CHAPITRE PREMIER
site (le ce peuple, est la venue d'un Sauveur qu'il est chargé d'indiquer au monde. Chose admirable ! Cette nécessité d*un Sauveur domine, à leur insu, toutes les religions païennes de l'antiquité. Chez toutes, en effet, on rencontre le sacrifice humain : comme si tous les peuples avaient senti qu'ils se devaient racheter; mais îls étaient eux-mêmes insuffisants à leur lançon. Quand le sang hunfiarn ^^ coulait pas, celui des taureaux et des génisses inondait les temples. Il s*élablit une libation de sang perpétuelle, qui prit sa source dans l'idée confuse de l'expiation et du rachat religieux. La civilisation antique s'établit sur deux principes qui dérivaient de la même Idée : l'infériorité de la femme et le droit commun de l'esclavage. Impcfsslble d'expliquer la condition d'avilissement de la première, sans recourir à l'histoire de la déchéance, telle que la raconte Moïse. L'esclavage, subsistant sans conteste pendant quarante siècles, implique le principe de solidarité, qui découlait de l'idée d'une expiation religieuse. Le peuple juif seul avait la clef de ces énigmes, autour desquelles s'agita toute la vie des nations païennes. Le peuple juif seul avait le secret de ces vagues espérances, de ces aspirations vers uit libérateur inconnu, vers un siècle d'or nouveau, chantées par Virgile, et agitant mystérieusement l'Orient et l'Occident.
2. Le Christ devait descendre sur la terre, dit saint Paul, quand serait venue la plénitude des temps. Vbi venit plenitudo temporis. L'époque d'Auguste semblait réaliser cette plénitude des temps poui* la civilisation antique. L'empire Romain, parvenu h l'apogée de sa puissance, avait pour limites, au nord, le Rhin et le Danube ; à Forient, l'Buphrate ; au midi, la Haute Egypte, les déserts de l'Afrique et le mont Atlas ; à l'occident, les mers d'Espagne et des Gaules, c'est-à-dire près des trois quarts du monde habité. L'empire d'Alexandre avait approché quelque peu de cette immense étendue, mais le conquérant Macédonien, en expirant à Babylone, pouvait, de son lit de mort, entrevoir le démembrement de son empire. Les nationalités, un instant réunies sous sa main victorieuse, se reconstituèrent aussitôt que son épée fut brisée. Les Romains, au contraire, n'étaièht point arrivés si subitement à la domination universelle , mais quand ils eurent atteint ce but, le monde entier était façonné à leur joug ; leurs pionniers avaient ouvert des routes c^ui partaient de la ville
l HISTOIRR GÉNÉRALE DR l/ÉGLlSR.
éternelle pour aboutir aux extrémités de la terre ; leur langue était adoptée comme un cachet de servitude pai* les peuples vaincus : et le ttionde fut Romain pour des siècles. — Sous Tiniluence d'un état politique si brillant et si durable, Tessor intellectuel des esprits avait atteint à la perfection du siècle de Périclès, dont celui d'Auguste reproduisait réclat. Les lettres, les arts, les sciences se donnaient la main pour faire éclore de concert leui*s merveilles. La réunion de tous ces avantages accusait plus éloquemment d'ailleurs l'impuissance du génie humain à se régé*aérer lui-même et le besoin d'un Rédempteur divin. En effet, l'état religieux et moral du monde, par une progi*ession en sens inverse, offrait le spectacle le plus bumiliant. Les dieux de pierre, de bois, avaient pris toutes les formes : animaux, légumes des jardins, tout avait eu des autels : ell'on était arrivé à n'avoir plus de divinité réelle que la sensualité et le vice brutal. Deux augures ne se pouvaient plus regarder sans rire. La famille n'existait que de nom, et les empereur étaient obligés de faire des lois pour que le genre humain ne s'éteignît pas dans un célibat infâme : l'esclavage était le droit commun, et la femme de toutes les conditions était la prëmière esclave. Le divorce légal, la prostitution constituée, l'exposition des enfants, le meurtre autorisé dans les jeux publics et dans la famille, l'arbitraire dans le supplice des condamnés, étaient autant de signes caractéristiques d'une dégradation profonde et sans aucun remède humain. Le Messie attendu des Juifs pouvait seul régénérer le monde. C'était pour ce conquérant pacifique que les esclaves romains traçaient de grandes voies ù travei*sles nations; c'était pour entendre la bonne nouvelle de son Évangile que tous les peuples oubliaient leur idiome étranger, et parlaient la langue de Rome, destinée à devenir plus tard la langue de l'Église.
3. La naissance du Messie ne devait point ôtre une naissance ordinaire. Les Prophètes avaient annoncé que^ comme le premier Adam, le second serait aussi une création immédiate de Dieu. Sous le douzième consulat d'Auguste, l'an 750 depuis la fondation de Rome, l'Ange Gabriel est envoyé à Nazareth, petite ville de Judée, près d'une vierge, nommée Marie, de la tribu de Juda et de la race de David. Il lui annonce que, par l'opération de l'Esprit saint, et en dehois des lois ordinaires de la nature, elle donnera le jour au Fils de David,