‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 50 sur 190 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

rière iinetnidiUon, respectable sans doute, et pour laquelle les pontifes romains avaient d^à témoigné assez d*égards, en la supportant dejHiis un siècle et demi : mais il n*entrait (tas dans les motifs sérieux qui faisaient agir le Pape. Loin de là, il insinuait que Tusage des Asiatiques était seul fondé sur la règle de la foi. C'était favoriser \e^ schismatiques qu'on avaiteus à combattreau sein mémedeRome. C'était perpétuer dans l'Église une tradition hébraïque et appuyer les judaisants.| Un fait digne de remarque, dans cette discussion, c'est que la suprématie du Pape n'est point mise en question par lesévéques d'Asie. Ils ne lui reprochent point de s'immiscer, par un abus de pouvoir, dans la conduite d'églises éloignées et indépen-dantes. Au contraire, Polycrate, en terminant sa lettre, reconnaît implicitement que l'autorité du Pape, h laquelle il se croit, en conscience, obligé de résister, n'a point d'égale parmi les hommes, et n'a de contrôle que dans l'autorité môme de Dieu. Quoi qu'il en soit, Victor crut que le temps des ménagements était passé. Il prépara une sentence d'excommunication contre les Asiatiques, et les dédira, dans ses lettres, séparés désormais de l'unité de l'Église ^

3. La détermination du Pape eut un vaste retentissement dans l'univers catholique. Éphèse, Smyme et tant d'autres sièges, illus^ très par les Apôtres ou leurs disciples, sous le poids d'une excommunication, offraient un spectacle affligeant pour les évoques des autres provinces, dont la plupart étaient en relation d'amitié ou de reconnaissance avec les églises d'Asie. D'ailleurs le lien de la charité unissait d'autant plus, à cette époque, les chrétientés entre elles, qu'elles se trouvaient plus souvent menacées ensemble par les mêmes persécutions. La plupart des évoques en écrivirent donc au Pape, les uns avec force et véhémence, d'autres avec une sage réserve et une louable modération. Saint Irénée fut du nombre de ces derniers. Dans sa lettre, il commençait par établir la conformité de sa croyance avec celle de l'Église romaine, et la nécessité de célébrer laPâque, le dimanche; mais il ne voyait pas, dans l'attachement des églises d'Asie pour leur ancienne coutume, une raison suffisante de

* Ah unlmte Ecelesiap prorsus aliènes esse pronuntiat (Eosèbb, lib.v^ cap. 23.)

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les retrancher de la cominunion catholique. « Les Pontifes, qui, € ayant Soter, ont gouverné TÉglise romaine, et dont vous êtes au- € jourd'hui le successeur, disait-il è saint Victor, Anicet, Pie, Hygin, « Téiesphore, Sixte, ont conservé la paix avec les églises dont Tobt servance n'était pas conforme à la leur. Cette divergence de disci- € pline ne les a pas empêchés dVnvoyerles Ëulogies et de se mrt- « tre ainsi en communion avec les évéques (FAsie. » Il citait, eemme preuve de cette tolérance, Tentretien de saint Polycarpe el dr Sftint Anicet sur la même question. < Prenez donc garde, ajoutait le « saint évéque de Lyon, de retrancher de Tunito des églises entières, « pour une coutume qu*elles ont reçue de leurs pères dans la foi. » Saint Irénée écrivit encore, dans le même sens, à un grand nombre d'évêques pour les intéresser en faveur des Asiatiques. Par les citalions que nousvenous de rapporter, on voit que saint Irénéeconsi<k'rait comme un point dépure discipline la controverse du Pai)e avec les églises dissidentes.

4. Les évêques de Palestine, plus rapprochés du centre de la division, et, par conséquent, mieux placés pour en apprécier le véritable «aractère^ en jugèrent autrement. Narcisse de Jérusalem, Cassius de Tyr, Clams de Ptolémaïs et les autres pontifes de la province, réunis en concile sous la présidence de Théophile de Césarée, auquel le pape saint Victor avait délégué son autorité >, écrivirent au Pape une lettre synodale, dans laquelle ils protestent de leur attachement à la tradition de TÉglise latine, pour la célébration de la Pâque. Ils en établissent l'autorité sur des preuves irréfragables, et terminent en priant le Pape de donner à leur lettre la plus grande publicité possible, «afin, disent-ils, que le monde catholique ne nous croie pas < les comi^ices de ceux qui se sont éloignes du chemin de la vérité.» Cq[)endant saint Victor, touché des instances de tant d'illustres et saints évêques, adoucit la rigueur de sa première sentence.JI lui sufêsêit d'avoir vu désapprouvée universellement la coutume abusive des Asiatiques. La prescription était interrompue el Terreur ne pouvait plus invoquer l'argument de la tolérance. L'exécution n'était

* Ptopt Vict(»' direxitauctoritalem ad Theophiium, Gâesariensis Palestinse antlstitem. (Ex Beba-Larbb, toni. 1, col. 596.)

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plus qu'une affaire de temps. Il convenait dès lors de ménager les suaoepUbiJitéSi délaisser aux esprits le.loisir de comprendre et de goûter la vérité, à mesure que la question se dégagerait des ani* laosités personnelles qui pouvaient Tenvenimer. L'avenir donna mi* son à la prudence et & la sagesse du Pontife. Dès le siècle su^vant^ les Asiatiques étaiBit revenus à la pratique universelle : et cette question n*agita de nouveau TÉglise, à Tépoque du concile de Ni«* cée, que parée que certains évéques de Syrie et de Mésopotamie avaient cru devoir reprendre» pour leur usage particulier» la couiiune asiatique, unanimement abandonnée par le monde cattio-* Uq[ue.

6. Saint Victor excommunia, dans le même temps, rhérésiarque Ihéodoteet ses fauteurs. Théodote de Bysance était corroyeur. Mais sa science et sa réputation de vertu rélevaient au-dessus de sa pro* jtission. Arrêté comme chrétien, pendant la persécution de Marc- Aurèle, il eut le malheur d'apostasier pour échapper aux tourments* Les reproches que sa Iftcheté lui attira dans son pays, le déterminèrent à quitter Bysance et à se réfugier à Rome, où il espérait de* fiieurer inconnu. Mais le caractère indélébile d'apostat semblait iia|irimé sur son front ; il ne trouva pas davantage à Rome le repos que sa patjîe lui refusait. De guerre lasse, il crut justifier son apostasie eau se faisant hérésiasque. « Ce n'est pas un Dieu que fai re- « itié, dit-il, c'est un homme ; » et dès lors il enseigna publiquement que le Verbe n'était pas Dieu, renouvelant ainsi les hérésies de Cérintheet d'Ébion. La tradition universelle de FÉglise opposait une fin de non-recevoir à ce système nouveau. Théodole essaya de piottver que la tradition avait été corrompue par les derniers Papes. L'Écrittire sainte, dont les textes précis et formels ne se prêtaient point à l'interprétation erronée de Tapostat, fut altérée dans les éditions qu'il mettait entre les mains de ses disciples. Artémas, l'uu d'entre eux, contribua à donner de l'éclat à la secte par son ta^ lent et son t^toquence. Peu de temps après, un autre Théodote, dit le Banquier, Argentarius, également disciple du corroyeur, ajouta une nouvelle erreur à celles de son maître. Il prétendait que Jésus- Christ, pur homme, conçu du Saint-Esprit et de la Vierge Marie, étitit inférie ir à Meichtaédecà, parce qu'il avait été écrit de lui : Jtf

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eêpriire selon V ordre de Melchisédech. Il paraît que le texte où saint Paul représente Meichisédech « sans père, sans mère, sans gé- « néalogie, sans commencement en cette vie et sans fin, assimilé au « Fils de Dieu, et prêtre étemel S » avait donné lieu aux Melehiêédéciens d*en faire un être surhumain, incompréhensible et presque divin, et, par suite, de Télever au-dessus de Jésus-Christ, dont ils niaient la divinité.

6. Ces novateurs sacrilèges furent confondus par un «locte catholique que Photius croit être Ca!us, prêtre de Rome, célèbre à la fin du second siècle. Eusèbe nous a conservé de ses écrits un fragment précieux, en faveur de la croyance de TÉglise primitive à la divinité de Jésus-Christ. « Les Théodotiens, dit Caïus, sont réfutés d'atord « par les témoignages des saintesÉcritures,ensuiteparlesouvragesde « nos frères, Justin, Miltiade, Tatien, Clément et autres, qui ontdé> € fendu la vraie doctrine contre les hérétiques de leur temps, et qui « tous prouvent ladivinité de Jésus-Christ. Dès les premières ann«H>s « de rÉglise, les hymnes et les cantiques chantés par les fidèles ce- « lébraient le Christ Verbe de Dieu, et lui attribuaient la divinité *.

7. La véiité ne manquait pas d*éloquents défenseurs. Les pl(»ft beaux génies que l'Église ait jusqu*aiors comptés dans son sein semblaient s'être donné rendez-vous h la fin du second siècle. Pendant que saint Irénée illustrait les Gaules, Pantène et Clément, chu Egypte, faisaient briller les trésors de leur savoir el de leur éloquence dans récole chrétienned*Alexandrie,qu'ils auraient suffi seuls à immortaliser. Origène, encore enfant, étonnait déjà par les prodiges de son intelligence; Tertullien, en Afrique, le premier parmi les Latins, entrait dans la lutte, avec sa logique écrasante et son éloquence de fer. A ces noms fameux Eusèbe ajoute ceux d'autres écrivains dont les ouvrages sont malheureusement perdus pour nous : le philosophe Maxime, qui avait composé plusieurs traités importants sur les questions, tant débattues par les hérétiques, de Torigine du mal et de l'existence delà matière; Candiile et Appion,

« Hebr. vu, 3.

* Psalmi quoqueetcanticafratrumjampridema fidelib<is conseiipta, rhri«itnm Verbiim Dei concelohranî: divinltatem ei Irîbuenlo.

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qui avaient écrit des commentaires sur l'œuvre des six jours; Sex- Uis, auteur d'un livre sur ia résurrection; Heraclite, qui avait laissé des tiaités analytiques sur les épîtres de saint Paul. Mais, parmi toutes ces gloires de l*£glise, les regards du monde catholique étsûent particulièrement fixés sur Técole chrétienne d'Alexandrie, qui brillait alors du plus vif éclat.

8. J^s A|»ôtres avaient jeté les premières bases de ces institutions, qui, ëous le nom d'écoles chrétiennes, perpétuaient, au sein des Églises, la tradition de l'enseignement. II entrait dans leur mission lie pourvoir à tout ce qui était nécessaire pour préparer des sujets capables do prêcher un jour la vérité et de gouverner les Églises. Saint Paul, après avoir formé lui-même son disciple Timothée par ses exi$mpl(*s et ses instructions, lui recommande de choisir à son tour des hommes capables et de les exercer au ministère évangélique de la i^arole '. La tradition nous a conservé le souvenir des nombreux disciples de saint Jean, àÉphèse, où cet apôtre passa les dernières anmtes de sa vie. Les évêques, successeurs des Apôtres, et fixés daa^ chaque siège, ne manquèrent pas de donner à ces réunions des formes plus stables, et d'en faire des écoles régulières. On y enseignait la doctrine, d'une manière plus savante, plus forte, plus complète que dant les assemblées ordinaires des fidèles ; on y expliquait les saintes Lettres; les règles du saint ministère y étaient tracées en ;iction par l'exemple des vénérables évéques qui présidaient à ces écoles primitives, séminaires des premiers siècles de l'Église.

Il y avait d'autres écoles pour les adultes qu'on préparait au baptême, et qu'on appelait ealéchumènes. Les premières notions de la vie chrétienne, l'explication des vérités fondamentales du symbole, étaient l'objet de ce cours élémentaire, ordinairement confié à l'un des prêtres formés dans l'école épiscopale.

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