‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 70 sur 190 · CHAPITRE XI. â · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. â

tion d'un pieux et savant docteur, était tombé dans une hérésie, renouvelée des Théodotiens. Il prétendait que Jésus-Christ n'avait point existé avant Tincarnation, et n'avait commencé à être Dieu qu'en naissant de la Vierge. Il ajoutait qu'il n'avait été Dieu, que parce que le Père demeurait en lui, comme dans les prophètes. Il détruisait ainsi le dogme de la divinité du Verbe. Des erreurs aussi graves furent relevées par les évéques d'Arabie, qui essayèrent de ramener BérjHe à la foi orthodoxe; mais, par une obstination qui doit faire trembler, dans un prélat que, malgré l'erreur où il était tombé, saint Jérôme met au nombre des plus illustres et des plus doctes écrivains de l'Église, il refusa de se rendre à leurs lumières. Origène fut donc appelé au concile de Philadelphie, convoqué à ce sujet et dont on avait encore les actes du temps d'Eusèbe. Des conférences particulières n'ayant pas eu, d'abord, le succès qu'on en avait espéré, Origène, dans une discussion publique, établit, avec tant de netteté et de force, le dogme catholique, que Bérylle se rendit à ses arguments et reconnut enfin la vérité. Il se montra reconnaissant envers Origène , et lui écrivit depuis plusieurs lettres pour lui faire de touchantes actions de grâces. Il semblait que partout où Terreur allait se montrer, Origène dût aller la combattre , et que ce grand homme fût, en quelque sorte, la tradition vivante. Quelques années après, nous le retrouvons encore, en Arabie, foudroyant une secte d'hérétiques, qui enseignaient que les âmes mouraient avec le corps, pour reprendre une nouvelle vie, au temps de la résurrection, Origène n'eut pas de peine à exposer la vérité catholique, et à la faire tellement comprendre, que ceux qui étaient tombés dans cette hérésie l'abandonnèrent entièrement.

9. L'étude de l'Écriture sainte, qui faisait l'occupation ordinaire des nouveaux convertis, donna lieu, en ce temps, h une secte d'hérétiques, dont Ëlcésaï ou Ëlxaï paraît avoir été le chef. Ils rejetaient certaines parties des saints Livres, et choisissaient, à leur gré, les passages qui leur convenaient, dans l'ancien ou le nouveau Testament, proscrivant tout le reste. Ils rejetaient entièrement les Épttres de saint Paul et préconisaient un livre, œuvre sans doote d'un de leurs chefs dont ils regardaient les paroles comme inspirées par l'Esprit saint, La foi à cet ouvrage remettait les péchés. Ils soutenaient

qu'il était permis de céder à la persécution, de dissimuler sa foi et d'adorer les idoles, pourvu que le cœur n'y eût point de part. Origène écrivit contre eux plusieurs traités , et les combattit avec Téloquence victorieuse du génie, appuyé sur la tradition et la croyance catholiques.

40. Une autre lumière de rÉglise se levait, en ce temps, sur la terre d'Afrique, si féconde en hommes de sainteté et de foi; saint Cyprien devait être une des plus brillantes conquêtes de l'Évangile sur la philosophie païenne. D'une famille illustre, et depuis longtemps habituée aux honneurs proconsulaires, il avait enrichi l'héritage de ses aïeux de l'éclat de son talent et de son éloquence, et les païens le considéraient comme le rempart de l'idolâtrie expirante. La vérité sollicita longtemps son cœur; et ce ne fut qu'après de mûres délibérations, qu'il se rendit à. la voix du saint prêtre Cécilius, dont il voulut porter depuis le nom qu'il a rendu si célèbre. Mais enfin Thascius Cœcilius Cyprianus reçut le baptême, et fit profession publique de christianisme. Voici comme il rend compte à un ami de la grande victoire qu'il venait de remporter sur ses doutes et ses hé«tations : « Il me semblait, lui dit-il, qu'il était bien dur de renaître « pour mener une vie nouvelle, et de devenir un autre homme dans « le même corps. Est-il possible, disais-je, de dépouiller tout-à-coup « des habitudes endurcies et enracinées, qui sont nées avec nous au « qu'un long usage a entretenues jusqu'à la vieillesse? Comment € apprendre la frugalité, quand on est accoutumé à une table aboa- « dante et délicate? Comment celui qui se montrait v6tu de riches « étoffes, brillant d'or et de pourpre, s'abaissera-t-il à un habit « simple et vulgaire? Accoutumé à l'éclat des faisceaux, aux hon- « neurs, à une foule nombreuse d'amis et de clients, on ne peut se « résoudre à rentrer dans la vie privée, dans le chemin de la solitude « qu'on regarde comme un supplice. Je me parlais ainsi, à moi-même, « et désespérant de trouver mieux, j'aimais le mal qui m'était « comme naturel. Mais quand l'eau viviGante eut lavé les taches de « ma vie passée, quand mon cœur purifié eut reçu la lumière d'en « haut et l'esprit céleste, mesdoutes, à mon grand étonnement, s'éva- « nouirent, tout fut ouvert, tout lumineux, je trouvai facile ce qui « m'avait d'abord paru impossible. Je reconnus que ce qui était né

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