CHAPITRE XI
venir Finstrumenide grandes choses. Grégoire de Néocésarée dans le Pont, né de parents nobles et riches mais païens, accompagnait sa sœur, mariée à un jurisconsulte, que le gouverneur de Palestine avait emmené avec lui, comme assesseur, pour le soulager dans l'administration de la province. Il venait de terminer, d'une manière brillante, rétude du droit romain, et s'était déjà produit au barreau avec succès, lorsque la gràcelui fit rencontrer Origëne. L'espèce de charme, que réloquent Alexandrin exerçait sur les âmes, agit d'autant plus sur celle de Grégoire, que le jeune homme y semblait mieux préparé par .des mœurs chastes et une vie pure de la corniption si fréquente dans le monde païen. Venu à Césarée pour y conduire sa sœur, et retourner de suite dans sa patrie, le jeune orateur s'attacha à Origène au point qu'on dit que ces deux âmes s'unirent comme autrefois celle de Jonathas et celle de David. Dès lors, oubliant affaires, patrie, parents, projets ambitieux ou profanes études, il ne songea plus qu'à profiter des leçons d'un maître qui le conduisait à une patrie céleste qu'il ne connaissait pas encore. Il a depuis écrit la méthode dont le philosophe chrétien se servit, pour incliner peu à peu son Ame sous le joug de la foi. Ce plan d'une éducation chrétienne, au troisième siècle, présente dans son ensemble et sa vaste étendue, la meilleure réponse à ceux qui prétendent qu'à son origine la foi ne se répandait dans le monde que par le fanatisme d'esprits étroits et ignorants. Il peut semr en même temps à donner une idée de l'universalité des connaissances d'Origène. « Comme un habile agriculteur, dit saint < Grégoire, qui sonde en tous sens le terrain qu'il entreprend de € défricher, Origëne creusait et pénétrait les sentiments de ses dis- « ciples, les interrogeant et considérant leurs réponses. Quand il les « avait préparés à recevoir la semence de la vérité, il leur enseignait « les diverses parties de la philosophie; la logique, pour former leur « jugement, en leur apprenant à discerner les raisonnements solides « d'avec les sophismes spécieux de l'erreur; la physique, pour leur « faire admirer la sagesse de Dieu par la connaissance raisonnée de « ses ouvrages ; la géométrie, pour habituer leur esprit à la Fectitude « par la rigueur des propositions mathématiques; l'astronomie, afin « d'élever et agrandir leur pensée en leur donnant l'immensité pour « horizon ; enfin la moi-ale, non pas celle des philosophe^, dont les
« définitions et les divisions stériles n'enfantent aucune vertu, mais « la morale pratique, leur faisant étudier en eux-mêmes les mouve- « ments des passions, afin que Tàme, se voyant comme dans un mi- « roir, pût extirper jusqu'à la racine des vices. Il abordait enfin la « théologieou la connaissance de Dieu. Il leur faisait lire, sur la Pro- « vidence qui a créé et qui gouverne le monde, tout ce qu'ont écrit « les anciens, philosophes ou poètes , grecs ou barbares, sans se « préoccuper autrement de leurs systèmes, de leurs sectes ou de leurs « opinions particulières. Dans ce labyrinthe de la philosophie « païenne, il leur servait de guide pour démêler ce qu'il y avait de « réellement vrai et d'utile, sans se laisser prévenir parla pompe et « les ornements du langage *. Il posait en principe, qu'en ce qui re- « garde Dieu, il ne se faut rapporter qu'à Dieu lui-même, et aux « prophètes qu'il a inspirés. C'était alors qu'il commençait l'inter- « prétaUon des Écritures qu'il possédait à fond, et dont il avait, avec « l'aide de Dieu, pénétré profondément tous les secrets. »
3. Après cinq années employées à de telles études, Grégoire reçut le baptême et se disposa à quitter le savant maître, qui avait révélé à sa jeunesse une voie et une vie nouvelles. En présence d'une nombreuse assemblée, il lui adressa d'une voix émue ses derniers adieux. « Priez le Seigneur, lui dit-il en terminant, qu'il nous console de « notre séparation ; priez-le qu'il envoie son bon ange pour nous « conduire; mais surtout priez-le qu'il nous ramène près de vous : « plus que tout le reste, cela nous pourra consoler. » Tels étaient, à ces heureux âges de l'Église naissante, les liens de reconnaissance et d'attachement qui unissaient les disciples chrétiens à leurs savants maîtres. De retour à Néocésarée,''Grégoire, en qui sa patrie attendait un orateur habile, un jurisconsulte éminent, ne se montra à ses concitoyens étonnés, que comme le plus fervent des néophytes. Il abandonna tout ce qu'il possédait dans le inonde, et se retira dans une campagne solitaire, pour y être tout avec Dieu. Une pareille
I II est permis, écrivait Origène à Grégoire, en sortant de rËgyplo pour entrer dans la terre promise, d'emporter les richesses des Égyptiens et de s'en servir pour la construction du tabernacle, quoique l'expérience m'aii fait voir que cela soit utile à peu de personnes.