‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 54 sur 190 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

verneur qui le fit jeter en prison. Les chrétiens, étonnés d*une conversion aussi soudaine, \inrent visiter le nouveau frère que le Seigneur leur donnait. « Potamienne m*est apparue, leur dit-il, trois € jours après son martyre. Elle m*a mis une couronne sur la tête, en € disant qu'elle avait obtenu grftce auprès du Seigneur pour moi, et € que dans peu il m'appellerait dans sa gloire. » Il fut baptisé, et, le lendemain, la bâche du licteur, en lui donnant le coup de la mort, le faisait entrer dans Téternelle vie.

8. Une force secrète de conversion s'élevait du sang des martyrs, devenu ainsi une semence de chrétiens. C'est le mot de TertuUien, qui avait subi lui-même cette attraction merveilleuse. Quintus Septimius Florens Tertullianus était né à Carthage, l'an 160, d'un centurion des troupes proconsulaires. Il étudia toutes les sciences, et réussit dans chacune d'elles. Son style vif, concis, énergique, brillant de métaphores , de pensées neuves , d'expressions d'une audace toujours heureuse, rappelait les foudres de Démosthène dans la langue de Tacite. Il semble que si la logique voulait choisir une éloquence, elle devrait prendre celle de TertuUien. Dans ses écrits, chaque mot est uj|e sentence, chaque argument une victoire. Bossuet africain, il ne manquerait rien à sa gloire^ s'il eût toujours fait de rhumilité la sauvegarde de son génie.

Engagé dans le paganisme par les préjugés de la naissance et de réducation, il ne put résister à l'impression profonde que produisit dans son âme le spectacle de la constance invincible des martyrs. Il embrassa la foi de Jésus-Christ, devint prêtre, et, peu de temps après, adressa aux magistrats de l'empire romain la plus éloquente apologie qui ait été écrite jusque-là.

< Ce n'est pas une grâce, disait-il, que la religion chrétienne « vous demande, parce qu'elle ne s'étonne même pas du sort qui « lui est fait. Etrangère dans ce monde, elle sait que, parmi des « étrangers, on trouve facilement des ennemis. Son origine, sa de- « meure, ses espérances, son crédit et sa gloire sont au ciel. Elle

« veut seulement qu'on ne la condamne point sans la connaître. « La preuve qu'on ne la connaît pas, c'est qu'en cessant de l'igno-

« rer on cesse également de la haïr. C'est la connaissance de notre

« foi qui nous donne des chrétiens par milkei-s. Voilà pourquoi

« nous remplissons VOS cités, vos îles, vos bourgades et vos champs « d'une multitude qui vous épouvante ; et vous ne soupçonnez pas « qu'il peut y avoir, dans cette force d'attraction, quelque bien qui

vous échappe !

« Un criminel tremble s'il est découvert, nie quand on l'interroge, € OU n'avoue qu'en pleuraut. Un chrétien ne rougit jamais devant « vos tribunaux, il ne se repent que de ne l'avoir pas toujours été. « L'étrange sorte de mal, qui n'en a aucun des caractères, ni crainte, « ni confusion, ni détours, ni repentir, ni regrets î

« Vous procédez contre nous par un renversement singulier de € toute justice. Vous mettez les criminels à la question pour leur € faire confesser leur crime; vous y appliquez les chrétiens pour les € contraindre à le nier. Qu'un homme s'écrie : Je suis chrétien ; il « vous dit ce qu'il est ; vous le mettez à la torture pour lui faire dire € ce qu'il n'est pas. Établis pour chercher la vérité, vous nous voulez « forcer au mensonge. Une telle contradiction doit vous faire crain- € dre qu'il n'y ait une force secrète et inconnue, qui vous conduit à « violer ainsi toutes les formes dé l'équité et des lois. Vous croyez « qu'un chrétien est coupable de tous les crimes, qu'il est l'ennemi « des Dieux, des empereurs, des lois, des mœurs, de la nature en- « tière; et néanmoins vous le forcez à le nier pour l'absoudre !

« On dit que nous avons la barbarie d'égorger, dans nos assem- « blées, un enfant dont nous mangeons la chair, et, qu'à ce festin € de Thyeste, nous faisons succéder d'infâmes orgies. On le dit, et, « depuis si longtemps qu'on le répète, vous n'avez pas encore eu la « curiosité de constater ces faits. Ou vérifiez ces accusations, si vous « les croyezfondées ; ou ne les croyez pas, si vous ne les avez pas vé- € rifiées. Tous les jours on nous recherche, on nous surprend au mi- « lieu de nos réunions; y a-t-on jamais rencontré rien de semblable?

€ Peuple altéré du sang des chrétiens, juges si intègres, magis- € trats si rigoureux à notre égard, que répondriez-vous, si je vous € reprochais, moi, d'être vous-mêmes les meurtriers de vos propres « enfants? Vous les exposez, par milliers, dans les rues et les places < publiques, aux chiens qni les dévorent; vous vous en débarrassez € en les noyant ou en les laissant mourir de faim : ce serait une « mort trop douce pour ces tendres victimes de périr par le fer. L*bo*

Page 1