‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 76 sur 190 · CHAPITRE XII. i\l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. i\l

magistrat, nommé Optimus, partait pour la ville de Troade, on lui amena trois autres chrétiens, André, Paul et Nicomaque. Celui-ci, plein d*une impatiente présomption, se mit à crier à haute voix qu'il était chrétien. Ses deux compagnons, plus modestes , attendirent l'interrogatoire, et répondirent humblement qu'ils adoraient aussi Jésus-Christ. Le proconsul fit étendre Nicomaque sur le chevalet, mais il n'eut pas la force de supporter les tourments et s'écria au milieu de la question : « Je n'ai jamais été chrétien, je sacrifie aux dieux. » Le proconsul le fit aussitôt détacher; mais le malheureux apostat ne jouit point de la vie qu'il venait d'acheter aussi indignement, et il rendit l'esprit. Dans la foule des spectateurs, une jeune vierge nommée Denyse, âgée d'environ seize ans, s'écria : « Fallait- « il, malheureux! pour un instant de repos, te précipiter dans d'é- € temels supplices. » Cette généreuse parole la fit amener auprès du proconsul, qui essaya de Tintimider par les plus affreuses menaces. « Mon Dieu est plus grand que vous, lui dit-elle. Il peut me < donner la force de souffrir tous vos supplices. » Le proconsul la fit conduire dans un lieu d'infamie, et renvoya André et Paul en prison. Par un miracle de la puissance divine, Denyse sortit pure du milieu de la corruption, elle eut la tête tranchée, le lendemain. André et Paul furent livrés au peuple, non moins cruel que les bêtes des amphithéâtres. Ils furent fouettés publiquement, dans les rues de la ville, liés par les pieds, et traînés, la tête en bas, dans un faubourg où la populace les lapida.

Si nous insistons sur le récit de tant d'horreurs, qui se renouvelaient avec le même courage, d'un côté, et la même barbarie, de l'autre, dans toute l'étendue de l'empire, c'est pour ajouter plus de force à l'argument de la divinité de l'Église, qui se tire de la violence des persécutions. La philosophie du dernier siècle avait essayé de révoquer en doute les atrocités des empereurs païens ; elle était passée du côté des bourreaux contie les victimes. Il nous importe donc de rétablir les faits , dans toute leur sanglante vérité. A ce long martyrologe nous pourrions ajouter cent autres noms illustres : à Smyme, le saint prêtre Pionius; à Césarée, en Cappadoce, saint Mercure; h Mélitine, en Arménie, saint Polyeucte; tous deux ofiiciers distingués dans l'armée; à Pergame, saint Carpus, évéque

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de Thyatire et sfis compagnons; en Lycie, saint Chmtoplie et saint Thémistocle: ce dernier paissait ses brebis dans une montagne oii un chrétien s'était retiré. Il préféra souffrir la mort plutôt que de révéler lâchement la retraite du proscrit. Dans Tlonie, les sept dormants, c'est-Mire sept frères qui, pour échapper à la persécution, sortirent d'Épbëse, et se retirèrent dans une caverne oii ils furent enfermés et s'endormirent ainsi dans le Seigneur. Dans la Pamphylie, saint Nestor, évêque de Syde, avec saint Conon, Jardinier, et plusieurs autres. Dans File de Crète, saint Cyrille , évêque de Gortyne, et dix autres martyrs, A Nicée,en Bithynie, les saints Tryphon et Hespicius ; à Nicomédie, dans la même province, les saints Lucien et Marcien. En Sicile, enfin, Tillustre vierge et martyre sainte Agathe. Elle était aqssi distinguée par sa naissance que par les vertus dont son Âme était ornée. Le gouverneur, épris de sa beauté, la fit arrêter comme chrétienne, et la remit aux mains d'nne feipn^ de mauvaise vie, pour la corrompre. Cet infâme calcul fut déjoué, Dans un interrogatoire oii U lui parlait de la noblesse de ^ nai^ sance : « La plus illustre noblesse, lui dit-elle, et la vraie liberté, « c'est d'être serviteur de Jésus-Christ. » Comme il lui <x)mmandait d'adorer les dieux : « Trouveries-vous bon, reprit-elle, que votre € femme fût une Vénus, et celle-ci soqhaiterait-elle que tous fussiei « nn Jupiter? » Le gouverneur, sans lui répondre, 1^ S\t frapper au visage et conduire en prison. Le lendemain elle souffrit la torture avec tant de courage, que le juge, irrité, y ajouta un supplice hor* rible, et lui fit arraol^er le sein. Dieu voulut faire éclater la gloire de sa servante; dans la nuit suivante elle se trouva miraculeusement guérie. Enfln quatre joiirs après, elle rendit l'esprit, au miU^" ^^^ tourments, en faisant cette prière: «Seigneur, mon Dieu, VQH^ « m'avez protégée dès le berceau, vous avez déraciné de mon oœur « l'amouF du monde et m'avez donné la patience nécessaire pour ft souffrir, liecevez maintenant mon esprit.»

4. Nous ne voulons pas omettre un trait qui contraste avec tant de cruwtés; il est relatif h saint Ac^ce, évêque d'Antioche, de Pisidie. Il fut amené devant le proconsul Marcion, avec Pison, évêque de Troie, et le prêtre Hénandre. « Vous devez bien aimernos princes, « dit le proconsul, vous qui vivez sous les lois Romaines. — Et qui

c aîme plij^ raa)(mraqr que les chrétiens? répondit AcacQ. Nou^ « prioiîs conMowelIpwnt pqur lui, afin qu'il vive longtemps, qu'il € gouverna les peuples ^vec unp puissance juste, que son règne soit « paisible; nous prions aussi pour le$ soldats, et enfin ppur tout « l'univers, » I^ ^int évéque continua de répondre avep tant de sa-? gasse et d'à-propo3, que le proconsul prut de son devoir d'adresser le procès-verbal 4e son interrogatoire à l'empereur. Dèce en fut dans ra4miration; il rendit la libertéàrévéque, etdonnapour récompense à Marcion le gouvernement de la Pamphylie. Un enseignement profond ressprt de ce fait, il nous montre en action la vraie politique dfis chrétiens, qui n'ont que des prières pour les gouvernements mêina qui lias oppriment. C'est le mot de saint Paul : obedite prmpoHti^ ve$iri$ etiam dyscolis. Si, dans la suite de l'histoire, certains événements paraissaient, au premier coup d'œil, contraires à cette régla générale, il ne serait pas difficile de faire remarquer qu'ils se passi^ient dans une société profondénjient modifiée, et dont les bases élaiant devenues chrétiennes. J.es fidèles n'étaient plus alors, d'un f^otô, sujets, de l'autre, chrétiens. Ces deuxdevpirs se confondaient. Ils (iiftiept sujets de Jésus-Christ, dont les ro|s se proplamaient euxmêmes les ministres : et c'est ce qu'pn exprimait admirablement par le mot alprs en usage de république chrétienne. Nous verrons p}us tard Tapplicalion de cette doctrine.

q. A e^té des exemples de cpurage que donnaient tant de martyrs et de confesseurs, sur tous les points du monàe, l'Église eut à gémir sur dP terribles défections. L'évéque de Smyrne, £udé- .mon , indigne héritier des grapds saints qui avaient illustré pe siège, tomba danP Taposta^ie, pt, par sa chute, entraîna un grand nombre de fidèles, Repostus, évoque de Suturne, ep Afrique, Jovinet Maxime, dont Ip siégen'est pas connu, dans lamêmp province, Fortunatien, d'Assur, également en Afrique, sacrifièrent aussi aux idoles,. En Espagne, Basilide, évêque de Léon, et l^artial, évéque de Mérida, déclarant, par un acte put)lic, qu'ils renonçaient à la foi. Maisau^ cuneoité, après celle d'Alexandrie, ne vit plus de cps douloureuses apostasies que la ville de Carthagp. La fureur des païens s'y tourna d'abord tout entière contre Tévêque saint Cyprien. Le cirque pt l'amphjthé&trç retentissaient du cri mille fois répété de : Cyprien awi>

ÛiO HISTOIRE GÉNÉRALE DE L*ÉGLISE.

lions t Le saint évoque crut, en se retirant, apaiser la violence delà sédition. Il fut proscrit, sa tête mjse à prix, et ses biens confisqués. De sa retraite il assistait son troupeau par ses exhortations, ses en^ couragements, ses prières ; mais il eut la douleur de voir ses efforts trop souvent inutiles. Voici comme il s'exprime lui-même : « Aux « premièresmenacesderennemi,leplus grand nombre de nos frères « a trahi la foi : il n*a point été abattu par la violence de la persécute tion, mais s*est abattu lui-môme par sa chute volontaire. Sans « qu'on les eût pris encore ou interrogés, clergé et peuple couraient <c d'eux-mêmes à la place publique, comme s'ils n'eussent attendu « que l'occasion d apostasier. Ils se présentèrent en si grand nombre, « pour renoncer au christianisme, que les magistrats voulaient les « remettre au lendemain, parce que la journée était trop avancée; « mais ils suppliaient qu'on ne différât point. Plusieurs, non con- « tents de se perdre eux-mêmes, pervertissaient encore les autres et « les entraînaient à l'autel des idoles. Quelques-uns apportaient « leurs enfants aux prêtres païens, pour leur faire perdre la grâce du « baptême. Les riches surtout montrèrent le plus de faiblesse, et < leurs biens devinrent la cause de leur ruine. Plusieurs, cependant, « souffrirent courageusement la mort pour Jésus-Christ. Happalicus, « Paul, Fortumon, Bassus, expirèrent dans les tourments ; etungrand oc nombre de confesseurs mourut en prison. »

6. Il y avait des degrés dans l'apostasie; on classa ces chrétiens timides en trois catégories différentes, qu'on appelait thurificati, sacrificati, libellatici. Les thurificati avaient seulement offert de l'encens aux idoles. Les sacrificati avaient sacrifié aux faux dieux, ou mangé des viandes immolées. Les libellatici étaient allés trouver les magistrats, leur déclarant qu'en qualité de chrétiens il ne leur était pas permis de sacrifier, mais offrant de l'argent pour qu'on les exemptât de cette cérémonie. Par avarice ou par humanité, les proconsuls ou les gouverneurs leur remettaient alors un billet (Ubel-lum), portant qu'ils avaient renoncé à Jésus-Christ et sacrifié aux dieux de l'empire, quoiqu'ils n'en eussent rien fait. On Jisait ces billets ou libelles publiquement, et on laissait leurs poiteurs en repos. On désignait sous le nom général de lapsi (tombés), indistinctement tous ceux qui appartenaient à ces trois catégories, pour cha-

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