‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 7 sur 190 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

fience ! Comme il rassure toutes les faiblesses par sa mansuétude ! Comme il se montre secourable à toutes les douleurs *. »

6. Pour perpétuer le bienfait de la rédemption qu'il apportait au monde, pour assurer à toutes les générations la pureté de sa doctrine, rintégrité des sacrements qu'il instituait, Jésus-Christ dut fonder et il fonda en effet une société visible, toujours enseignante, toujours une, qu*jl chargea du dépôt de ses enseignements. C'est l'Église catholique, dont nous étudions l'histoire, et dont il nous faut examiner, en détail, l'institution divine, telle qu'elle lui fut donnée par le Sauveur. Deux objets doivent ici attirer toute l'attention, 4*» les éléments choisis ; 2^ la forme itonnée.

I. « Jésus marchant sur les bords de la petite mer de Galilée, dit € l'Évangile, vit des pêcheurs etil leur dit : Venez avec moi, et je

< vous ferai devenir pêcheurs d'hommes. >

Des pêcheurs, n'ayant pour toute fortune que leurs filets, pour toute science que celle de leur métier, voilà les éléments choisis, voilà les premiers rudiments de l'institution de l'Église, de cette institution qui doit porter par toute la terre le flambeau de la vérité, confondre la sagesse des philosophes, s'asseoir au Capitole, et régaer sans limite et sans fin sur le monde. Les noms de ces élus de Dieu pour une si grande entreprise, étaient tous inconnus au monde des philosophes et des puissants du siècle : Simon qui fut appelé Pierre, Jean et Jacques, fils de Zébédée, André, frère de Pierre, Philippe, Thomas, Barthélémy, Matthieu, Jacques, fils d'Alphéc, Simon de Cana, Judas, frère de Jacques, et Judas Iscariote, qui trahit son maître. La faiblesse, l'obscurité, l'ignorance de ces douze Juifs devaient mieux faire ressortir la divinité de la doctrine qu'ils allaient être chargés d'enseigner au monde. Jésus-Christ choisissait, à dessein, la faiblesse de la terre pour confondre les puissances. Il leur recommande, comme une condition caractéristique du succès de leur mission, de rester faibles, humainement parlant, et de n'emprunter aucun secours, aucun artifice, aucune défense terrestres. « Ne vous mettez

< point en peine, leur dit-il, d'avoir de l'or ou de l'argent dans votre « bourse. Lorsque quelqu'un ne voudra point écouter votre parole,

* M. Augusle Nicolas. Études sur le Christian., tome IV, p. 45

« secouez, en sortant de sa maison, la poussière de vos sandales. « — Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. » 11 est évident que Jésus-Christ rejette, à dessein, dans la composition de son Église, tout ce qu'un homme de la plus vulgaire prudence aurait recherché, et qu'il y fait entrer ce que le même homme aurait infciiJliblement rejeté. C'est là ce que saint Paul appelle la folie de la croix, que le succès le plus inouï, le plus éclatant, le plus durable, n'a cessé de proclamer hautemeijt la sagesse même de Dieu.

II. Les éléments de sa société, ou Église, ixxX^iU, ainsi réunis, Jésus-Christ les constitue dans l'unité et dans l'autorité ; deux principes corrélatifs, sans lesquels nulle institution ne saurait vivre. Les douze Apôtres ne sont encore que comme des pierres isolées qui attendent la pierre fondamentale pour ne former, avec elle et par elle, qu'un seul édiflce. Simon est choisi pour une vocation spéciale; désormais il s'appellera Pierre : et imposuit Simoni nomen P^irus, nom prophétique, car il doit devenir le rocher sur lequel sera bâl^e l'Église. Sa mission lui est exprimée, quelques jours après, d'une manière plus explicite. « Je te dis, moi, que tu es Pierre et su^ ce^e « pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront « jamais contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : « tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que « tu déliei*as sur la terre sera délié dans le ciel. » Voilà maintenant déjà une suprématie constituée dans la hiérarchie de l'Église : un chef placé au dessus des autres chefs, une pierre fondamentale élue fSLtmi les autres pierres de rédiUce. L'autorité de ce chef souverain est proclamée plus hautement encore par cette parole : « Pais mes agneaux, pais mes brebis. » Enfin, pour compléter nos citations sur ce sujet, ajoutons un passage qu'on néglige trop souvent, et qui cependant, par son rapport avec les auUes, met encore en saillie lapr/^rogative et les fonctions du prince des Apôtres. « Simon ! Simon ! « Voici que Satan a demandé de vous cribler tous comme l'on crible « du froment; mais j'ai prié pour vous, en particulier, afin que votre « foi ne défaille point : lors donc que vous aurez été converti, ayez le « soin d'affermir vos frères. » Certes, Jésus-Christ ne pouvait plus hautement manifester sa volonté d'établir l'Église sur l'unité de Pierre, de la constituer sous l'autorité de ce pasteur suprèmequi doit

GHAPITA^ PHEMJEB. M

paître les agneaux et les brebis^ c*est-à-dire, suivant rinlei'prétatiQU des Pères el des docteurs» les évéques et les fidèles; qui tient dai^ ses mains les clefs du royaume des cieux et qui est chargé de confirmer ses frères dans la foi. Pierre et ses successeurs sont donc inve^ de rautorité, de la primauté de l'apostolat. L'histoire de l'Église doit rayonner autour d'eux dans Tunité d'un même chef et d'une même foi, sous Fautorité du vicaire de Jésus-Christ sur la terre^ avec la garantie de cette parole divine : « J'ai prié pour que votre foi ne défaille point. » Cette promesse d'infaillibilité est renouvelée plus tar4 par une autre parole solennelle : « Voici que je suis avec vous jusqu'jà < ta consommation des siècles. » Et pour sceller dans l'unité cetl^ hiérarchie divinement constituée, Jésus-Christ s'adresse ainsi à soi) Père : « Père saint, conservez en votre noiji ceux que vous m'avez « donnés, afin qu'ils soient tm comme nous I Je ne prie pas seule- « ment pour ces Apôtres qui m'entourent, mais encore pour ceux « qui doivent croire en moi par leur parole » (les chrétiens de tous les lieux et de tous les temps, en ce moment présents à la pensée du Sauveur), « afin que tous ne soient qu'tm. Comme vous, mop Père, 4 êtes en moi et moi en vous, qu'ils soient de même un en nous, » Ainsi cette Église naissante, qui s'accroîtra de plus en plus, doit rester unie à Jésus, son fondateur, par la tradition non inteiTompue de Pierre el de ses successeurs. A cette unité, à cette autorité de Pierre et de ses successeurs, doit se rattacher quiconque cherche son sakit, car Jésus-Christ a promis d'être avec eux jusqu'à la consommalion des siècles.

7. Jji mission publique du Sauveur, la prédication de sa doctrine appuyée sur les miracles, l'institution de l'Église et des sacrements, dont elle doit être la dispensatrice, n'avaient occupe que trois années. Chose étonnante! Le peuple juif avait été témoin de cette vie extraordinaire; il avait touché du doigt les merveilles que Jésus avait semées sous ses pas; et dans ce Messie, vrdi Fils de David, dont les prophéties avaient reproduit jusqu'au moindre trait, il ne reconnut pas le df'siré des nations, l'attente du monde, l'envoyé des collines éternelles. Cet aveuglement-là même avait été prédit. Il s'explique daulant plus facilement que le Christ, aux yeux d'un peuple cliarnel et grossie!*, devait être un conquérant, un héros environné de gloire

et de magnificence. Jésus-Christ, au contraire, déclarait que sou royaume n'était pas de ce monde ; il prôchait une doctrine entièrement opposée à Tesprit et aux maximes du siècle ; il enseignait aux hommes à se détacher des penchants, des désirs, des espérances terrestres et à ravir, par la mortification et les sacrifices, le royaume des cieux qui souffre violence. Les Pharisiens, qu*il appelait des sépulcres blanchis, et dont il démasquait Fhypocrisie, les grands de la terre qu'il alarmait en prenant le titre de Roi, roi spirituel et pacifique des âmes, les docteurs de la loi, les Prêtres et les Scribes qu'il accusait « d'imposer à leurs frères des fardeaux qu'ils n'eussent pas « voulu remuer du bout du doigt, » mirent en commun leur haine, et résolurent la mort de celui qu'ils necroyaienl qu'un homme. Jésus- Christ connaissait leurs complots. Sans les craindre, mais sans les provoquer, il vint à Jérusalem. C'était peu de temps après la résurrection de Lazare ; le peuple lui fit une entrée triomphale, élevant des branches de palmier autour de lui et étendant ses vêtements sur le passage de l'ânesse, humble monture qui portait le nouveau roi de Sion. Un seul cri s'échappait de toutes les bouches : « Hosanna ! Gloire au fils de David. » Cinq jours après, les acclamations triomphales s'étaient changées en vociférations tumultueuses. « Cruci- « fiez-le I Crucifiez-le î Que son sang retombe sur nous et sur nos « enfants !» Que s'était-il donc passé dans l'intervalle? Rien qui pût expliquer un tel changement. Mais l'heure était venue, où le Fils de l'homme devait être livré aux mains de ses ennemis. Jésus-Christ avait célébré la Pâque avec ses disciples et avait terminé la dernière cène par l'institution du sacrement de l'Eucharistie, miracle permanent de l'amour d'un Dieu qui réside au milieu des hommes pour en devenirl'aliment et le breuvage. Dans la même nuit. Judas Iscariote, les lèvres teintes encore du sang Eucharistique, avait vendu son maître, trente deniers , aux princes des Prêtres, et trahi le Fils de l'homme par un baiser. Le crime ne fut pas pUis toi accompli que le désespoir entra dans l'âme du traître; il courut jeter son argentan milieu du temple et se pendit. Les Pharisiens, le conseil des Prêtres et le peuple conspiraient la mort de Jésus, en criant : « C'est un « blasphémateur ! » Ils Taccuscrent en même temps, auprès du gouverneur Ponce-Pilate, d'être l'ennemi de César. Amené devant eux et

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interrogé s'il est le Christ, s'il est roi ; « Je le suis, » dit-il ; car désormais il parle ouvertement et sans parabole. On le livre alors aux insultes de la populace, il est conspué^ flagellé, dépouillé de ses vêtements, attaché nu à une colonne, et Pilate dit en le montrant au peuple: Ecce homo. Oui ! voilà Thomme, qui paie la rançon de tous les hommes, en souffrant pour eux ! Ses disciples l'abandonnent : Jean et les saintes femmes lui restent seuls fidèles. On charge sur ses épau« les une lourde croix, sous le poids de laquelle il tombe à terre; et on le fait marcher ainsi au Golgotha. Sa sainte mère le rencontre dans cette voie douloureuse. Les filles de Jérusalem pleurent sur lui; et il leur prédit qu'elles auront bientôt à pleurer sur le sort de leur patrie et de leurs enfants. Au pied du Calvaire, les soldats jouent aux dés sa tunique; on l'attache à la croix entre deux scélérats, dont l'un se convertit, et, le premier saint de la nouvelle loi, entre au ciel, ouvert aux hommes par la passion du Fils de Dieu. Il s'écrie enfin : «Tout est consommé. » Et il meurt. La nature s'émeut, les rochers s'entr'ouvrent, les morts ressuscitent. Le rideau du saint des saints se fend du haut en bas ; et les ténèbres couvrent la terre. Les témoins de cette mort divine s'écrient : « Il était vi*aiment le Fils de Dieu. » Joseph d'Arimathie sollicite et obtient de Pilate la permission d'ensevelir le corps de Jésus. On le dépose dans un sépulcre, taillé dans le rocher, on roule, à l'entrée, une énorme pierre, les Juifs apposent leur sceau et y placent des gardes (33) *. Le consummatum est du Calvaire annonçait au monde l'accompUssement de toutes les Prophéties. Au moment oii Jésus-Christ expirait, s'achevaient précisément les soixante-dix semaines d'années prédites par le prophète Daniel. La chute d'Adam était réparée par le sacrifice d'un Dieu. La médialion du Rédempteur, la réconciliation de l'humanité avec Dieu étaient des faits accomplis.

8. Trois jours après sa mort, Jésus-Christ sort victorieux du tombeau. Les gardes tombent à la renverse ; la pierre du sépulcre est

^ Nous adoptons ici la chronologie la plus simple, sans prétendre Timposer de préférence. Nous connaissons ropinion qui place la mort de N. S. J. C. sous le consulat des deux Geniinius, l'an 23 de notre ère. Elle s'appuie sur des autorités respeclabUs et a été adoptée par de savants critiques.

il HISTOIRE GÉN^BALE DE L*ÉGLISE.

soulevée; les disciples revoient leur maître glorieux, immortel. Saint Thomas, plus incrédule, touche les cicatrices de ses blessures, ri met la main dans la plaie de son côté. Pendant (jnaranle jours Jésus- Christ demeure au milieu d'eux, leur renouvelant ses instruction.*^^ pour le développement de son œuvre, opérant une infinité de miracles sous leurs yeux. Ce fait de la résurrection, parfaitement établi par les quatre Évangiles, surabondamment démontré par Tincrédulité même de saint Thomas, <^qui nie avec opiniâtreté, dit saint Léon-lc « Grand; afin que le monde croie avec d'autant plus d'assurance, » est la base de notre foi et la confirmation de la divinité de l'Église. i SiJésus-Christ n'est pas ressuscité, dit saint Paul, notre prédica- « tîon est vaine, notre foi inutile. » C'est dans le fait de la résurrection du Sauveur, pendant les quarante jours ou ses disciples le voient, le touchent, lui parlent, recueillent ses instructions, qu'ils puisent un inébranlable courage pour annoncer l'Évangile. Enfin Jésus les téunît une dernière fois à Béthanie, et, sur «ne montagne qui domine cette ville, il leur adresse ces paroles : « Toute puissance m'a « été donnée au ciel et sur la terre. Allez, annoncez l'Évangile à tou- « tes les créatures ; baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint- « Esprit. » Il les bénit ensuite, en étendant sur eux les mains. Au même instant il fut élevé dans le ciel, et un nuage le déroba à leurs regards.

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