‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 61 sur 190 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

done les maÎDs et l'ordonnèreoi prêtre. Il avait alors quarante ans. Ortgène continua sa route : il vit à Nicopolis (rancien Emmaus) le savant Jules Africain; réduisit, à Épfaèse, les hérétiques a un hon** teux silence; ouvrit, dans chaque ville, des conférences avec les sec^ taires, qu*il confondait par ladarté de ses arguments, et auxquels H ne laissait d'autres ressources que d'altérer le compte-readudes controverses qui était rendu public, et de prétw au docteur catholique, dans ces relations falsifiées à dessein, des opinions ou des raisonne^ ments qu'il n'avait pas émis, genre de calomnie dont ils ne se firent pas faute.

Cependant Démétrius ayant appris, à Alexandrie, l'ordination d'Orf gène, écrivit aux évoques de Palestine pour se plaindre de cet acte irrëgulier. Que ce fût la jalousie, comme l'indiquent Eusèbe et saint Jérôme, ou simplement le zèle pour la discipline ecclésiastique qui ait fait agir Démétrius dans cette circonstance, il est probable qu'on sera toujours réduit, sur cette question, à de simples conjectures. Quoi qu'il en toit, le patriarche d'Alexandrie fit entendre d'amères récriminations. U apprit dans ses lettres circulaires, aux évéques d'Asie, qu'Origène, par une action jusque-là demeurée secrète, avait enfreint les lois de l'Église, et s'était frappé lui-même d'irrégularité. Alexandre de Jérusalem répondit qu'il n'avait conléré le sacerdoce à Origène que sur des lettres de recommandation délivrées par Démétrius lui-même; qu'il ignorait les faits articulés dans les lettres eiibséquentes du patriarche. On réussit, après des négodationa asses longues, à caUner ce différend, et Origène revint à Alexandrie. Mais la paix dont il jouit ne fut pas de longue durée.

6. Jules Africain, qu'Origène rencontrait en Palestine, était un des plus savants prêtres de cette époque. U était d'Bmmaûs, daat Vespasien, au lieu d'une simple bourgade, avait fait une ville, soÉis le nom de Nicopolis. Elle avait étéreœmment brûlée par Qittntilius Varus, gouverneur dé Syrie. Jules Africain, député par ses compiitriotesi vers l'empereur Héliogabate, eh avait obtenu le rétablissement. Les travaux de chronologie de Jules Africain l'ont rendu célèbre. Pour montrer l'antiquité de la religion chrétienne et la nouveauté des histoires païennes, il écrivit en grec, sa langue maternelle, une histoire universelle, depuis la création du monde

484 HI8T01HK GÉNÉKALE DE L'ÉGUSE.

usqu*à la quatrième année du règne d'Héliogabale, l*an !2â1 de Jésus-€lirist. Cet important ouvrage, qui existait encore au temps de Photius, est maintenant perdu. Il écrivit encore un livre qu*il nomma Gestes ' ou Ceinture brode'e, à Timitation des Stromates ou Tapisseries, de Clément d'Alexandrie. L'histoire naturelle, l'agriculture, la géographie, l'histoire, la géométrie, la médecine avaient fourni des matériaux à cet ouvrage qui nous est parvenu. Une Épttre à Aristide, dans laquelle Jules Africain cherche à accorder les deux généalogies de Jésus-Christ, selon saint Mathieu et selon saint Luc, a aussi échappé au naufrage. « C'est, « dit l'auteur, une tradition commune en Palestine, que Jacob et « Hély étaient frères utérins. Hély étant mort sans enfants, Jacob « épousa sa veuve et fut père de saint Joseph selon la nature, tandis « qu'Hély l'était selon la loi. » L'entrevue d'Origène et de Jules Africain donna naissance à une controverse bibliographique entre ces deux savants. Origène avait employé, devant Jules Africain, une citation tirée de l'histoire de Suzanne. L'Africain prétendit qu'elle était apocryphe. Dans une lettre qu'il écrivait à Origène, à ce sujet, et que nous avons encore, il défend sa thèse en l'appuyant sur cette raison principale que l'histoire de Suzanne ne se trouve point dans les exemplaires des juifs. Origène lui répondit, de Nicomédie, que la tradition catholique, unanime jusque-là, était une garantie suffisante d^authenticité. Il ajoutait qu'il n'était pas sans danger de remuer les bornes posées par nos pères ; que d'ailleurs, dans la question présente,, la tradition des docteurs juifs elle-même était conforme à l'opinion de l'Église. Le docteur Alexandrin engagea, dans le même temps, saint Hippolyte a écrire un commentaire sur l'histoire de Suzanne. C'est là tout ce que nous connaissons des travaux et de l'histoire de Jules Africain.

6, Saint Callixte P'ne vit pas les dernières persécutions d'Origène dont nous avons parlé. Quoique la multitude des chrétiens ne fût plus recherchée et que les édits de Septime-Sévère fussent tombés en désuétude, les empereurs n'épargnaient rien pour frapper, dans la per-

• Histoire de la littérature grecque profane, tome V, p. 269l — Paris, librairie Gide» 1832.

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sonne des Papes, des évéques et des prêtres, une religion qu'ils espéraient toujours anéantir V C*est ainsi que le saint prêtre Calépode, à Rome, dans les dernières années du pontificat de saint Callixte, eut la tête tranchée. Son corps, traîné ignominieusement dans les rues de la ville et jeté dans le Tibre, fut enseveli, avec les plus grands honneurs, par les soins du saint Pape. Un pareil sort Tattendait lui-même; quelque temps après, il fut mis en prison, où on le laissa souffrir toutes les horreurs de la faim. Ses bourreaux ne lui accordaient un peu de nourriture que pour lui laisser la force de supporter le supplice des verges , auquel ils le soumettaient chaque jour. Le saint vieillard fut enfin précipité par la fenêtre de sa prison, au fond d'un puits où il trouva la mort (1 4 octobre 222}. Cette même année vit aussi la fin du règne d'Héliogabale. Il avait préparé pour se tuer, à tout événement, des cordons de soie, un poignard d'or, des poisons renfermés dans des vases de cristal et de porphyre, une cour intérieure, pavée de pierres précieuses, sur lesquelles il comptait se précipiter du haut d'une tour. Ces ressources lui manquèrent; il avait vécu dans des lieux infâmes, il tut tué dans un égoût, et son corps fut jeté par la populace dans le Tibre, où il avait fait précipiter le saint prêtre Calépode. Le Liber pontificalis attribue à saint Callixte un décret qui, suivant la tradition apostolique, régla l'institution du jeûne des Quatre-Temps. — Hic constitua jejunium die Sabbali,ierin anno fieri frumenti, vini et olei, secundùm prophctam. — Barontus pense qu'il faut lire en cet endroit : quater, parce que la prophétie de Zacharie, k laquelle il est fait allusion *, dit positivement que le jeûne d'action de grâces pour les bienfaits de la Provid^ce, doit se célébrer quatre fois l'an. Saint Callixte P' donna son

* Telles étaient, en effet, selon saint Cyprien, peu d'années après, les dispositions de l'empereur Dèce. « Cum tyrannus infestus sacerdotibus Deifanda etnefanda comminaretur, cum mulla patienlius et tolerabilius audiretlevariadversusscœmulum principemquàm constitui Romae Del sacerdotem. » (S. Cypr. Epistola ad Àntonianum.)

* Haec dicit Dominus exercituum: Jejunium quart! et jejunium quinti, et jejunium septimi et jejunium decimi erit domui Juda in gaudium et ketitiam, et in solemnitates prœclaras : verhatem lantum et pacem dillgite.

Zaehar., cap. viii, 19.)

186 HlSTOlliË gLnÉHALË de L^ÉGLISE.

nomauGélèbrecimetiërede lavoie Appienne, dans lequel furentdépo^ les restes glorieux de quaranto-six Papes et d*uti nombre ooneidéraWe de martyrs *. Parmi les évéques, ordonnés par ce Pontife, on remarque saint Hippolyte , de Porto , dont nous avons déjà parlé. Saint Urbain F', Romain d'origine, fut élu pour succéder à Saint Caliixte.

S •. FôMtlIieat de mIuI UrtelM premier. {332-23L) *

7. La mort d*Héliogabale laissait le trône au Ris de Mamma^a, au jeune disciple d'Origène. Alexandre Sévère avait conçu , pour le christianisme et pour son divin fondateur, un respect qui ne l'abandonna jamais. Le Laraire de son palais ne renfermait pas seulement le5 statues des dieux et celles des empereurs qui avaient le mieux mérité du genre humain ; Alexandre y avait encore place la statue de Jésus- Christ même, à laquelle il rendait les honneurs divins. Son admiration pour le Fils de Marie alla jusqu'à faire présenter au sénat la proposition d'admettre au rang des dieux de Tcmpire le fondateur d'une religion dont la morale était si pure. Le sénat voulut consulter les oracles sur cette volonté impériale; et, au rapport de Lamprîdius, auteur contemporain, leur réponse fût que, si on célébrait cette nouvelle apothéose, les temples seraient bientôt abandonnés, et tous les hommes se feraient chrétiens. Cette maxime : Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas que l'on vous fit â vous-même, était sans cesse dans la bouche d'Alexandre, et il confessait volontiers qu'il Tavait empruntée à la morale des chrétiens. Il la fit graver dans son palais et sur les édifices publics. Par son ordre, un héraut la prodamait publiquement, dans la punition des criminels. Un fait rapporté par Lampridius, et qui jette une grande lumière sur la situation de TÉglise dans Rome, servira à faire connaître l'impartialité d'Alexandre, dans les causes qui pouvaient intéresser les chrétiens.

8. Dans la région au-dalàdu Tibre, au pied du mont Janicutei était

< On porte ce nombre jusqu à eent soixanteniuatûne mille. * Voy«, pour cette période de l'histoire ecclësiftsiique, VHistairê de sainte Cécile^ parle R. P. l>om P. Cuéranger.

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