‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 69 sur 190 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

sordre, aucun dérèglement à déplorer. Quelques écrivains ont fait un tableau d'autant plus brillant de la perfection chrétienne au troisième siècle, qu'ils se préparaient h une plus rigoureose sévérité pour les siècles suivants. La vérité est que Jésufr-Christ demeure avec son Église tous les jours ; mais qu'à aucun temps la periection absolue ne s'est rencontrée sur la terre. La vérité est que, dans tous les siècles, on reeoonait, au sein de l'Église, rhomme et Dieu, les misèresdel'un et les misëricordesde l'autre. Ainsi Origène se plaint «que € plusieurs ne venaient à l'assemblée des fidèles qu'aux jours solen- « nels, et y venaient moins pour s'édifier ou s'instruire, que pour € suivre l'habitude, ou se reposer plus à l'aise. Quelques-uns, dit- « il, restent à s'entretenir de choses indifférentes ou même profa- € nés. Les femmes eUes-mêmes troublent le silence et le recueille- < ment des saints mystères '. » Il reproche aux chrétiens de s'attacher exclusivement aux affaires temporelles, à leurs champs, à leur commerce, aux procès. « Au lieu de s'appliquer à la méditation de f ia parole divine, on se passionne pour les spectacles du cirque, les « courses de chevaux, les combats des athlètes *. Il en est qui ont € la foi, qui viennent à l'Église, s'inclinent devant les prêtres, se « montrent dévoués et affectionnés pour les serviteurs de Dieu, donc nent volontiers pour l'ornement et l'entretien de l'autel : mais ils € ne [prennent aucun soin de corriger leurs mœurs, ne quittent « point leur ancienne vie, et restent dans leurs vices et leurs iniqui- « tés. » Le mal ne s'arrêtait pas aux degrés inférieurs ; Origène se plaint que, déjà de son temps, on trouvait dans l'Église des ambitieux qui briguaientles honneurs de la prêtrise ou de l'épiscopat, malgré leur indignité personnelle, et qui ne cherchaient dans ces fonctioiSs saintes, que le profit et le faste des premiers rangs '. « Que € les prélats, dit-il encore, apprennent de l'exemple de Moyse, à ne € pas désigner par testament leurs successeurs, parmi leurs parents € ou leurs alliés, comme si le gouvernement de l'Église était un « héritage. » — Ailleurs parlant du luxe des évêques:« Nous vou-

' Exod. Hom. 19 et 13. *- Oper. Origen. * LevU. Hom. 9. ^ Id.

» Matth, Tract. 24.

« drions presque, dit-il, avoir des gardes comme les rois; nous nous « rendons terribles et de difficile accès principalement aux pauvres; « nous traitons ceux qui nous parlent et qui nous prient de quel- « que chose, comme ne feraient pas, envers des suppliants, les ty- « rans et les gouverneurs les plus cruels ^ » Ces passages et d'autres semblables qu'on pourra remarquer dans les écrits des Pères du troisième siècle, prouvent qu'à cette époque, comme à toutes celles de rbistoiredeTÉglise, l'ivraie s'est trouvée mêlée au bon grain : l'œuvre de Dieu ne se continuait pas moins, malgré ces taches légères, se propageant et rassemblant peu à peu le monde sous le joug de la foi.

7. Un fait qui prouvait toute la puissance de la discipline ecclésiastique à cette époque, eut lieu l'an 244. L'empereur Philippe avait assassiné Gordien III, pour s'emparer du pouvoir. Ce prince, s'il n'agissait pas en chrétien, en avait du moins la croyance. Le témoignage des auteurs contemporains ne laisse aucun doute à cet égard. Mais la politique ne lui permit pas de professer publiquement un culte proscrit par les lois et les usages de l'empire. Néanmoins, dans les villes où les chrétiens étaient en majorité, il ne faisait pas difllculté de se montrer dans leurs cérémonies. Se trouvant donc en 244, le 1 4 avril, jour où on célébrait la fête de Pâques, à Antioche, il se présenta à l'assemblée des fidèles. Mais saint Babylas, évêque de cette ville, l'arrêta à la porte de l'église, lui reprocha le meurtre de Gordien et l'ambition qui le lui avait fait commettre. Il finit en lui déclarant qu'il demeurerait indigne de participer aux saints myslc»res, jusqu'à ce qu'il eût expié son péché par la pénitence. Philippe se soumit, et, dans la suite, fut réconcilié avec l'Église. Origène lui écrivit depuis, ainsi qu'à l'impératrice, nommée Sévéra, deux lettres qui existaient encore du temps de saint Jérôme, et dans lesquelles on sentait l'autorité d'un docteur chrétien écrivant à des chrétiens.

8. Origène avait été appelé deux ans auparavant au concile de Philadelphie, en Arabie, pour défendre la doctrine de l'Église contre Bérylle, évoque de Bosra. Ce prélat, qui a laissé du reste la répula-

< Num. Hom, 22.

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