cruelle de persécuter les chrétiens, Adrien, votre aieul, et « Antonin, votre père, ont signalé envers nous leur justice et leur « dénienœ. En adressant nos supplications et nos vœux au pied de « votre trône, nous ne doutons pas d'y rencontrer la même bienveil- « lance et la môme humanité. » Ce fragment, cité par Eusèbe, est tout ce qui nous reste de l'ouvrage de saint Méliton. Claude Apolliuairo, évoque d'Hiérapolis en Phrygie, signala également son zèle pour la roligioii, par une apologie présentée à l'empereur Marc-Au-
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rcie. L'antiquité chrétienne a loué Télégancedesonstyleet son érudition dans les lettres sacrées et profanes. Mais ses livres ne nous sont point parvenus. lien est de même de ceux de Miltiade, compté par TertuUien au nombre des hommes éminents qui avaient réfuté les erreurs de Valentin. Il composa, pour la défense de la philosophie chrétienne dont il faisait profession, une apologie remarquable, adressée aux Chefs de ce sièchy c'est-à-dire aux gouverneurs des provinces et des villes, que leurs attributions mettaient surtout en rapport avec les chrétiens.
7. AlamômeépoquevivaitHermias, écrivain célèbre par la nouvelle méthode qu*il employa pour confondre le paganisme. Jusqu'alors les auteurs chrétiens s'étaient bornés à établir la supériorité de la doctrine évangélique sur Tidolàtrie, en mettant au grand jour la belle doctrine de Jésus-Christ, pour la venger des calomnies dont on Faccablait ; mais Hermias prit une route opposée ; il attaqua le culte des dieux avec Tai-me du ridicule et d'une sanglante ironie. On le surnomma le Lucien chrétien. Son ouvrage intitulé : Les Philosophss raillés f est le plus adroit persifflage qui ait été fait du paganisme. Chef-d'oBuvre dans son genre, il se fait remarquer par autant de clarté et de précision que de viviicité, de finesse et de grâces. Il passe en revue les philosophes : chacun d'eux expose son système sur les Dieux, r&me de l'homme et les principes des choses ; et le second renverse toujours ce que le précédent voulait édifier.
Tout ce que l'Église comptait alors d'esprits cultivés et supérieurs employait son talent à établir, dans d'éloquents ouvrages, la divinité de la religion. Saint Théophile, sixième évéque d'Antioche depuis saint Pierre, publia trois discours contre les détracteurs de la foi chrétienne, nies adressaà Autolyque» docte païen, que, dans sa sollicitude pastorale, il cherchait à éclairer des saintes lumières de l'Évangile. La pâture de Dieu, sa providence, Tordre du monde, la création de l'homme, l'absurdité de l'idolâtrie, l'ignorance des philosophes et les vaines chimères des poètes païens, sur l'origine des êtres, opposées à la pureté de la doctrine et de la morale chrétieimes ; tels sont les sujets les plus remarquables traités par l'illustre évêque. Dans un autre ouvrage, il entreprit la réfutation d'Hermogénes, hérétique qui parut de son temps. Son erreur principale, détachée du
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grand système gnostique, roulait sur la matière!. Il la disait éternelle, avec les Platoniciens et les Stoïciens. En Torgantsant, Dieu en fit sortir le mondo, même les esprits, et il ajoutait que les démons y rentreraient un jour. Par ce rôle dominant attribué h la matière, flermogènes et ses disciples méritèrent le nom de matériels, materiarii, que leur donna, quelques années plus tard, tet-tulllen; en les coirt^ battant. Parmi ces hérétiques, ttermias et Scleucus, chefs des HermioUtes et des Séleuciens, se distinguèrent, dans la Galatie, par de nouvelles erreurs et des absurdités plus grossières.
8. Les efforts 'de tant d'apologistes ne purent réussir à éteindre le feu de la persécution. Mais si TÉglise, décimée par les bourreaux, perdait ses enfants par le martyre, dans les différentes provinces de Pempil-e romain, elle dilatait son sein pour y recevoir des peuples éloignés, qui se sentaient mystérieusement attirés aux clartés célestes delafbi.Lucius, roi de Tun des petite États delà Grande-Bretagne (Angleterre), envoya au pape une ambassade solennelle, pour demander des missionnaires qui pussent instruire ses sujets dans fat fol, Bt leur prt)curer le bietifait de la lumière évangélique. Saint Éleufhère accueillit avec joie les envoyés du prince. H lenr accorda des prêtres, dont ta prédication eut tant de sticcès, qti*au tem|)s de Tcrtullien, la croix avait déjà été arborée dans les régions les plus septentrionales die la (}rande-Bi*ctagtte, jusque-là inaccessibles atix aigles romaines. Lticins est honoré d*un cuite puMic , It 3 décembre.
9. Cependant Pempereur Bfarc-Auréle, après s'être engagé, éh Panttonié , dans -dne guerre contre les Marcomans , venait de monfir (186), teissant la pourpre h son flis Commode, qu'on soupçonna, non sans fondement, d'avirtr abrégé les jours de son père. Les Cruautés et les débauches du nouveau règne surpassèrent toutes ccMes dont Néron et Domitien avalent laissé le souvenir. Commode fit iiidnller en géants et eh monstres tous les mendiants et les estlt)piés, potir îes assommer lui-même à coups de massue, et se Ikire donner le nom d'Hercule romain. Rencontrant un jour un homme d'une corpulence extraordinaire, il le roupa en deux, pour prouver sa force, et jmiir du pfeisitde voit se répandre les entrailles deU victime. îlvtmlttt
que Bome changeât de nom et prît celui de Colonie CofnrMâienne.
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L'îhc^ste et i^s critttèé les pllis dbottlinablcs souillaient le palais de ce fou couf otiîiê, qui venait de s'asseoil- silr le trdhfe du monde, ftit* un sccrfet di\4?rin de sa Providence, Dieu lâchait la bride aut passions les plus hoilUnises de Thumanîté, pour qu'enfin, effrayée de ses propres excès, elle se jetât dans les bras d'une religion qui avait gardé seule le secret de la vertu. La persécuttôtt continua, pendant les deux premières anliées qui suivihîtit la mort de Marc-Aurêlc. Hle ccfesa ensuite, peut-être par l'inltiiencc de Marcia, à liaqudte Coftimode venait d'accorder les honneurs dés impératrices, et qui était ftitorablement disposée h l'égard dés éhrétlené.
4 0. Le calme d'uhe paix inattendue, après de si longues tëihpétcs, donna tieti à Un grand nombre de conversions. A Rome, plusieurs personnages de la plus haute distinction embrassèrent la foi chrétienne, avec toute leur fartiîHe. un sénateur, illustre dans les lettres et la philosophie, nommé Apollonius, fut de ce nombre. Un de ses esclaves le dénonça comme chrétien au tribunal de Pérétinis, préfet du Prétoire. Les ordonnances qtii défendaient d'aecii&er les chrétiens, sous peiné d'encourir le châtiment réservé aux calomniateurs, venaient d'être remises en vigueur. Pérfennis, en conséquence, fit mettre l'esclave en croix et lui fit casser les jambes. Mais ensuite, par une contradiction étrange, il ordonna k Apollonius de se justifier devant le sénat, et d'y rendre compte de sa conduite. Apollonius composa donc une apologie solide et éloquente, dans laquelle il confessa nettement la religion chrétienne, et lavengéait des accusations auxquelles elle était en butte. Il lut son discours devant le sénat assemblé. Mais il scella bientôt de son sang sa coura^usë profession de foi ; car, d'après redit detrajan, qui conservait encore force de loi , un chrétien, fine fois ttaduit eh justice, ne pouvait être absous s'iln'apostasiait. Un décret des sénateurs, ses collègues, condamna donc Apollonius à avoir la tête tranchée. Cette sentence fut exécutée l'an 1S9.
1 1 . f^ous ne connaissons pas d'autres martyrs qui aient soùlTert la mort sous Commode. Mais si les fidèles eurent la paix, du cAté des dolâtres, il n'en fut pas de même du côté des hérétiques. Théodotion, originaire d'Éphèse, d'abord disciple de Tatien, puis Marcionltc et enfin Juif, entreprit de traduire les livres saints de iTiébreu en grec. Il s^étaft proposé d'aîTaibllt les passages des prophéties qui
parlent de la divinité du Messie. Malgré son but hostile, il ne réussit pas à altérer notablement ces sources sacrées, et sa version devint une nouvelle arme en faveur de la vérité évangélique, entre les mains des Pères de TÉglise. Saint Ircnée en fait déjà mention dans son gi-and Traité contre les hérésies. Le saint évoque de Ljon, à son retour au milieu d'un troupeau où la persécution avait fait tant de ravages, trouva les Églises de la Gaule Celtique infestées par les erreurs des Marcosiens. Leurs prestigeset leurs sacrilèges impostures avaient séduit les faibles. Ils permettaient à leurs adeptes les plus monstrueux excès, sous le prétexte d*impeccabilité, commun à toutes les sectes gnostiques. Irénée entreprit de combattre les faux docteurs, et se trouva conduit, par son but même, à composer une réfutation complète de tout le système valentinien. Pour réussir dans un pareil ouvrage, il fallaitjoindre à une connaissance profonde de TÉcriture et à une rare pénétration d'esprit des études spéciales sur les systèmes de philosophie grecque et orientale. Saint Irénée, formé par saint Polycarpe, avait puisé, ù ses leçons, la doctrine et les traditions apostoliques dans toute leur pureté. Jeune encore, il s'était familiarisé avec la lecture des poètes et des philosophes profanes, comme le prouvent les fréquentes citations qu'il fait de leurs maximes. Enfin il étudia avec soin tous les écrits de Valentin et de ses disciples. Préparé par tous ces travaux à l'œuvre qu'il méditait, il put enfln mettre la dernière main à son immortel ouvrage : Adversus hereses. Il l'écrivit en grec, sa langue maternelle ; mais nous n'avons plus, du texte original, qu'un petit nombre de fragments conservés par Eusèbe. L'ouvrage qui nous est parvenu n'est qu'une traduction latine, faite probablement du vivant même de saint Irénée, à l'usage de son peuple et des Églises des Gaules. Il se divise en cinq livres. Le premier est consacré à l'exposition des hérésies gnostiques, toutes récapitulées dans le Valentinianisme. Considérant ce système comme le dernier développement de la Gnose, il en fait le centre de toute sa |)olémique. Dans le second, il s'attache à combattre toutes ces erreurs par les armes du bon sens et d'une saine logique. Il en fait ressortir le ridicule et les incohérences, et leur oppose les arguments de la raison. Dans le livre troisième, il les réfute par la tradition, les saintes Écritures et le texte des quatre Évangiles. Il continue ce genre de po-