‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 52 sur 190 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

SIMIMAIU.

PMtIflraft ÛÊ MlDl HêpklHtt. (2M.2i7.)

I. aiMiaièiiiepvnécatioii génénle soos Septlme Sérère (20J). —2. Martyrs Scyllitabu I Cartkaye. — ». Martyre de ninte PerpéMe, de aainte F«îiiclté et de lears oonptgnons, à Gartbage. - 4. Blart)Te de saint Léonide,père d*Origèiie, à Alexandrie (SM). - 5. Haityie de saint Irénée, évéque de Lyon. — 0. Martyre des disciples d'Origène, à Alexandrie [204). -^ 7. Martyre de sainte Potamienne, de sainte Marcelle, sa mère, et du soldat Basilide,» Alexan dric (2M). — a. Tertaliien. — 0. Gonrérenee entre Galas et Proclns, à Ronie. — M. Toyage dHMgène à Rome. I^ Ocuples. Hexaples. Tétrapics. Bible d*OrigèBe. — 11. Satot Nardsaet «Téqve de Jérusalem. — 12. Saint Alexandre, coadjutcar de saint Narcisse et éTèque de J^msalera. — 19. MIniicivs Félix, Octavius et leur ami Gécillus. — 14. Garacalla, empereur.— Ub MaMoret à AkxsAdiie. Fuite d*Origène à Gtsarée. — 16. Condamnation de l'hérétique Noéi. — 17. Saint Hippolyte, érèque de Porto. Ses ourrages. — 18. Chute et péaicanct é$ Natalis, coofesseur de la fol. —19. Mort du pape saint Zéphirin.

rMHMMl dteMlAlZéplitHM. (200-S17.)

I .Commode avait teraiiné sa vie, élranglé par sa principale concabine et par les deux préfets du Prétoire, la veille du jour où il devait £ûre assassiner les deux consuls de Rome par une Iroupe de gla^diateurs. Pertinax, vieux général, élevé par son génie, fils d*un esclave qui vendait du charbon en Ligurie, régna ensuite pendant quatre-vingt-sept jours. Dans la crainte qu'il ne rétabHt rancienna discipline, les soldats prétoriens lui coupent la tète et la portent en triomphe dans leur camp, au bout d'une pique. Du haut des reutparts de Rome on met Tempire à Tencan. Didius Julianus l'emporta sur son compétiteur par une surenchère de douze cents drachmes par chaque soldat, environ trois mille francs de notre monnaie, payables sur*-le-champ; l'empire lui fut adjugé par les légions, et le sénat ratifia le nmrché. Mais l'acheteur ne put fournir le prix con^ venu. Soixwte-six jours après, il était déposé parle sénat et condui au siipplioe. Cependant trois généraux s'étai^t fait proclamer empereurs par leurs troupes, et avaient pris la pourpre à la fois : PescenoÎBS Niger en Orient, Blodius Albin«s dans ta Grande-Bretagne [Angleterre), Septime-Sévére en lUyrie. Ce dernier, trois fois vainqueur de Niger, en Asie, fut également heureux contre Albinus à

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la bataille de Lyon. La couronne lui resta donc en partage. Sévère était né à Leptis , sur la côte d* Afrique. Il avait la cruauté et la foi puniques. Le premier acte de son autorité fut de forcer les sénateurs à mettre Commode au rang des dieux : « Il leur convient bien, disait- « il, d'être difficiles! Valent-ils mieux que ce tyran? » Il se montra néanmoins d*abord assez favorable aux chrétiens, et confia Téducation de son fils à Tun d'eux, nommé Proculus. Il protégeait les membres du sénat convertis au christianisme. Mais il changea, dans la suite, ses heureuses dispositions, et, Tan 202, il fit défendre, sous les peines les plus sévères, d'embrasser la religion de Jésus-Christ. Il apporta à l'exécution de ce décret l'opiniâtreté naturelle à son caractère ; et comme la multitude n'avait pas même attendu ce signal pour se livrer à sa fureur contre les chrétiens, la persécution ne tarda pas àdevenir ^ générale.

2. A Carthage, le proconsul Saturnin fit comparaître à son tribunal les chrétiens Spérat, Narzal, Citlin, Yéturius, Félix, Aquilin, Lotantius, Januaria, Acyllin, Generosa, Vestina, DonataetSecunda. Sur l'ordre du proconsul de sacrifier aux faux dieux, Spérat répondit: € Nous n'avons jamais commis de faute contre les lois. On ne « saurait nous accuser d'aucun crime. Notre religion nous ordonne « même de prier pour ceux qui nous persécutent injustement. » — « Nous aussi, reprit le proconsul, nous avons une religion pleine de « saints et pieux enseignements. Jurez donc avec nous par le génie f des empereurs, nos maîtres. — Je ne connais pas le génie des em- « pereurs, mais je garde fidèlement la foi, l'espérance et la charité. « Nous n'adorons qu'un Seigneur et qu'un Dieu, Roi des rois, Em- « pereur de toutes les nations. » Chacun des saints confesseurs répondit avec le même courage, et Saturnin les fit tous conduire en prison. Le lendemain on recommença l'interrogatoire. Cette fois^ s'adressant aux chrétiennes. Saturnin leur dit : « Obéissez aux em* « pereurs, nos maîtres, et sacrifiez aux Dieux. » Donata répondit : « Nous sommesdisposéesà rendre aux empereurs tous les hommages « de respect qui leur sont dus, mais nous n'adorons que Jésus- « Christ le vrai Dieu. » Vestina reprit ensuite: « Ce que méditera « toujours mon coeur et ce que prononceront toujours mes lèvres, < c'est que je suis chrétienne, » Secunda ajouta : « Moi aussi je suis

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€ chrétienne. Je persévérerai dans la foi de mes compagnes et dans « la mienne. Jamais nous n'adorerons vos dieux. »

Spérat fut alors interrogé de nouveau. Plein d'un saint enthousiasme, il s^écria, en s*adrcssan4 à la foule qui encombrait le- prétoire : « Si vous voulez savoir la pensée de mon cœur, écoutez tous : « Je suis chrétien. » Tous les autres confesseui*s, jmgnant leur voix à la sienne, répétèrent ensemble la même profession de foi. — « Je c vous donne un délai de trois jours, dit alors Saturnin, pour réflé- « chir au parti que vous voulez prendre, et pour rétracter les erreurs « de cette secte impie. » — « Un délai ne changera rien & notre c croyance, répondit Spérat; nous mourrons avec joie pour la reli- « gion de Jésus-Christ. Prenez plutôt ce temps pour délibérer vous- « même, abandonner le culte si honteux des idoles, et devenir un « disciple de TÉvangile. Si vous n'avez pas ce courage, n*hésitez pas € plus longtemps à prononcer contre nous la sentence. » Saturnin commanda alors que les généreux chrétiens eussent la tète tranchée, f Nous rendons grâces à Dieu, dirent-ils, pendant qu'on les conduif sait au supplice, de ce qu'il nous fait Thonneur de nous recevoir f aujourd'hui dans le ciel, pour la confession de son nom. » Les bourreaux immolèrent donc ces nobles victimes. Leur martyre eut lieu le 17 juillet de Tan de Jésus-Christ SlOO.

3. Peu de temps après, on arrêta à Carthage Vivia Perpétua, âgée de vingt-deux ans, d'une illustre naissance. Son père et sa mère vivaient encore. Elle était mariée et nourrissait un enfant. On saisit avec elle Félicité, esclave chrétienne, mariée et enceinte. Révocat, Saturnin, Secondulus et Satur leur furent adjoints pour compagnons de captivité. Le père de Perpétue, païen zélé, engageait sa fille à sacrifier. « Après avoir été quelques jours sans voir mon père (c'est « Perpétue qui écrit elle-même la relation du commencement de son « martyre) , j'en rendis grâces au Seigneur, et son absence me sou- € lagea. Ce fut dans cet intervalle que nous fûmes baptisés. (Elle « était seulement catéchumène, ainsi que Révocat, lors de leur ari restation). Je ne demandai autre chose, au sortir de Teau, que la « patience dans les peines corporelles. Peu de jours après, on nous « jeta dans un cachot; j'en fus effrayée, car je n'avais jamais vu de « telles ténèl)res. I*a rude journée ! Une chai ur étouffante, à cause

4ftB HISTOIRE GÉNÉRALE DE L'ÉGLISE.

€ de la fottle; les soldats nous pressaient, je mourais dMnquiétude « pour mon enfant. Alors les bienheureux diacres, Tertius et Pom- « ponius, qui nous assistaient, obtinrent à prix d'argent quMi nous € fût permis de sortir et de passer quelques heures en un lieu plus « commode que la prison. Nous profitâmes de cet avantage; j'allai- € tais mon enfant, je le recommandais à ma mère, je fortifiais mon « frère, je séchais de douleur de voir celle que je leur causais. Je

« passai plusieurs jours dans ces angoisses Le bruit se répandit

€ que nous devions être interrogés. Mon père vint de la ville à la c prison, accablé de tristesse; il me disait: Ma fille, prends pitié de « mes cheveux blancs, aie pitié de moi 1 Si je suis digne que tu « m'appelles ton père, si je t'ai moi-même élevée jusqu'à cet ftge, si f je t'ai préférée à tes frères, ne me rends pas l'opprobre des « hommes. Regarde ta mère, vois ton fils qui ne pourra vivre après « toi. Quitte cette obstination, de peur de nous perdre tous.

« Mon père s'exprimait ainsi par tendresse pour moi, me baisant € les mains, se jetant à mes pieds, pleurant, ne me nommant plus « sa fille, mais sa dame. Je le plaignais, voyant que, de toute ma « famille, il serait le seul à ne pas se réjouir de notre martyre. Je lui « dis pour le consoler : Sur l'échafaud il arrivera ce qu'il plaira à « Dieu, car sachez que nous ne sommes point en notre puissance, « mais en la sienne. Il se retira centriste.

€ Le lendemain, comme nous dînions, on vint nous chercher, « pour être interrogés. Le bruit s'en répandit aussitôt dans les « quartiers voisins, et une foule de peuple s'assembla près du tribu- « nal. Les autres subirent l'interrogatoire et confessèrent généreu- « sèment Jésus-Christ. Quand mon tour fut venu, mon père s*ap- « procha de moi, tenant mon fils dans ses bras, et me dit : Ayez pitié « de votre enfant. Le procureur Hilarien me dit de son côté : « Épai^nez la vieillesse de votre père; épargnez l'enfance de votre « fils. Sacrifiez aux Dieux pour la prospérité des empereurs. — Je « n'en ferai rien, répondis-je. — Êtes-vous chrétiennet me dit-il, et « je répliquiU : Je suis chrétienne. Comme mon père s'efforçait de « me tirer du tribunal, Hilarien commanda qu'on Vea chass&t, et il « reçut un coup de la verge du licteur. Je le sentis comme » j'eusse « été frappée moi-iaême, tant je souffrais de voir insulter à cause

€ de moi les cheveux blancs de moB père. Alors Hilarien pronMça € notre sentence, et nous condamna tous à être exposés aux bâtes. « Nous retournâmes ensuite pleins de joie & la prison ^ »

« Secondulusy mourut. Félicité était grosse de huit mois; voyant € le jour du spectacle si proche, elle était fortaffligée, craignant que « son martyre ne fûtdifTéré, parce qu'il n^élait pas permis de mettre € à mort des femmes enceintes. Les prières des confesseurs lui ob- € tinrent une prompte et heureuse délivrance. Elle devint mère « d'une fille qu'une femme chrétienne éleva comme son enfant. La « veille du combat, on leur donna, suivant la coutume, le dernier < repas, que l'on nommait le repas libre, et qui se faisait en public. « Les chrétiens obtinrent à cette occasion la permission d'entrer c dans la prison, dont le concierge était déjà converti. Les martyrs « eonvertirent leur dernier festin en une agape. Ils disaient au t peuple qui les entourait : Remarquez bien nos visages» afin de c nous reconnaître au jour du jugement.

« Le lendemain, ils sortirent de la prison pour l'amphithé&tre, « comme pour le ciel. Leur visage était rayonnant d'une joie inef- € fable. Étant arrives à la porte, on les voulut obUger, suivant la € la coutume, à prendre les ornements de ceux qui paraissaient à ce c spectacle. C'était pour les hommes un manteau roUge, habit des « prôti^ de Saturne; pour les femmes, une bandelette autour de la € tète, symbole des prétresses de Cérès. Les martyrs refusèrent ces t livrées de l'idolâtrie. Nous ne sommes ici que pour conserver notre

* Nous avons scrupuleusement reproduit le récit de sainte Perpétue. «La littérature humaine, dit M. Rohrbacher, n'a rien d'approchant. Une jeune femme, mère de famille, d'une naissance distinguée, chérie de tous les siens, se voit séparée de son père, de sa mère, de ses frères, de son époux, de son enfant, pour être dévorée par les bêtes, sous les yeux de tout un peuple ; elle voit son vieux père, qu'elle aime et qui l'aime avec tendresse, lui baiser les mains, se jeter à ses genoux pour la fléchir et lui faire prononcer une parole qui la sauverait du péril ; elle compatit à la douleur de son père, elle le console ; mais elle ne prononcera pas cette pan^) paroe qa^lle serait une apostasie ; et eUe écrit tout cela» la v^le de son sui^plice, avec une candeur, avec un ealme au-dessus de l'humanité. >»

« liberté, dirent-ils, nous avons sacrifié notre vie pour ne rien faire « de semblable; nous en sommes convenus avec vous.

« Parvenus à ramplûtiiéâtre, Saturnin et Révocat furent d*abord « abandonnésà la fureur d*un léopardetd*un ours qui les traînèrent « pendant quelques instants, sans les mettre à mort. Satur fut ex- « posé à un sanglier qui, respectant le martyr, se jeta sur le veneur « et lui fit une blessure mortelle. Perpétue et Félicité furent dépouil- « lées et mises dans des filets pour ôtre exposées à une vache « furieuse. Mais le peuple lui-même se révolta de ce raffinement de « cruauté. On revêtit donc les généreuses femmes d'habits flottants. « Exposée la première, Perpétue fut lancée en Tair et retomba sur « le dos. Elle se mit sur son séant, renoua ses cheveux épars pour

< ne pas paraître en deuil , et voyant Félicité toute froissée de sa « chute, elle lui donna la main afin de Taider à se relever. Elles se « tenaient debout toutes les deux, prêtes à un nouveau combat; « mais le peuple, dont la dureté avait été vaincue, ne voulut pas « qu*on les exposât une seconde fois. On les reconduisit vers la « porte Sanavivaria, oii le diacre Rustique leur prodigua ses soins.

« Satur venait d^être présenté à un léopard, qui, d'un seul coup € de dent, retendit baigné dans son sang. Voilà un baptême qui le

< sauvera, s'écria le peuple, par une allusion ironique au sacrement « des chrétiens. Cependant le martyr, se tournant vers le soldat « Pudens, dont il avait entrepris la conversion : Adieu , lui dit-il, « souvenez-vous de ma foi. Que ma mort vous confirme dans la « fidélité à Jésus-Christ. Il lui demanda ensuite Tanneau qu'il avait « au doigt, le trempa dans sa blessure et le lui rendit cx)mme un f gage héréditaire de son amitié et un souvenir de son sang. Enfin « il tomba mort au lieu oii Ton avait coutume d'égorger ceux que « les bêtes n'avaient pas achevés.

« Le peuple demanda qu'on ramenât les autres martyrs au milieu « de l'amphithéâtre, pour avoir le plaisir de leur voir donner le coup « de la mort, et associer ses yeux à l'homicide. Ils se levèrent et s'y « rendirent d'eux-mêmes, après s'être donné le saint baiser, afin de c consommer le martyre par la solennité de la paix. Saturnin et « Révocat reçurent le dernier coup, immobiles et en silence. Félicité « tomba on partage h un confecteur maladroit, qui lui fit jeter un

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