CHAPITRE X. 4M
par leur empressâiiieot à recbercber les coriia des mailyr^, immolés p«r les ordres d^Almacbius, Ils ne tardèrent pas à être dénoncés à ce magistrat, qui les fit compai'aitre devant son tribunal. Ils confessèrent courageusement leur foi, et refusèrent d'offrir des libations aux dîeux« — « Quel est le Dieu auqud vous rendez vos hommages? leur € den^anda Almacbius. -* Y en a-t-il un autrs, répondaient les mar- « tyrs, pour que vous nous fussiez une pareille question, à propos de « Dieu? En est-il donc plus d'un? — Mais, du moins, dites-moi le « nom de ce Dieu unique dont vous me partez. — Le nom de Dieu, « vous ne sauriez, ni vous ni aucun mortel, le découvrir. U est in- « eommunicable. — Ainsi Jupiter, ce n'est pas le nom d'un Dieu? — « Vous vous trompez, dit Valérien, Jupiter, c'est le nom d'un cor- « rupteur, d'un libertin. Vos propres auteurs nous le représentent « comme un homicide, un homme rempli de tous les vices, et vous € osez l'appeler un Dieu ! Je m'étenne de cette hardiesse, car le nom « de Dieu ne saurait convenir qu'à Tétre qui n'a rien de commun « avec le péché, et qui possède toutes les vertus. *- Ainsi, reprit « Almachius, l'univers entier est dans l'emur; votre frère et vous € êtes les seuls qui connaissiez le vrai Dieu. — Ne vous faites pas € illusion, Almachius, répondit Valérien, les chrétiens, ceux qui ont
< embrassé cette doctrine sainte, ne peuvent déjà plus se compter t dans l'empire. C'est vous qui formez bientôt la minorité; vous êtes
< ces planches qui flottent sur la mer après un naufrage, et qui n'ont
< plus d'autre destination que d'être mises au feu. » La généreuse audace de Valérien eut sur-le-champ sa récompense. Almachius le a battre de verges. Pendant ce supplice, le jeune patricien s'adressait à la multitude : « Citoyens do Rome, s'écriait-il, que le spectacle
< de ces tounnents ne vous empêche pas de confesser la vérité. Soyez « fermes dans votre foi ; croyez au Seigneur qui seul est saint. Dé- « truisez les dieux de bois et de pierre, auxquels Almachius brûle t son encens ; réduisez-les en poudre, et sachez que ceux qui les 4 adorent seront punis par les supplices étemels. » Enfin Almachius condamna les deux frères à avoir la léte tranchée, et les renût à Maxime, son greffier, qui devait faire exécuter la sentence, le lendemain, à quatre milles de Rome. Pendant la nuit, les saints confesseurs, réunis à Cécile, qui éUit venue les visiter, convertirent
'192 HISTOIRE GëNÉRALK DE l'kGLISE.
Maxime, sa famille et les soldats mêmes qui gardaient leor prison; et rheure du supplice étant arrivée, ils terminèrent en^mbie leur glorieux martyre. Almachius, informé de la conversion.de Maxime» le fit assommer avec des fouets armés de balles de plomb ; ce qui était le supplice des personnes d'un rang inférieur. Sainte Cécile fit déposer le corps des trois laartyrs dans le cimetière de Gallixte; et prévoyant que la persécution allait bientôt Tatteindre elle-même, elle prévint la confiscation de ses biens en les distribuant aux pauvres, employa les derniers instants qui lui restaient à vivre, à la conversion d'une multitude de païens, que ses exemples et sa parole amenaient à la foi. Le pape saint Urbain eut la joie de recevoir dans ses bras ces nouveaux enfants de TÉglise.
M, Cependant Almachius donna Tordre de faire comparaître Cédle devant lui. La vierge répondit avec une sainte audace aux questions du préfet. — « D'où vient cette assurance devant moi? « lui dit Almachius. — D'une conscience pure et d'une foi simple. « — Ignores-tu donc quel est mon pouvoir? — Et vous, ignorez- « vous quel est mon époux et mon défenseur? — Quel est-il? — Le « Seigneur Jésus-Christ. — Ne sais-tu pas que nos maîtres, les in- « vincibles empereurs, ont ordonné que ceux qui ne voudront pas « nier qu'ils sont chrétiens soient punis, et que ceux qui consentiront « à le nier soient acquittés. — Vos empereurs sont dans l'erreur. La « loi dont vous vous appuyez prouve une seule chose, c'est que vous « êtes cruels, et que nous sommes innocents. En effet, si le nom de « chrétien était un crime, ce serait à nous de le nier , et à vous de « nous obliger par les tourments à le confesser. — Malheureuse, ne « sais-tu pas que le pouvoir dévie et de mort est déposé entre mes «.mains par les invincibles empereurs? — Comment pouvez-vous « dire que les princes vous ont conféré le droit de vie ou de mort? « Vous savez bien cependant que vous n'avez que le seul pouvoir de « mort. Vous pouvez ôter la vie à ceux qui en jouissent, mais vous ne « sauriez la rendre à ceux qui sont morts. Dites donc que les empèse reurs ont fait de vous un ministre de mort ; mais rien de plus. — « Laisse là cette audaceet sacrifie aux dieux. — ^Vousappelez Dieux ces « pierres muettes I Elles sont incapables de se défendre des flammes, « ou de vous en retirer vous-même. Le Christ seul peut sauver de la
GHAPITHE X. 493
« morl, et délivrer du feu rhomme coupable. » Ce furent les dernières paroles de Cécile devant le juge. Almachius donna Tordre de la reconduire dans sa maison et de renfermer dans la salie des bains de son palais, que les Romains appelaient le Caldarium. On alluma un feu violent et continu, et la vierge, laissée sans air sous la voûte ardente, devait trouver la mort, sans qu'il fût besoin d'un bourreau pour rimmoler. Hais la sainte demeura trois jours dans celte atmosphère embrasée, sans perdre la vie. Almachius envoya un licteur dans le lieu même pour lui trancher la tête. Le soldat la frappa de trois coups de hache sans pouvoir Tachever ; il se retira (la loi lui défendait de continuer) , laissant la vierge baignée dans son sang. Cécile vécut encore trois jours, et rendit enfin à Dieu son âme glorieuse, le 22 novembre 230.
43. Quelque temps après, le pape saint Urbain était amené devant Almachius. — «Est-ce là, dit-il, cet Urbain, ce séducteur, dont les « chrétiens ont fait leur pape? Oui, répondit le vénérable vieillard, € c*est moi qui séduis les hommes, pour leur faire abandonner la « voie de Tiniquité, et les conduire dans la voie de la justice. ». Saint Urbain fut jeté en prison avec deux prêtres qu'on avait arrêtés en même temps que lui. Un second interrogatoire n'eut pas une issue plus favorable aux vues d' Almachius. Les deux prêtres ayant confessé généreusement leur foi, furent battus avec des fouets armés de plomb. Pendant qu'on les frappait, ils répétaient ces paroles : « Seigneur, nous vous rendons grâces.» «Je comprends, disait Alma- « chius au saint Pontife, tu es vieux; voilà pourquoi tu regardes la « mort comme un repos, tu es jaloux de ces jeunes gens ; tu les en- « courages à sacrifier leur vie, parce que la tienne va t'échapper. » Un des prêtres, indigné de ce vil outrage, interrompit le préfet. « Vos paroles sont un évident mensonge, lui dit-il; notre père, dès < sa jeunesse, a toujours regardé Jésus-Christ comme sa vie, et la « mort comme un gain. Plus d'une fois il a confessé le Christ, et « exposé sa vie pour les brebis qu'il lui a confiées. » Reconduit en prison, Urbain convertit à la foi chrétienne le geôlier Anolinus, qui ne tarda pas à payer de sa vie l'honneur de s'être enrôlé dans la miliceduSeigneur. Enfin, d'après l'ordred'Almachius,1es confesseurs f urentconduits sur la voie Nomenlane, où ils devaient être décapi- 1. 13
tés. Sur la route, Urbain exhortait ainsi ses compagnons : « C'est le « Seigneur qui nous appelle, lui qui a dit : Venez à moi, vous tous « qui êtes fatigués et chargés; et je vous soulagerai. Jusqu'ici nous « n*avons vu le Seigneur que dans un miroir et comme en énigme; « voici )e moment oii nous allons le voir face à face. » Enfin les bourreaux leur tranchèrent la tête^ ei les corps des saints martyrs furent transportés par les chrétiens au cimetière de Prétextât (25 mai 334). Saint Urbain V pourvut à la dignité du service dans les églises de Rome. Il renouvela en argent les vases de Tautel, et fit faire, entre autres, vingt-cinq patènes de ce métal, pour les divers titres de la ville. Ces patènes étaient d*une grande dimension ; car elles étaient destinées à recevoir les pains que chaque fidèle qui devait communier apportait à Toffrande. Le Liber Pontificalis ne fait aucune mention des décrets attribués, dans la suite, à saint Urbain î^' sur la foi douteuse de Mercator. Pontien, Romain de naissance, fut élevé sur le siège de saint Pierre, au mois de juin suivant.
S 8. Pontificat de saint Pontien. (231-235.)
44. Le retour d*Àlexandre Sévère rendit pendant quelque temps la tranquillité à TÉglise de Rome ; du moins on ne voit pas que les violences d*Almachius se soient prolongées après cette époque. On ignore l'impression que ressentit l'empereur, quand il eut connaissance des actes du préfet. Il est à croire que ce prince , ennemi de la cruauté, blâma les excès d*Almachius; mais on ne voit point qu^il ait exprime autrement le déplaisir que lui eût causé le meurtre juridique de tant de chrétiens. Quoi qu'il en soit^ le système suivi sous le règne d'Alexandre , à l'égard des souverains Pontifes, ne farda i)as d'être appliqué à Pontien. Ce saint pape eut à souffrir la persécution pour la liberté de son ministère ; il ne fut cependant pas mis à mort , mais un ordre émané de la cour impériale l'exila avec le saint prêtre Hippolyte , différent de l'évéque de Porto, dans l'Ile Buccina , Tune des plus sauvages de la c^te méridionale de Sardaigne. Séparé de son siège, Pontien abdiqua.
45. Cependant l'affaire de l'excommunication d'Origène n'était point terminée. Ce docteur se plaignait toujours que les évêques