‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 81 sur 190 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

rompre avec 4e Pape saint Étionue. Il lui envoya donc une dépur tation chargée de lui remettre les actes du concile. Ses envoyés furent mal reçus ; et ce nouvel incident ne fit que compliquer la question en l'envenimant davantage. Saint Etienne, content d'avoir proclamé la loi, ne jugea point à propos d'exécuter les menaces qu'il avait faites. Il laissa quelque chose au temps et à la réflexion. Saint Cyprien, de son côté, au fort même de la querelle, venait de publier deux traités, qui ne pouvaient manquer de réagir plus tard ^lotairement sur lui-même ; le premier : De utUitate patieniÙB; le second : De Invidid; et saint Augustin écrit qull ne doute point que ce grand hcMnme ne soit revenu à la vérité, « quoique les « preuves authentiques en aient été supprimées, peut-être, par « ceux qui, épris de la même erreur, n'ont pas voulu se priver d'un « tel patronage. »

S5. La huitième persécution générale vint trancher, pour le moment, cette question d'une manière sanglante, et envoyer les défenseurs des deux opinions au martyre. Si l'on pouvait être tenté de juger séyèr^nent de grands et saints évêques pour un égarement passager, qui ne s'arrêterait, plein de respect et d'admiration, devant ces glorieux athlètes de la foi ? Ils avaient quelque droit de soutenir avec une certaine chaleur, dans une discussion pacifique, ce qu'ils croyaient la vérité, quand ils avaient le courage de professer la vérité sous le fer des bourreaux. Leur faute, enfin, a été noblement effacée, devant Dieu et les hommes, dans leui* propre sang. Depuis cinq années que Tempereur Valérien était monté sur le trône, il avait constamment favorisé les chrétiens, et, sans doute par une permission de la Providence, le succès avait couronné ses entreprises. Il changea tout h coup de conduite, et vit changer en même temps la fortune de ses armes, jusqu'à ce que, trois ans après, il fût pris par les Perses et réduit à servir de marchepied à leur roi quand il montait à cheval. — En 257, cédant aux sollicitation de Macrien, son favori, il signa l'édit de la huitième persécution générale. Le paganisme, après tant de sanglantes et inutiles épreuves, espérait encore étouffer dans les supplices la religion de lésus-Chrisi. Un chrétien, nommé Hippolyte, Adrias et Pauline, avec leurs deux petits enfants Néon et Marie, le diacre Marcel, le

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tribun Némésius et sa fille Lucille, Sempronius, Ol^pios et B^n* périe, avec leur fils Théodule, furent h Rome, où la perflécatira commença, les premières victimes. Le pape saint Etienne i^ était surtout désigné aux recherches des bourreaux. Il fut pris avec les clercs qui ne Tavaient point quitté, et Valérien Tadmit seul en sa pi-ésence. Les deux souverainetés de la foi et du glaive se trouvaient face à face ; Tune pouvait tuer, mais Tautre savait mourir ; Favenir était à elle. — « C'est toi, dit Valérien, qui cherches à renver- « seTi la république, et qui persuades au peuple d'abandonner le « culte des Dieux? — Je ne cherche point à renverser la république, « répondit Etienne, mais j'exhorte le peuple à abandonna le calte « des démons qu'on adore dans les idoles, et à reconnaître le yrai « Dieu et celui qu'il a envoyé, notre Seigneur Jésus-Christ. » Valérien fit conduire le saint Pape au temple de Mars, pour y entendre sa sentence, et lui fit tmncher la tête, le 2 août 157. Son corps fut enterré dans le cimetière de Callixte; mais il fut transporté le 47 août T62, sous saint Paul I", dans l'église dos saints Etienne et Sylvestre, que ce pape fit construire^ et qui est nommée aujourd'hui Saint-Sylvestre in eapite, parce qu'on y conserve la tête de saint Jean-Baptiste.

J 5. Plaint 9U(e II, Pape. (24 août 257-6 aoilt 259.)

96. Malgré la violence de la persécution, le clergé et les fidUes de Rome purent se réunir pour donner un successeur & saint Etienne, dans la personne de Sixte IL Le nouveau Pontife était depuis loag^ temps archidiiicre de l'Ëglise romaine, dignité considérable à la*quelle appartenait l'administration des biens ecclésiastiques, et qui passa à saint Laurent. Le souverain pontificat, dans de telles circonstances, n'était que l'occasion plus prochaine du martyre. Saint Sixte II se montra digne de cette sublime vocation. Sous le coup de la persécution qui le menaçait, il trouva assez de calme et de tranquillité d'âme pour terminer, do concert avec saint Denys d'Alexandrie, Taffiaire des rebaptisants. Saint Denys, chassé de son siège par Émilien, préfet d'Égypto, avait été exilé sur les côtes de Libye» daos la petite ville de Céfro. Les habitants, qui étaient tous païens, ae convortin»nt h sa voix ; pt il rotrou\'a hit»ntAt, dans celte eonl4W

élojgnéa, ana église ^usai fervente que celle dont la violence le toncût sépaié. Il écrivit plusieurs lettres à âaint Siite pour l'infornier des efforts qu'il faisait pour mmener tous les dissidents à la décision du Pape saint Etienne I^. Il eut la consolation de voir rentror dans l'unité tous ceux qu'une erreur passagère en avait écartés.

37. teint Gyprien, à la première nouvelle de la persécution, ^vait écrit m style brûlant une Eîjokanation au martyre^ qu'il adresser tous les fidèles de son Bglise. Il fut pris le premier et conduit devant le piQoonsul d'Afrique, nommé Paternus, qui se contenta de l'envoyer en ^ûl à Curube, port de mer à une vingtaine de lieues de Carthage. Mais fialdre Maxime, successeur de Paternus, arriva à Carthage avec des sentiments plus hostiles. Il donna Tordre d'amener le saint évéquB an prétoire. Une multitude immense se rassembla pour assister à l'interrogatoire de l'illustre docteur. — « Êtes-vous Thasciu^ f Cyprifinf lui demanda le proconsul. — ^ Je le suis, répondit le saint. « — Êtes-vousrévéquedecBssacrilégeschrétiens?--^Jeleauis. — ies € augustes empereurs vous ordonnent de sacrifier aux Dieux.— - Je i n'en ferai rien.^Songez à ce que vous voulez faire.-^fin une cbpse « si jaste,il n'y a point à délibérer. Exécutez les ordres dont vous ét^ < chargé. » La sei^tence fut portée, et le proconsul lut ce décret : t Thascius Cyprien sera puni par le glaive. -*Deo graiiat, » ré* pondit (e généreuxévéque. Lescfarétiôns, mêlés à la foule, s'écrièrent alors: « Qu'on pous fasse mourir avec lui. » Une scène tumultueuse suivit le jugement, et le proconsul donna l'ordre de conduire saint Cyprien hors de (a ville, pour prévenir la sédition qu'il craignait. L^éveque de Carthage se l^anda lui-même les yeux ; un prêtre et un diacre, qui l'accompagnaient au lieu du supplice, lui lièrent les mains; il fit remettre vingt^cinq pièces d'or à l'exécdleur, et présenta » tête au bourreau qui l'abattit d'un coup. Les chrétiens recueillirent le sang du martyr dans des étofies de lin et de soie (i 4 septembre 258). Huit de ses disciples, la plupart clercs de l'Église de Carthage, Lucius, Montas, Flavien» JuUen, Victoric, Primulus, Renus et Donatien, imitèrent, leur saint évêque dans son courage et dans sa mort. —La viUa de Cyrthe, en Numidie, compta ses mar^rs pai' millîM^. On les mena dans un vallon au bord du fleuve, entre deux rane» d^ coHims élevées de deux côtés, comnu» poui* favoriser te

spectacle. On les fit ensuite ranger en ligne, les yeux bandés, ei l'exécuteur ne fit que passer de Fun à l'autre en leur coupant la tèle. Cette atroce boucherie dura une grande partie du jour. — En Espa* gne, saint Fructueux, évèque de Tarragone, fut amené avec deux de ses diacres, devant le gouverneur impérial, Émilien. — « Avez-vons « appris Tordre des empereurs? demanda le proconsul. — Je ne « sais ce qu'ils ont ordonné, répondit Tévêque; pour moi, je suis « chrétien. — Ils ont ordonné d'adorer les Dieux. — J'adore un seul « Dieu qui a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu'ils renferment. « — Nesavez-vous pas qu'il y a des Dieux? — Non. — Eh bien, on « vous l'apprendra. » Le gouverneur se tourna alors vers Augure, l'un des diacres, lui conseilla de ne pas s'arrêter à ce que Fructueux venait de dire. Augure répondit qu'il adorait aussi le seul Dieu toutpuissant. « Et vous, dit alors Émilien à Euloge, l'autre diacre, adores- « vous aussi Fructueux votre évéque? — Je n'adore point Fructueux^ « mais le Dieu que Fructueux adore. — Êtes-vous donc évoque? de- « manda le gouverneur à saint Fructueux.— Je le suis. — Dites « plutôt que vous l'avez été. » Et il les condleunna tous Croîs à être brûlés vifs.— A Antioche, le gouverneur faisait conduire au supplice le prêtre Saprice. Un chrétien, nommé Nicéphore, qui- nourrissait depuis quelques années une violente inimitié contre ce prêtre, le suivait mêlé à la foule, et, durant le trajet, le suppliait de lui pardonner avant de monter au ciel. L'âme de Saprice demeura inaccessible à tout sentiment de miséricorde. Arrivé au lieu de inexécution, ce malheureux prêtre, si dur envers son frère, n'eut pas le courage de voir la mort en fac^., et il s'écria qu'il était prêt à sacrifier aux-dieux. Les bourreaux le relâchèrent. « Que faites-vous? lui dit Nicéphore. « Martyr de Jésus-Chrîst, ne perdez pas la couronne que vous avez « déjà méritée par tant de tourments. » Ses exhortations furent inutiles ; et cotte couronne immortelle , dont Saprice venait de se rendredoublementindigne, Nicéphore la recueillit ; car les bourreaux ne firent que changer de victime, et, par ordre du gouverneur, lui tranchèrent la tête. — A Toulouse, dans les Gantes, saint Saturniu était tratné par un taureau furieux, et mourait pour la foi.

2g. A Césarée en Palestine, trois amis scellèrent leur amitié par le martyre. Ils se présentèrent ensemble et d'eux-mêmes au gouver-

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