CHAPITRE XII. i
du pain, en craignit que l*odmr du vin ne trahit les fidèles, et quelques ministres ignorants ne mettaient que de l'eau dans le calice. Saint Cyprien rétablit sur ce point la tradition apostolique, et dit que le mélange de Teau avec le vin marque l'union de réglise avec Jésus-Cbrist, dont elle ne peut être séparée. — Fortunatien, évèque d'Ajssur, ayant apostasie pendant la persécution, avait été déposé et remplacé par Epictète. Quand la paix fut rendue à l'Église, Fortunatien voulut reprendre possession de son siège. Saint Cyprien écrit à Epictète et aux fidèles d'Assur qu'ils ne doivent point le souffrir. — Un évéque, nommé Encrace, consulte saint Cyprien au siyet d'un comédien qui, après avoir quitté le théâtre, s'était converti, mais qui continuait à former des jeunes gens pour la scène. « Je crois, t répond l'évéque de Carthage, qu'il ne convient ni à la majesté de c Dieu ni à la discipline de l'Evangile de souiller la pureté de « l'Église par une telle infamie. Si ce comédien allègue sa pauvreté, « qu'il soit secouru avec les autres frères pauvres comme lui. » — Un prêtre de l'ÉgUse de Fumes, en Afrique, nommé Géminius Faustinus, avait accepté l'administration d'une tutelle. Saint Cyprien rappelle la discipline alors en vigueur, et notamment un décret d'un des précédents conciles de Carthage, qui défendait de nommer un clerc tuteur ou curateur par un testament, pour ne le point détourner de la prière et du ministère des autels. « Si quelqu'un, malgré « cette défense, osait le faire, on n'offrirait point pour lui le saint
< sacrifice. » — Marcien, évéque d'Arles, dans les Gaules, s'était sép<vé de la comnmnion catholique pour s'attacher à Tantipape Novatien. Faustinus, évéque de Lyon, et les autres évéques de la province, en écrivirent à saint Cyprien, qui en référa au Pape et le pria d'int^oser son autorité dans cette attire. « Envoyez, écrivait-il à « saint Etienne, au clergé et au peuple d'Arles des lettres par les-
< quelles Marcien soit excommunié et un autre évoque mis à sa
< place, pour qu'il rassemble le troupeau du Christ dispersé jusqu'à € ce jour. » — Saint Cyprien agit avec le même respect pour les décisions du saint Siège, dans une autre affaire relative à l'Église d'Espagne. Basilide, évéque de Léon, et Martial, évéque d'Astorga, étaient tombés, pendant la persécution, dans la Ucheté des libellaêici. A la paix, ils trompèrent, par de faux rapports, la bonne foi
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(du saint 8iégô, et, à la faTenr deb lettt*e8 cfu'iU en avaient frauduleusement obtenue^, ils prétendaient conserver leur siège. Saint Cyprien, qui présidait alors un concile de trente-huit évèques, écrit, au nom de ses collègues, une lettre adressée au prêtre Félix, au peuple fldUe de Léon et d'Astorga, et au diacre L^us« « Que Ton « observe, dit-il, ce qui a été ordonné par le pape saint Corneille. « Les Ubêllatici peuvent être admis à la pénitence, mais demleurent « exclus de Thonneur du sacerdoce et de toutes fonctions parmi les « clercs. »
23. Une question plus grave venait de s*élever au sein de TEglise. saint Cyprien y prit une part active; malbeureusement son aèle ne s*y maintint point dans les limites de la véritable sagesse; et, en voyant cet illustre docteur résister ouvertement au Pape saint Etienne, nous aurons besoin de nous rappeler qu*un saint est toujours un homme. Il s'agissait de décider si le baptême confêré t)ar les hérétiques et les schismatiques était nul ou non, et s'il ftUlait rébaptiser cent d*entre eux qui rentraient au seih de rÉ^ae. Dte nos jour!?, une pareille question serait résolue aussitôt que posée. Le baptême est un sacrement validement conféré par uh fiaïlén luimême, pourvu qu'on ait observé ce qui est prescrit par régliaè. Faire dépendre l'effet des sacrements des dispositions de ceux qui en senties ministres, est une erreur notoire^ définie, eondaihnée, et qui entraînerait les conséquences les plus désastreuses datia la pratique. Les hérétiques et les schismatiques ne sauraient administrer d'une manière licite les sacrements; mais ils les confèrent validement. Cette distinction claire pour nous, ces faits évidents ànos yeux, n'avaient iK)int la même netteté avant la décision de l'ÉgUse. Saint Cyprien embrassa le parti contraii-e, et soutint ouverteikient qu'il fallait regarder coihme nul le baptême des hérétiques et des schismatiques, et baptiser ceux qui ae convertissaient ; les baptiier^ car il ne voulait pas qu'on se servît du mot rebaptimri pour mieux montrer qu'ils ne l'avaient point été jusque-là. II tenait cette (hK> trine erronée d'Agrippin, l'un de ses prédécesseurs sur le stége de Carthagid. Le schisme de Tantipape NoVatien avait donné beaneonp (^actualité à cette question, par le grand nombre de sectaires qui demandaient à rentrer dans la communion catholique. Doux c&à^
cHAPnttii XII. âStt
eiie» particnliers^ de Synnada el d'Icône en Pllrygie, venaient de dédder qne ie baptême des hérétiques était tiul, par le seul fait qn'il était conféré hors de l'Église. Le pape saint Etienne l» avait immé^ dlatement éelrit adx évéques des providces limitrophes de ne point communiquoraveoceuxqui rebaptisaient les hérétiques. Les évêques de Numidie (Sonsnltërent sur cette question saint Gyprien. Au nom de trente-deux évêques, réunis en concile à Garthage, il répondit que, d'après la doctrine de ses prédécesseurs, nul ne pouvait être baptisé hors de l'Église. « Pour conférer la grâbe d'un sacrement, « disaiMl, il faut l'avoir soi-même, puisque nul ne peut donner ce € qu'il n'a pas. » Il convient que la coutume avait plus généralement prévalu de ne pas rebaptiser les hérétiques; mais, ajoute*t-ii, € ce n'est pas la coutume qui doit prescrire, c'est la raisoir qui doit f i'empotier; » pensée qu'un évêque de son parti formula plus tard de dette manière : « Jésus-Ghrist a dit : Je suis la vérité, et non pas :
< Je suis la coutume. » Telle est la thèse que saint Cyprien soutenait de toute la vigueur de son éloquence, dans une multitude de lettres et de traités ()articulier8, où il ne ménage pas toujours lo Pape saint Etienne. L'année suivante, S56, il tint un autre concile de soixante* onxe évê<tt)es, à Garthage, où il fit résoudre dans son sens la question du baptême des hérétiques. Il adressa au Pape les actes de ee concile, t G'est surtout à vous, lui écrit-il dans la lettre d'envoi, « qu'il nous faut mander ce qui touche de plus près h Tunité àa- € cerdotale, & Tunîté et ti la dignité de l'Église catholique. rCous <r avons jugé que ceux qui ont été souillés par i'^au profane des € hérétiques doivent être baptisés quand ils reviennent à l'Église; « et qu'il ne suiRt pas de leur imposer les mains pour leur donner
< le Saint-Esprit i » Tel était l'état de la question, quand elle arrivait au tribunal du ]^)ntife de Rome. Deux conciles de Pbrygie, deux conciles d'Afrique, un nombre considérable d'évêques de toutes les provinces, avalent embrassé ouvertement Terreur. Le docteur le plus illustre de toute la chrétienté, l'éloquent évêque de CaBlhage, dont toute l'Église était habituée à regarder les décisibns comme des oracîes, les appuyait de toute la puissance de sa haute raison, de son autorité, do sa renommée. L'Église s'est rarement trouvée dans un aussi grand péril. Il ne suffisait pas pour le saint Siège de pro-
clamer la vérité; il fallait encere oser des ménagemeBts que commandait une pareille situation, et parvenir à ramener par Tindulgence ceux qu'une rigueur intempestive eût jetés sans retour dans l'hérésie. Saint Etienne I**^ le comprit, et sa conduite fut admirable de prudence et de miséricordieuse fermeté. Sans entreprendre de discuter avec des esprits trop prévenus, il se contente d'exposer simplement la doctrine apostolique , laissant à la vérité le temps de germer dans les âmes. Nous n'avons plus malheureusement que des fragments de sa lettre aux évéques d'Afrique. Mais ils sufiSsent pour nous montrer dans quel esprit elle était rédigée. Il parle de la chaire de saint Pierre, fondement dç l'Église, sur laquelle il est assis, après une succession non interrompue. Il expose la doctrine traditionnelle qui s'oppose à la décision du concile de Gailhage. Il formule la règle par ce précepte, passé depuis en axiôqie théologique : Nihil innovetur nisi quod traditvm est. Il déclare en terminant que, s'ils demeurent obstinément dans leur erreur, il sei-a forcé de rompre avec les évoques d'Afrique.
24. Rome avait parlé : là était la vérité, là était le droit Cependant, il faut l'avouer en gémissant sur la faiblesse humaine, dont on r^narque encore les traces même chez les saints, saint Cyprien ne se soumit pas. « Quelle présomption ne faut-il pas, écrivait-il à « l'évéque Pompée, en lui envoyant la réponse du Pape, pour pré- « férer une tradition humaine à l'ordre de Dieu ?» Il convoque à Carthage un concile des trois provinces d'Afrique, de Numidie et de Mauritanie ; quatre-vingt-cinq évéques répondent à son appel, et se réunissent le ^^^ septembre 256. Dans le discours d'ouverture, il se plaint de la tyrannie que prétend exercer dans l'Église VÉvéque des ér)êques. Quand on prit les avis, tous furent unanimes à appuyer le sentiment contraire à la décision du Pape, en disant l'un : Que cela était dans l'Écriture ; un autre : Que nul ne peut donner ce qu'il n'a pas; un autre: Jésus-Ohrist a dit: Je suis la vérité', et non pas : Je suis la coutume ; un autre enfin : Que personne ne préfère la coutume à la raison et à la vérité, car la raison et la vérité excluent toujours la coutume. On voit, par ces formules de souscription, combien la discussion avait aigri les esprits. Saint C>prien ne vouluit point, malgré ce malheureux dissident,