‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 53 sur 190 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

€ cri de douleur ; ear ces exécutions étaient l'apprentissage des nou-

< veaux gladiateurs. Perpétue conduisit elle-même à sa gorge la

< main tremblante du bourreau ^ »

4. La persécution ne sévissait pas avec moins de fureur en Egypte. Alexandrie surtout était plus particulièrement désignée à la vengeuce des païens, par Textension qu'y avait prise la science catholique. Septirae-Sévère s'y rendit aussitôt après son éditde persécution. Il fit poursuivre les chrétiens avec la dernière rigueur. On amenait, de la Thébaîde et de toutes les autres provinces de TÉgypte, tous ceux qu'on avait pu saisir, et on les mettait à mort dans la ville, devenue ainsi la capitale des proscriptions. Clément d'Alexandrie, obligé de fuir les bourreaux, écrivait du fond de sa retraite: « Chaque jour nous voyons déborder les fontaines de sang chrétien ; € chaque jour nous voyons les martyrs consumés par la flamme des € bûchers, interrogés au milieu des tortures, décapités par le glaive, € C'est la fidélité à Jésus-Christ qui les amène à ces combats € glorieux, et leur apprend à témoigner leur piété par l'effusion de « leur sang •. » Léonide fut arrêté avec une foule innombrable de chrétiens. Origène, son fils, qu'il avait élevé avec le plus grand soin, atteignait alors sa dix-septième année. « Mais, dit saint Jérôme, f dès l'enfance c'était un grand homme. » Outre les arts libéraux et les belles lettres, saint Léonide lui avait donné la science des Écritures, dont il lui faisait tous les jours apprendre et réciter quelques sentences, avant les études profanes. Origène y apportait une application telle qu'il ne se contentait pas du sens littéral; il en recherchait de plus profonds. Saint Léonide réprimait celte ardeur de connsrftre, mais dans le secret de son cœur il bénissait Dieu de lui avoir donné un tel ftls. Souvent, penJant qu'Origènc dormait, il s'approchait du Ut où l'enfant reposait, lui découvrait la poitrine et la baisait avec respect, comme un sanctuaire oîi résidait l'espritde Dieu. Une éducatiim si sainte porta ses fruits. Quand Origène apprit que son père était emprisonné pour la foi , ni les larmes, ni les supplications de sa mère ne purent le retenir. Elle fut obligée d'user d'une

» Àct. sincer. , p. 80 et seq.

• SiTomaU, lib. ii, p. 414.

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ruse malernelle, et de cacher tous ses habits, pour rempécber d'aller se constituer lui-même captif de Jésus-Christ. Il se consoladu moins en écrivant h saint Léonide une lettre pleine d'éloquence et de force, dans laquelle il Tencourageait au martyre. « Ayez confiance, lui € disait-il, ne vous mettez point en peine de nous. >(I1 avait six « frères plus jeunes que lui.) Quittez tout pour Jésus-Christ; il « saura rout vous rendre. » Saint Léonide eut la tête tranchée, et ses biens furent confisqués, au profit du trésor public (âl02).

5. Saint Irénée eut, dans le même temps, la gloire de verser son sang pour la foi, qu'il avait défendue avec tant d*éclat par ses ouvrages. Septime-Sévère, apprenant que le nombre des fidèles se multipliait à Lyon, par les soins du pieux prélat, prit une résolution digne de sa cruauté. Il donna ordre à ses soldats d'entourer la ville et de faire main basse sur tous ceux qui se déclareraient chrétiens. Le massacre fut presque général, et le sang des martyrs coulait par ruisseaux dans les places publiques. Saint Irénée fut conduit devant le tyran, qui le fit mettre à mort, s'applaudissant d'avoir égorgé le pasteur et le troupeau. Une ancienne inscription qu'on voit à Lyon» à l'entrée de son église principale, porte le nombre des saintes victimes de la foi à dix-neuf mille hommes, sans compter les femmes et les enfants. Parmi les martyrs des Gaules à cette époque, on compte encore saint Ândéol, sous-diacre, envoyé par saint Polycarpe prêcher l'Évangile, et mis à mort à Viviers.

6. Après le départ de Clément d'Alexandrie, qui s'était retiré en Cappadoce, chez Tévêque Alexandre, l'école chrétienne avait été quelque temps dispersée par la violence de la persécution. Origène se sentit le courage de la relever, sous le fer même des bourreaux (203). Il vendit ses livres de grammaires et de sciences profanes, à la condition qu'on lui fournirait quatre oboles ' par jour pour sa nourriture. Ainsi, débarrassé des préoccupations matérielles de l'existence, il se mit à l'œuvre avec une ardeur incroyable. U passait les nuits entières dans l'étude et les veilles, pour préparer les éloquentes instructions qu'il adressait chaque jour à ses disciples. Quand la nature, vaincue par le sommeil, cédait au besoin du repos,

* Environ trente centimes de notre monnaie.

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il dormaitquelqueft instants sur la terre nue, et reprenait bienUt son travaiL En peu d'années, il apprit par cœur TÉcriture sainte tout entière, et put ainsi, avec le secours du texte que lui fournissait sa mémoire^ se livrer aux immenses travaux qu'il fit sur la Bible. L'austérité de sa vie répondait à son infatigable ardeur pour la science. Il ne buvait jamais de vin. Ses jeûnes fréquents et sa réserve habituelle au sujet de la nourriture faillirent lui coûter la vie. L'hiver même il marchait pieds nus, se contentait d'un seul habit» et refusait tout ce que ses amis lui voulaient donner. Une telle sainteté, jointe à un prodigieux talent, lui attira une foule de disciples, même parmi les savants et les philosophes les plus distingués. Héraclas, qui devint dans la suite évéque d'Alexandrie, Plutarque, son frère, les deux Sérénus, Héraclide, Héron et plusieurs autres jeunes gens s'empressèrent de se mettre sous sa direclion. Ils se désignaient par là à la vengeance des persécuteurs. Elle ne les épargna point. On les mit en prison. Héraclas seul échappa à la recherche des bourreaux; la Providence avait d'autres vues sur lui. Origène se multiplia lui-même, pour porter à ses enfants spirituels les consolations et les encouragements de la foi. U visitait les martyrs dans leur cachot, les accompagnait à l'interrogatoire, les exhortait au lieu même du supplice, et leur donnait, en présence des païens et des soldats, le baiser de paix au moment suprême. Ce fut un miracle qu'il ait pu échapper à la fureur des Gentils, qui furent plusieurs fois sur le point de le lapider. On aposta même des soldats à la porte de sa demeure, pour le mettre h mort. Souvent le peuple irrité le traîna par les rues de la ville. Il fut, à diverses reprises, appliqué h la question; Dieu ne permit pas qu'il fût enlevé à TEglise, dont il était une des gloires. Un jour les infidèles le saisirent, et, lui ayant rasé les cheveux, comme on le faisait aux prêtres des idoles, ils le revêtirent des habits que portaient les sacrificateurs. Ils le placèrent ainsi au haut des degrés du temple de Sérapis, et lui présentèrent des pahnes pour les distribuer, suivant l'usage, h ceux qui montaient. Origène les prit et, les élevant de la main : « Venez, s'écria-t-il, ve^ € nez recevoir ces^ palmes, non comme celles de votre idole, mais « comme les palmes de Jésus-Christ mon Dieu. » Cependant ses disciples furent envoyés au supplice. Plutarque, Héraclide, Héron et

run des Sérénus eurent la tête tranchée, l'antre fut brûlé vif. On livra aussi aux flammes une jeune catéchumène, nommée Héraîs, qui se disposait à recevoir le baptême, et assistait aux instructions d'Origène.

7. Alexandrie vit encore, dans le même temps, une jeune chrétienne mourir martyre de la virginité. Potamienne était esclave. Son maître, épris de sa rare beauté, ne put la faire consentir à ses infâmes désirs. Il la livra au gouverneur d^Alexandrie, Aquila, dans l'espoir que la vue des tourments et les menaces de mort feraient fléchir sa vertueuse constance. Aquila, Tayant trouvée inébranlable, la fit mettre à la torture. Les bourreaux épuisèrent en vain leur force contre cette noble victime. Enfin, le gouverneur fit mettre sur un immense brasier une chaudière pleine de poix, et quand elle fut bouillante : « Obéis à ton maître, dit-il à Potamienne, ou je te fais « plonger vive dans cette chaudière ardente. » — « A Dieu ne « plaise, répondit la sainte, qu'il y ait un juge assez inique pour me « condamner à une action criminelle I » Les autres menaces d'Àquila n'ayant pas eu plusd*effet, il commanda enfin qu'elle fût dépouillée et jetée dans lachaudière. La martyre de la virginité avait le droit de repousser Toutrage qu'on voulait faire à sa pudeur. Elle obtint d'être plongée avec ses habits dans la chaudière embrasée. Le gouverneur la remit à Basilide, un de ses gardes, pour qu'il présidât au supplice. Le soldat sentit sdn cœur ému d'une grâce surnaturelle, en approchant de la martjTe. Il repoussait le peuple qui s'empressait sur le passage de Potamienne, pour insulter à sa vertu. Sur le point d'être jetée dans la chaudière, elle lui promit d'inlercéder pour lui près du Seigneur, l'assurant qu'il sentirait bientôt les effets de sa reconnaissance. Après qu'elle eut cessé de parler, on lui mit d'abord les pieds dans la poix bouillante, et on l'y plongea ainsi peu à pea, jusqu'au sommet de la tête. Dans le même temps, on brûlait vive sainte Marcelle, sa mère.

Quelques jours après, les soldats, compagnons de Basilide, voulurent le contraindre à jurer avec eux par les dieux de l'empire. Basilide le refusa, déclarant qu'il était chrétien. Les soldats crurent d'abord qu'il se raillait ainsi de la foi chrétienne. Mais s'étant convaincus de la sincérité de ses paroles, ils le conduisirent au gou-

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