CHAPITRE IX
€ micide est on crime inconau parmi les chrétiens. Mais c*est un € meortre à nos yeux que d*empècher de nattre. Pour tous, vous € sonez partout le fruit de vos débauches. Si vous aviez pris garde € à ces désordres qui se commettent parmi vous, vous vous seriez € aperçus qu'ils n'existent pas chez les chrétiens. Mais ce sont là « deux espèces d'aveuglement qui marchent souvent de concert, de € ne pas voir ce qui est, et s'imaginer ce qui n'est pas. » • Il faudrait dter tout entier ce plaidoyer d'une prodigieuse éloquence. Quel spectacle n'offrait pas au monde cet athlète, qui se dressut seul pour défendre la vérité, et dont la voix s'élevait plus forte que les clameurs de l'amphithéâtre, que les menaces des bourreaux et que le brait des chaînes ! Jamais la lutte des deux pouvoirs qui se partagent le monde, la lutte de la force contre la vérité, n'avait été mieux dessinée. La logique de Tertullien n'arrêta pas la persécution, et pourtant ce fut à elle, qu'en dernière analyse, demeura la victoire. Il suffisait pour le moment que, sur le terrain de la discussion, où le docteur chrétien s'était placé, il eât forcé le pa* ganisme et la philosophie à servir de marchepied au trône du Christ. Ce nouveau caractère de la controverse religieuse se révèle dans les autres écrits publiés par TertuUien, presque en même temps que VApologétiquey avec une merveilleuse fécondité. Les traités: Ad nationes Libriduo ; De Testimonio animm; Adversus Judaos ; Adversus Uermogenem, Valentinianos, Marcionem; Adversus Praxeam; De Carne Christi ; De Resurrectiane eamisy se succèdent sans intenruptioii, en moins de cinq années. Pressé par les adversaires si nombreux qu'il attaquait à la fois, par le temps qui semblait manquer à son zèle infatigable, Tertullien voulut réunir ensemble tous les ennemis de TEglise, toutes les hérésies de son temps et des siècles à venir, pour opposer à leurs prétentions une fin de non-recevoir universelle. Il réalise cette idée dans le traite capital : De prmseriptionibus, te plus important de ses ouvrages, sans en excepter même son immortel Apologétique (208). L'argumentation dont il se sert avait déjà été employée par saint Irénée, dans son livre : AdtersMs h^reses ; mais Tertullien la généralise davantage. Il dit à tous les chefs de sectes : « Vous êtes des novateurs ; vous en- « scignez des doctrines contraires à celles que nous tenons des Apo-
468 HISTOIKË UÉiNÉHALË DE L*ÉGLISE.
« ti-e$. OÙ sont vos titres contre notre possession ? » Olim posHdeo, priorpossideo.Le& ouvrages de morale de TertuUien ne sont ni moins importants, ni moins nombreux. On en compte jusqu*à douze, publics de Tan 198 à 204. Dans le dernier, intitulé : De Patientidj on remarque ce passage, que la triste défection de ce grand génie rend presque prophétique : « C*est bien témérairement, dit-il, je le « confesse, que j'ose écrire sur la patience, moi qui suis entièrement « incapable d*en donner l'exemple. Ce me sera pourtant une sortedc « consolation de m'entreteiiir d*une veilu dont il ne m'est pas donné « de jouir ; semblable à ces malades qui ne cessent de faire l'éloge « de la santé qu'ils n'ont pas. La vertu de patience est tellement pré- € posée aux choses de Dieu, que l'on ne peut accomplir aucun pré- « cepte, ni faire aucune œuvre agréable sans elle. » Il y a, dans ces paroles, une sorte de pressentiment des extrémités où la violence de son caractère pouvaitl'entraîner. Depuisquinzeans, TertuUien illustrait l'Église par ses travaux comme écrivain, en même temps qu'il l'édifiait par ses vertus sacerdotales comme prêtre. 11 avait environ quarante-cinq ans. Son talent s'était mûri dans la lutte. Sa parole, si hardie et si pittoresque, s'était colorée de l'éclat que lui avait donné une suite non interrompue de triomphes. Que ne promettait pas une vieillesse couronnée de tant de gloire ! L'orgueil froissé, la bouillante ardeur d'un caractère que l'&ge n'avait pas rendu plus flexible^ brisèrent pourjamais cette brillante destinée. Quelques affronts delà part de clercs inférieurs ou jaloux, injures personnelles, dont saint Jérôme, qui rapporte ce fait, ne nous apprend pas la nature, mais que TertuUien aurait dû dédaigner, de la hauteur où ses écrits l'avaient placé, furent la première cause de cette scission funeste. Un décret, par lequel le Pape saint Zéphirin ordonnait d'admettre à la pénitence les adultères repentants, parut à TertuUien d'une doctrine relâchée. Il en prit occasion de consommer son schisme. Sans garder aucun ménagement, il dirigea ses attaques contre cette pierre immuable de l'Église, qui devait voir se briser tant de révoltes impuissantes. C'en était fait, TertuUien, l'auteur de V Apologétique et du Traité des Prescriptions, était Montaniste. Priscille et MaximiUa devinrent, à ses yeux, des pi'ophétesses inspirées, dont il ne ne craint pas de célébrer la sainteté et de publier les miracles. C'est
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surtout coaire Taotorité du souverain Pontife qu'il s'emporte outre mesure. « J'apppeuds, dit-il, qu'on a publié un décret solennel. UE- € ¥6que des évéques dit : Je remets les péchés d'aduHère et de fomi- € cation à ceux qui auront accompli leur pénitence. Une pareille € doctrine devrait être lue, non dans les églises, mais dans les an- < très du crime. » La question des secondes noces est traitée par Tertullien, avec le même dédain pour la tradition et Tautorité. L'enseignement constant de l'Église les regardait comme légitimes. Si les premiers chrétiens, par le désir d'un état de vie plus parfait, s'en abstffldoient pour la plupart, aucun d'eux néanmoins ne songeait à les blâmer c(«ime contraires à la loi de Dieu. Tertullien prétendit que, de même que Jésus-Christ avait retranché le /»Ae//umre)!mdu, accordé par HoSse aux Juifs, ad dtmtiam cordisy de même le Saint- Esprit, par la bouche de Montan et de ses deux prophétesses, venait retrancher les secondes noces. Montan et deux misérables visionnaires, législateurs de l'Église au même titre que Jésus-Christ ! Ces absurdités n'arrêtaient pas le génie tombé. Il continuait dans la voie d'inexorable rigorisme où il s'était ragagé. On cherche vainement, dans les pages où il déverse le fiel dont son âme était pleine contre l'autorité de l'Église et celle de son chef, quelque signe de retour, quelque 4race de repentir. Sa vieillesse s'écoula danscette affligeante opiniâtreté, insulte perpétuelle à la gloire de sa jeunesse. L'antiquité nous apprefMl, il est vrai, qu'il se sépara plus tard des Montanistes, mais ee ne fut que pour former une secte à part, qu'on nomma les Teriulliafmiô9 ; et dont saint Augustin ramena les derniers restes à l'unité catholique. On place la mort de Tertullien environ l'an 245. 9. L'hérésie de Montan, soutenue du nom de Tertullien, faisait, à Rome même, sous les yeux du saint pontife Zéphirin, de fâcheuses conquêtes. Le Pape prononça donc une sentence d'excommunication contre les sectateurs des nouveaux prophètes. C'était le nom qu'on donnait aux Montanistes. Sous sa direction, les docteurs orthodoxes travaillaient à réfuter l'hérésie. Une conférence célèbre eutlieu, vers l'an 2fâ, entre le catholique Gaïus et le montaniste Proclus. La conversion de ce dernier fut le prix du savoir et de l'éloquence de Gains, qui écrivit la relation de la controverse. Son ouvrage nenous est point parvenu.
470 HISTOIRE GÉNëRALE DE L*&6LISB.
10. Pendant que TOccident retentissait du bruit delà chute de Tertullien, l'Orient prêtait Toreille aux instructions d*Origène. Le jeune docteur airait ravi Tadmiration du monde romain. Les polythéistes eux-mêmes rendaient hommage à sa science et à son talent. Les philosophes païens le consultaient, lui dédiaient leurs ouvrages, ou citaient son autorité dans leurs écrits. Un jour qu'il était entré dans récole de Plotin, au moment oii oeluirci faisait leçon» Plotin rougit, interrompit son discours, et ne le continua qu'à la sollicitation de son illustre auditeur, dont il fit un pompeux éloge, en repre* nant la parole. Le zèle d'Origène, la simplicité et Tardeur de sa foi égalaient son génie. On sait Texcès dans lequel Fentraînèrent sa conscience timorée et l'interprétation, dans un sens trop adbsohi, d'une parole allégorique de l'Évangile. Cette action lui suscita dans la suite des persécutions dont nous aurons à parler. Dans le moment même Démétrius, patriarche d'Alexandrie, son évêque, n'y vit que la ferveur exagérée d'un jeune homme. Il lui fit sentir sa faute; Origène la reconnut avec humilité, et la désavoua même publique* ment depuis, dans ses homélies sur l'Évangile. Cendant le désir de voir Rome, l'Église principale ', le porta à y faire un voyage (Sft). On peut facilement conjecturer l'accueil que dut faire saint Zéphirin à un homme dont la réputation était sans égale dans l'Église, depuis la défection de Tertullien. A cette époque, Origène s'occupait d'un travail gigantesque sur l'Écriture sainte. Son voyage à Rome, comme ceux qu'il entreprit plus tard dans les différentes contrées du monde connu, se rattachait peut-être au projet qu'il avait conçu. Frappé des nombreuses variantes qu'offraient les diverses éditions des livres saints, il essaya de les fondre toutes dans une immense unité, en les réunissant dans une seule édition qui devait être ainsi la Bible universelle. De retour à Alexandrie, il se mit à l'œuvre, et commença ce travail qui dura vingt ans. Pour sulBre à ces occupations et aux leçons de théologie, d'Écriture sainte et de philosophie qu'il donnait à la multitude de ses disciples, il partagea le soin d'instruire les catéchumènes avec Héraclas, humaniste et philosophe distingué. Celui-ci fut chargé de donner les instructions élémentaires aux
« In Matth. Tract. 7, sub fine, Oeigbn. opéra.