CHAPITRE X
transmission du péché originel, et de traiter d'irrémissibles les péchés commis après la réception de TEsprit saint. — S'il est permis de penser qu'Origène fut étranger lui-même à ces erreurs, on ne peut toutefois nier que les hérétiques ne les aient données comme de lui. Cest te malheur des grands hommes que leur autorité serve souvent à accréditer des opinions qui ne furent pas les leurs, mais dont on croit découvrir le germe dans leurs écrits. Tout TOrient fut troublé par des novateurs, qui se couvraient du nom d'Origène, pour nier la divinité de Jésus-Christ; Fétemité des peines , soutenir la préexistence des âmes et la réalité d'une vie antérieure, dans laquelle elles avaient été capables démérite ou de démérite. Nous verrons plus tard, Fan 553, rorigénisme c-ondamné par le second concile de Constantinoide, cinquième oecuménique.
40. Malgré la bienveillance d'Alexandre pour le christianisme, et les trente années de paix qui avaient suivi la cinquième persécution générale, sous Septime Sévère, la législation romaine n'avait pas été changée dans ses dispositions hostiles contre les disciples de Jésus- Christ. Les légistes du palais impérial, Domitius, Ulpien et Julius Paulus, dont le nom est aussi imposant dans les origines de la jurisprudence qu'il est demeuré odieux dans les annales du christianisme, avaient pris plaisir à rassembler dans leurs recueils les ordonnances qui dévouaient les fidèles h la mort. La superstition romaine et la haine du peuple contre les chrétiens veillaient ensemble au maintien de ces édits sanguinaires, et la tolérance du prince, qui pouvait bien en suspendre provisoirement l'exécution, n'allait pas jusqu'à les effacer du code de l'empire. Il suffisait donc d'un caprice de la populace, ou du mauvais vouloir de quelque magistrat subalterne, pour renouveler contre l'Eglise les anciennes persécutions. C'est ainsi que les vierges Martine ctTatiana avaient donné leur vie pour Jésus-Christ. Le pape saint Urbain {«f, deux fois cité au prétoire, avait confessé généreusement sa foi. Il ne lui avait plus été possible de séjourner dans rintérieur de la ville ; sa retraite ordinaire était dans les catacombes de la Voie Appienne, au cimetière que son prédécesseur, saint Callixte, avait fait récemment accroître. Au printemps de l'an 230, l'empereur Alexandre Sévère s'éloigna de Rome pour aller diriger une expédition contre les Perses. Il y laissait, en qualité de préfet, Turcius Alma-
490 HISTOIRE GÉNERALR DE L*ÊGUSE.
cbiust peraoïwage connu pour la haine qu*ii portait aux chrétiens. L'oGcaaion de se livrer à ses violences contre eux lui parut favorable; et il les exerça d'abord sur celle partie de la nombreuse chrétienté de Rome, qui appartenait à la classe du peuple. Non content de déchirer, par toutes sortes de tortura», les membres des fidèles, Aimachius voulait que leurs corps demeurassent sans sépulture. Ce n'était qu'au poids de l'or que des chrétiens dévoués achetaient aux bourreaux les précieuses dépouilles des martyrs. On réunissait avec amour les membres séparés par le glaive, on recueillait le sang avec des éponges que l'on pressait ensuite dans des fioles ou des ampoules, on recherchait jusqu'aux instruments du supplice, afin de conserver à la postérité chrétienne le témoignage complet de la victoire,
H, D'illustres victimes étaient réservées aux fureurs d' Aimachius et à la palme du martyre. Cécile, vierge romaine, issue de l'antique et noble race des C^cilius, au milieu d'une famille païenne, avait reçu la foi dès sa première enfance, et voué à Dieu sa virginité. Ses parents l'avaient mariée, contre son gré, à un jeune homme, païen lui-même, nommé Yalérien. Les mariages entre chrétiens et païens avaient encore lieu à cette ^que, et s'ils amenaient quelquefois des situations difficiles, souvent aussi ils étaient l'instrument dont Dieu se servait pour gagner à la vraie foi la partie infidèle. L'Église cependant, fondée sur la doctrine de l'Apôtre, les improuvait avec énergie; et la nécessité pouvait seule excuser les fidèles qui les contractaient* Quoi qu*il en soit, Cécile dit à Yalérien : « Je suis sous la tutelle d'un ange que « Dieu a établi protecteur de ma virginité. Gardez-vous donc de « rien faire qui puisse exciter contre vous la colère du Seigneur. » Étonné de ce langage, le jeune païen respecta son épouse, et dit qu'U croirait en Jésus-Christ, s'il voyait l'ange qui gardait Cécile. La pieuse vierge en prit occasion de l'instruire des vérités de l'Évangile, et biralùl Yalérien déclara qu'il était prêt à a>cevoir le baptême. Il alla donc dans les catacombes de la Yoie Appienne, se jeter aux pieds du pape saint Urbain, qui lui conféra le sacrement de la i-égénéraUon. Tiburce, son frère, eut, peu de temps après, le même bonheur. Ces deux néophytes se distinguèrent, entre tous les chrétiens de Rome,
* 2 C«rml/i., chap. vi. 11.