Alexandrie possédait dans son sein un établissement de ce
* Qnw. audisti a me per roultos testes, baec commenda fldelibus hominibos qui idonei eruntet aliosdocere. (ii. Timoth., 2, 2.)
Ma^heim, qui a très-bien commenté ce texte, y voit avec raison l'origine apostolique tles écoles épiscopales.
4ftO HISTOIRE GÉNÉRALE DE L^ÉGLISE.
genre, dont saint JérAme attribue formellement la création à TApMre saint Marc. Une cité peuplée de philosophes, centre de toutes les idées, foyer intellectuel où Ton cultivait toutes les sciences alors connues, avait besoin d*un enseignement chrétien plus développé, plus complet. Il fallait faire briller dans tout son jour la science catholique, Topposer aux vains systèmes de la philosophie humaine, enmontrer la supériorité, présenter ses preuvc8,exposcrsonensomble, en faire apprécier les conséquences pour le bonheur de Thumanité. Fonderune chaire de vérité, en face des chaires dererrcur, telle dot être lapenséede$évêquesd*Alexandrie. ATauditoireleplus instruit de Funiversdonnerdesapôtresd'unesaintetéetd'une éloquence dignes de lui, telle fut leur constante préoccupation. Ils y réussirent. L'an 479, rillustre Pantène occupait ce poste éminent. Ce docteur, Sicilien d*ori* gine, élevé d*abord dans les principes de laphilosophie stoïcienne, avait reconnu la vérité et s'était converti à la religion chrétienne. Il appo^ tait au service de cette cause sacrée un zèle infatigable, das connais* sances étendues et variées, une éloquence dont la réputation franchit les limites de Tempire romain, et passa jusqu'aux Indiens, qui lui envoyèrent une ambassade pour le prier de venir annoncer l'Évangile dans leur pays. Clément d'Alexandrie, son disciple, disait de lui : « Cette abeille de Sicile, du suc des fleurs quMl a recueillies « dans la prairie céleste des Apôtres et des Prophètes, produit dans « l'esprit de ses auditeurs un trésor immortel de science et de vertu . » Il s'arracha pourtant aux applaudissements de la jeunesse d'Alexaadrie, aux succès d'un apostolat qu'il avait illustré, pour les travaux de la mission lointaine qui s'ouvrait sous ses pas. Institué par Démétrius, patriarche d'Alexandrie, apôtre et évéque des nations orientables, il pénétra dans Tlnde qui l'appelait. Ce ne fut que de longues années après, quand la vieillesse eut brisé ses forces, qu'il revint à Alexandrie. La chaire chrétienne y était occupée par Origènc, disciple et successeur de Clément d'Alexandrie. Pantène se voyait en quelque sorte revivre dans ce jeune homme, dont la gloire était alors sans égale. Il prenait plaisir à louer sa doctrine et son éloquence, à lui concilier la vénération, l'amitié et l'estime dont les plo.s grands hommes de ce siècle l'honoraient lui-fl|étDe, Saint Pantène mourut, environ l'an 216.
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40. S^ plus glorieuse conquête avait été la couversioa ia Clé? Bent d^Alexandrie, qui lui succéda dans la charge de directeur da l'école chrétienne. Titus Flavius Clemenss originaire d'Alexandrie, «Hivant les uns, d*Athënes, suivant les autres, avait été élevé dans le paganisme. Une ardeur insatiable de science lui fit épuiser, dans ia laborieuse jeunesse, Fétude des lettres humaines et des princi* paux systèmes de philosophie. Fatigué des doutes et des contradicr lions qu*il rencontraità chaque pas, il se livra à Texam^ des cultes et des doctrines religieuses delà Grèce, de Rome et des difiérentes nations ? monde. Il parcourut, dans ce dessein, TOrient, la Grèce» ritalie, ei vint enfin terminer ses courses vagabondes à la recherche de la vérité, en Egypte, aux pieds de saint Pàntène, dont Télo* quence persuasive et touchante fixa toutes ses irrésolutions et l'atr tacha invariablement à la religion chrétienne. D'abord fervent Bué^* phyte, il devint plus tard un prêtre zélé, un apôtre infatigable. Aprèf le départ de saint Pantène pour les Indes, Clément d'AIexandrîi continua son œuvre. Il apporta à cette t&che une érudition immense, une parole pleine d'onction et de charme, une sainteté da vie qui pnMait à ses instructions l'irrésistible autorité de l'exemple. Non conlunt d'instruire de |vive voix ses auditeurs, il écrivit (rfusieurs (l'allés en faveur de ceux qui ne pouvaient suivre le cours de ses leçons. ^ Les anciens prêtres,dit-il, n'écrivaient point, ne vou- « laUb pas se détourner du soin d'enseigner par celui d'écrire. Peuir € être aussi ne croyaient-ils pas que le même talent pût également € réussir en l'un et l'autre genre. Toutefois, les ouvrages écrits ser- < vent à assurer la doctrine, en faisant passer à la postérité les tra- € ditlons primitives. » En effet, les Pères n'avaient écrit jusque-là que suivant les besoins urgents de la polémique engagée avec le pa-
« La plupart des auteurs modernes, sur l'autorité du Martyrologe d'Dsuard, ont donné à Clément d'Alexandrie le titre de saint. D'après la bulle de Benoît KIV, du l<«juin 1748/dans laquelle ce pape examine la cause de Clément, et défend d'insérer son nom dans le Martyrologe romain, nous ne croyons pas qu'il soit permis désormais de lui donner ce titre, au moins dans le sens do la canonisation, qui emporte le droit au culte rendu aux saints.
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ganismeou Thérésie. L*£gli$e, essentiellement dogmatique, surtout à son premier âge, comme nous Tavons (lit précédemment *, n*avail pas encore trouvé, au milieu des tempêtes qui l'agitaient, le loisir de développer dans de doctes ouvi*ages la sublime philosophie qu*dle enseignait au monde. Clément d* Alexandrie fit le premier pas dans la voie nouvelle qui s'ouvrait au génie chrétien. Dans les trois livres du Pédagogue et les huit des Stromates, les deux plus importants ouvrages qui nous soient restés de lui, il s'attache constamment à placer la religion chrétienne au sommet de la science, en prouvant l'excellence de ses dogmes et leur harmonie avec la saine raison. Le Pédagogue, composé pour les catéchumènes, dont Clément dirigeait l'enfance spirituelle, est un abrégé de toute la morale chrétienne. Jésus-Christ lui-même, Verbe de Dieu, sagesse incarnée, y est présenté comme modèle et comme maître. Il enseigne la vraie sagesse. n donne aux cœurs simples et purs la grandeur solide, la félicité durable, le bien suprême. Le tableau des habitudes saintes, des mœurs austères, de la charité inépuisable des chrétiens, termine cet ouvrage d'initiation à la foi. L'auteur le compléta dans la suite par sa grande composition qu'il appela Stromates, ou Mélanges, qui devaient renfermer, dit-il lui-même, « la vérité catholique mêlée aux « enseignements de la philosophie, ou plutôt ils la présenteront cou- € verte et cachée comme la noix dans sa coque. » Ces paroles indiquent la situation d'esprit.dans laquelle se trouvait Clément d'Alexandrie en commençant cet ouvrage, qu'il nomme dans un autre endroit le fils de son âme *. D'un côté il était retenu par le préjugé qui s'était établi, au milieu du christianisme, de l'inutilité des écrits purement philosophiques sur la religion, et par la loi du secret qui imposait la plus entière réserve au sujet des mystères, des dogmes et des sacrements. De l'autre il se sentait invinciblement attiré à engager avec la philosophie païenne une lutte, qui aurait pour résultat le triomphe de la doctrine évangélique sur toutes les conceptions humaines ; qui devait servir à l'instruction des fidèles eux-mêmes, en leur donnant des notions saines et d'un ordre supérieur, sur la pratique de la per^
* Ghap. I. Etat de l'Eglise au premier siècle.
• Anini» liberi sunl scripla. (Stromat, lib. i, § 1, p. 316.)
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feetion chrétienne, en les préservant de la séduction des faux mystiques, que le gnosticisme avait multipliés à cette époque. Partagé entre ces deux considérations, il essaya de les concilier dans son ouvrage. Il nous apprend lui-même « qu'il a semé les dogmes chrétiens « dans son livre, de telle sorte que ceux qui ne sont pas initiés à la < connaissance des mystères ne pourraient pas facil^nent y décou* « vrir nos saintes traditions * . » L'obscurité des termes qu'il emploie, en parlant des sacrements, est transparente pour les fldèles, et n'a d'équivoque et d'ambiguité que pourles païens, auxquels il importail de ne pas révéler le secret de l'Église. Le désordre affecté des matières devait encore concourir à son dessein général. Il compare les Stromatesy « non à ces beaux jardins où l'art a tout disposé avec ordre « et élégance, mais à une montagne couverte par la nature de forêts « et de plantes de toute espèce, croissant à la fois et comme jetées au € hasard *. » Malgré ses réticences, on peut retrouver son plan, au moins pour les idées fondamentales. Il traite d'abord de la philosophie en général, et l'envisage sous ses différents rapports. Il parle ensuite de la foi, le fondement de la vie chrétienne; des vertus qui purifient et ornent l'âme, en la délivrant des mouvements déréglés de ses passions. Il combat, en passant, les erreurs des Encratites au sujet de la continence, du mariage et du martyre. Il arrive alors à la peinture du vrai sage, du philosophe, du gnosHque par excellence, c'est-à-dire d'un fidèle élevé par la pratique de toutes les vertus jusqu'à la contemplation de Dieu et de sa beauté absolue, vivant dès lors d'une vie presque surhumaine, faisant descendre sur la terre les perfections de la nature angélique. Arriver à ce degré éminent de la sainteté chrétienne, dominer de si haut les misères, les imperfections, les faiblesses de l'humanité déchue, n'est-ce pas le but suprême que la religion indique à tous ses enfants? N'est-ce pas dans cette voie qu'elle les fait avancer, chacun suivant sa vocation et sacorrespondance, aux grâces qui lui sont données par l'Ësprit-Saint? C'est aussi le terme que Clément d'Âiexandrie s'était proposé dans cet ouvrage.
* Ut a quolibet eorum qui mysteriis non sunt inlati, non facile inveniri possint sanctdB traditîones. (Stromat, lib. iv, SI' p*565.) « Stromat., lib. vu, § 18, p. 901.
4 SI HISTOIRE QBNÉRALE IMS L*£GLI8E.
Nous avon» eneore du même auteur une ExhorkUioH aux Gen^ au, dans laquelle il fait magnifiquement ressortir rexcellence et la pureté de In religion chrétienne, en la comparant aux cultes idoiàtriques dont il dévoile sans pitié les infâmes mystères; — et un petit traité qui a pour titre et pour si^et: Quel riche peui être sauté? Il avait en outre composé huit livres A'Hypotyposes ou Instructions, grand commentaire sur toute TÉcriture sainte, dont Eusèbe et saint Jérôme s'accordent à' faire le plus grand éloge; malheureusement il ne nous en reste que quelques fragments incomplets; r— un traité de controverse sur la question de la Pâque, dans lequel il combat la coutume des Asiatiques ; — et différents ouvrages de polémique contre les Hotanistes et les Encratites.
i i . Pendant que Clément écrivait ses Stromates k Alexandrie, saint Victor I*' terminait son pontificat, Tan SOO. Le Liber Pontiftealis et le Martyrologe romain lui donnent tous deux le titre de martyr, sans nous dire les particularités de sa mort. Eusèbe nous apprend que ce saint Pontife composa plusieurs écrits perdus maintenant, et saint Jérôme le place le premier entre les Pères de TEgliae latine. Outre son décret relatif à la célébration de la P&que, par uoe autre ordonnance il déclara que Teau commune dé fontaine, d'ér tang, de fleuve ou de mer, pouvait servir, en cas'de nécessité, peur Tadministration du baptême. Ce qui suppose que, dès lors, il était de règle de se servir d'eau bénite pour conférer ce sacrement. Saint Zéphirin, Romain d'origine, lui fut donné pour successeur.