CHAPITRE Vil. iii
lémique dans les quatrième et cinquième livres, où il cite aussi les Épttres de» Apôtres, qu'il avait réservées plus particulièrement pour la fin. L'argument principal qui fait le fondement des preuves de saint Irénée, est la tradition, dont il montre Texistence, le caractère et rautorité sacrée dans TÉglIse. Ne pouvant la suivre dans la succession des évéques de chaque siège, il se borne à invoquer la tradition de rÉglise romaine, la plus grande et la plus vénérable de toutes. « C'est une nécessité «, dit-il, pour les fidèles detous les pays, à cause € de son éminente primauté, de se conformer à renseignement du € Siège de Rome, qui a toujours conservé la tradition venue des t Apôtres. » Les hérétiques, au contraire, hommes nouveaux, n'ont point de racine dans le passé. Ils datent tous d'un chef, dont ils ont pris le nom en lui empruntant sa doctrine. Chez eux nulle succession d'autorité, d'enseignement, d'apostolat ; le caprice d'un esprit orgueilleux est leur seule loi, leur seule origine. L'argument de la tradition, que tous les Pères n'ont cessé d'employer dans leurs controverses, avait une force particulière, sous la plume d'un écrivain qui ne comptait, entre les Apôtres et lui, d'autre intermédiaire qu'un illustre martyr, saint Polycarpe, évoque de Smyrne. Rien n'est plus touchant que la manière dont saint Irénée parle de son ancien maître, dans une lettre au prêtre Florin, qui avait eu le malheur de tomber dans les pièges des hérétiques. € Étant encore enfant, dit l'illustre
< évéque, je vous ai vu en Asie-Mineure, dans la maison de Poly- € carpe. Hors que, vivant vous-même à la cour de l'empereur, vous € veniez voir ce saint évêque et tâchiez d'obtenir son estime. La mé- « moire de l'enfance crott avec l'intelligence et se confond avec elle, « de sorte que je pourrais indiquer le lieu où était assis le bienheu- € reux Polycarpe, quand il parlait, sa démarche, sa manière de vic vre, les discours qu'il faisait au peuple. Il nous disait comment il c avait vécu avec Jean, et avec les autres qui avaient vu Jésus-Christ.
< Il nous rapportait les instructions et les choses qu'il leur avait en-
* Ad hanc enim Ecclesiam, propter potiorem priucipalitntem, neees.se est omnem convenire Ecclesiam, hoc est, eos qui sunt undique fidèles, in quâ s^mper ab his qui sunt undique, conservala est ea quae est ab Apostolis tradltio. (Advers. Hreres., lib. m, cap. 3, n*2.)
44S HISTOIRE GtoÉEUE Dfi L*É0LI8C.
€ tendu dire, touchant le Seigneur, ses' miracles et sa doctrine. Dieu « nie faisait alors la gr&ce d'écouter ces discours, avec )a plus grande € attention, et de les graver dans mon cœur. » C'est Mnsi que,, touchant au siècle apostolique, saipt Irénée combattait les nouveautés mensongères de son temps, appuyé sur )a tradition et Tensei^pem^nt qu'il en avait reçu.
4â. L*illustre évéquede Lyon ne termina pa3 soi> grand ouvrage sous le pontificat de saint Éleuttièr^. Ce Pape mourut. Tan 1 8 6 ; il est honoré sous le titre de martyr, que lui donne le martyrologe romain . Il renouvela, dit le Lib^r Pontificalis, la défense de regarder comme fmpur aucun aliment ordinaire et propre h l^nourriture de Thomme * . Cette ordonnance était provoquée surtout par les abstinences outr^ et superstitieuses des Encratites ol des Montanistes. Saint Victor I«', Africain, fut élevé au souverain pontificat (186).
* Et hoc iterum firmavit, ut nulla esca usualis a Ghrislianis repudiaretur, maxime fidelibus, quam Deus creavif, quœ tamen rationalis et humana esset.
CQ4PITRE VIII. U3
CHAPITHE Vm.
1. Qotttion de te Pique — 2. Lettre de Polycrate, évtqne d'Bphèse, au pepe saint Victor pre- ■icr. -* 8. Lettre de saint Irénéc av pape saint Vieter premier. ~ 4. Utire éa éwêqum ^é IMMtjne an papa a^tot Victor F«w<<r> -^ ^ iHfN< <e» TMadnf i—a, ^ «.LAprteaGalaa réfete les Ibéodoiie^. — 7. iiutras apologistes de ta 1^1 chréUenoe. — 8. Ecoles dirétieoDes . — 9. Ecole chrétienne d*Aleiandrie. Saint Pantène. — 10. Oément d'Alexandrie. Ses oavralea. — il. Mort du pape silat Victor prenilar.
4 . La question de la P&que, soulevée, un quart de siècle auparavant, par saintPolycarpe, dans soi) entrevue avec le Pape saint Anicet, n'avait pQint été tranchée par les prédécesseurs de saint Victor P'. Les Asiatlquesavaientdonc continué Tusage particulier de célébrer la Pique, le uiéfne jopr que les Juifs. En vieillissant, cette coutume abusive sraiblait acquérir force de prescription. Elle entretenait d'ailleurs, entre les Asiatiques et l'Église latine, une divergence fâcheuse au sujet des fêtes, des jeûnes, toutes choses réglées principalement sur le jour de Pâque. Depuis la destruction définitive de Jérug^lem, par Adrien, le motif de ménager les Juifs, nouvellementoonvertis« qui conservaient un attachement presque invincible pour les rites mosaïques, avait cessé d'exister. D'une autre part, l'obstination des Asiatiques s'était accrue pai* l'espèce de consentement tacite du pape Axûcet et par l'autorité de saint Polycarpe. On avait vu, h Rome môme, les prôtres Blastus et Florin, venus d'Asie, s'efforcer de persuader aux fidèles, qu'pn ne pouvait, en conscience, suivre l'usage de l'Église latine pour la célébration de la Pâque. Les choses allèrent si loin, que, dans la crainte d'un schisme, les deux pontifes saint Soter et saint Éleuthère sévirent obligés de retirer aux Asiatiques résidant à Rome la permission de se conformer à la coutume de leur pays. En sorte que, par l'eacagération des Asiatiques, un point de discipline était devenu une question doctrinale. Saint Victor ne voulut pas laisser davantage s'acci'éditer l'erreur. Il résolut doî)c dtî travailler efficacement
à établir une parfaite uniformité dans toutes les églises. Il convoqua, dans ce dessein, à Rome, un concile des évoques dltalie. Il y fut solennellement décidé que la Pâque serait célébrée le dimanche, jour consacré, depuis le temps des Apôtres, à la mémoire de la glorieuse résurrection du Christ; oa interdisait desuivre^àTavenir, Tusage des Juifs, pour la célébration de cette solennité. Victor envoya la lettre ftynodale aux évéques de toutes les provinces de Tunivers catholique. Par son ordre, Théophile de Césarée assembla les évéques de la Palestine; saint Irénéede Lyon, ceux des Gaules; Bacchyle de Corinthe, ceux d* Achaïe ; Démétrius d'Alexandrie, ceux d'Egypte ; et Palma d' Amastris, ceux du Pont. Ces assemblées entrèrent unanimement dans les vues du saint Pontife. Les lettres qu'elles lui adressèrent, à ce sujet, s'accordent toutes sur la nécessité de se conformer à la coutume deTÉglise latine, pour la célébration de la Pâque.
2. Cependant Polycrate, évéque d'Éphèse, avait été chargé, par saint Victor, de présider le concile de FAsie proconsulàire. Comme il était facile de le prévoir, les évéques de ce pays ne se montrèrent pas disposés à abandonner un usage ancien dans leur province et appuyé sur une tradition vénérable. « C'est parmi nous, » écrivait Polycrate à saint Victor, en lui rendant compte des opérations de l'assemblée, « c'est en Asie que se sont endormies dans le Seigneur ces grandes € lumières de l'Église : Philippe, l'un des douze Apôtres, mort à « Hiérapolis; Jean qui a reposé sur la poitrine du Seigneur ; le saint « Pontife qui a porté la lame d*or, martyr et docteur, qui est venu « mouriràÉphèse; Polycarpe, l'illustre évéque de Smyrne;Thra- « séas, évoque et martyr d'Euménie ; le bienheureux Méliton, évéque « de Sardes, dont le Saint-Esprit inspirait toutes les pensées et diri« « geait tous les actes. Ces grands personnages ont célébré la Pâque, « le quatorzième jour de la lune, suivant le texte de l'Évangile, et ob- € servant la règle de la foi. Et moi Polycrate, le dernier des évoques, « après avoir vécu soixante-cinq ans pour le service du Seigneur, « j'observe la tradition de mes maîtres et de mes pères. Je ne me lais- « serai point effrayer par les menaces, sachant la parole des Apôtres : « Il vaut mi^ux obéir k Dieu qu'aux hommes. » Autant les lettres des autres conciles avaient apporté de consolation au Pape, autant celle de Polycrate lui causa de douleur. L'évéque d'Éphèse se retranchait der-