‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 82 sur 190 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

BeQFy qui les condamna aux bétes. Le nom de ces trois liéros de l'amitié chrétienne était Piîscus, Malchus et Alexandre. — Un trait fdus merveilleux encore, de la part d*un enfant, nommé Cyrille, fit l'admiration de la ville de Gésarée en Cappadoce. Le père de Cyrille était idolâtre, et, dans sa haine du nom chrétien, il avait chassé son fils de sa maison, l'abandonnant sans secours à la charité publique. Cyrille fut amené par des soldats en présence du gouverneur. « Mon € enfant, lui dit le juge avec douceur, je veux bien vous pardonner « vos fautes, en considération de votre âge. Il ne tient qu'à vous de € rentrer dans les bonnes grâces de votre père; soyez sageetrenonc oez à votre superstition.» Le saint enfant répondit : « Je suis bien € aise de souffrir des reproches pour ma conduite. Je me réjouis € d'être chassé de la maison de mon père, Dieu me recevra dans c une plus grande et plus belle. Je renonce volontiers aux biens de € ce monde, pour être riche dans le ciel. Je ne crains pas la mort, c parce qu'elle est suivie d'une meilleure vie. » Alors le juge, prenant un ton propre à intimider un enfant, le menaça des plus cruels supplices; il le fit lier comme pour le conduire au lieu de L'exécution; il ordonna de préparer un bûcher et d'y mettre le feu. Le courage de Cyrille n'en parut que plus assuré. Il se laissa mener, sans verser une larme; on l'approcha du feu comme pour l'y jeter; mais il ne perdit rien de sa constance. Le juge avait secrètement donné l'ordre de ne pas aller plus loin. Quand on vit que l'aspect du suppliée n'avait iait aucune impression sur lui, on le ramena au juge qui lui dit : t Vous avez vu le feu, vous avez vu le glaive, serez-vous c sage à présent ; et, par votre soumission à ma volonté et à celle de € votre père, mériterez-vous qu'il vous rende son affection et qu'il € vous reçoive chez lui? » Le jeune Cyrille répondit : « Vous m'avez « fait grand tort de me rappeler; je ne crains ni le feu ni l'épée; c j'ai hâte d'aller à une demeure beaucoup plus désirable, et je c soupire après des richesses bien plus solides que celles de mon c père. Ne tardez pas à me faire mourir pour que j'aille plus € promptement^à Dieu. » Les assistants pleuraient en l'entendant parler ainû; mais il leur disait : « Vous devriez vous rejouir au lieu « de pleurer ainsi. Loin de chercher à m'affaiblir par vos larmes, € vous devriez m'encouragef et m'animer à tout souffrir. Vous ne I. 16

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€ saveE pas quelle est la gloire qui m'attend» qiirile oat mon eitpé^ « rance, quelle est la cité céleste où je vais. Laiss^Hnoi finir ma « vie temporelle. » Ce fut dans ces sentiments qu*il reçut la couronne du martyre. Et en lisant cette page de ThistoirB de l'Église, on ne sait ce qu*il faut le plus admirer, ou la foi qui inspire à un âge si tendre upe telle hauteur de vues et un tel héroïsme, ou Ta^euglement des païens, qui croyaient triompher d'une pareille foi par le glaive et les bûchers.

â9. Saint Sixte II avait précédé dans le ciel cette pléiade de glo^ rieux martyrs, que les édits de Valérien multipliaient sur tons les points de l*empire, et dont l'histoire de la terre n'a pu garder tous les noms. Le 6 août 958, pendant que le saint Pontife célébrait les saints mystères au cimetière de Callixte, des soldats s'emparèrent de sa personne et le conduisirent au supplice. Laurent, archidiacre de rÉglise romaine, le suivait en pleurant, et lui disait : < Où allez<^ f vous, mon père, sans votre fils? Où allez-vous, saint Pontife, sans « votre diacre? » Saint Sixte lui répondit : « Ce n'est pas moi qui « t'abandonne, ô mon fils. Mais un plus grand combat t'est réservé, « tu me suivras dans trois Jours. » Comme il achevait ces mots, un soldat lui trancha la tête. Il avait occupé le saint Siège onze mois et six jours. Il avait envoyé en Gaule saint Pérégrinus, premier évéque d'Auxerre, et avait transféré les corps de saint Pierre et de saint Paul dans les catacombes, pour mettre ce précieux dépôt plus en sâreté. Parmi les louanges que l'antiquité a données à saint Sixte II, on re-* marque surtout celle de pontife doux et pacifique. C'est à sa man«suétude qu'était réservée la consolante mission de terminer la querelle des rebaptisants, qui avait rempli d'amertume le pontificat de son prédécesseur.

30. Cependant le préfet de Rome, croyant que les chrétiens avaient de grands trésors en réserve, et voulant s'en emparer, se fit amener l'archidiacre Laurent qui en avait la garde. € Vous vous 4 plaignez, lui dit-il, que nous vous traitons cruellement. Il n'est « point question ici de supplices ; je vous demande ce qui dépend « de vous. On dit que dans vos cérémonies les pontifes offrent dos « libations avec des vases d'or ; que le sang des victimes est reçu « dans des coupes d'argent, et que, pour édnirer vos sacriflres wm^

citAPimt XII. til

« iurnes, vous avee des cierges fixés sur des chandeliers d'or. On

< dit que, pour fournir à ces offrandes, les frères vendent leurs

< héritages, et réduisent souvent leurs enfants à h pauvreté ; met- € tez au jour ces tresors cachés. L'empereur en a besoin pour solder c les troupes et rétablir les finances de TÉtat. J'apprends qye, selon f votre doctrine, il faut rendre à chacun ce qui lui appartient : or, € IVmpereur reconnaît pour sienne la monnaie sur laquelle est

< empreinte son image : rendez donc, comme vous dites, à César € ce qui est à César. Si je ne me trompe, votre Dieu ne fait point f battre monnaie ; il n'a pas apporté de l'argent en ce monde, il n*y f a apporté que des paroles : rendee^nous l'argent et gardes les c paroles. — J'avoue, répondit Laurent, que notre Église est ridie« f et l'empereur lui-même n'a pas de si grands trésors. Je vous brai « voir co qu'elle a de plus précieux ; donnes*moi seulement quelque f temps pour mettre tout en ordre, en dresser l'état et en faire le f calcul. » Le préfet lui donna trois jours de délai. Dans cet inter* valle, Laurent parcourut toute la ville, pour chercher en chaque rue les pauvres que l'Église nourrissait. Il les rassembla tous, lépreux, aveugles, boiteux, paralytiques, malades couverts d'ulcères, et les rangea dans la cour de l'église. « Venez, dit-il ensuite aa pté* « fet, vous verrez une grande cour pleine de vases précieux et de « Iingot<^ d'or entassés sous les galeries. » Puis, ouvrant une porte il montra au profi^t touleslcs inflrmitt'^s humaines réunies. « Voilà, « lui dit-il, les tn'^sors; que je vous ai promis. J'y ajoute les perles

< et les pierreries ; vous voyez les vierges et les veuves ; c'est la « couronne de l'Eglise. Profitez de ces richesses pour Rome, pour « l'empereur et pour vous-même. » Le préfet, pour toute réponse, Gt apporter un immense gril de fer, sous lequel on mit des char*bons ardents. Le saint diacre y fut étendu et trouva encore la furoa, au milieu des tortures de cet holocauste, de dire au tyran : « Faitesf moi retourner, je suis assez rdti de ce côté. C'est assez cuit, vous € pouvez manger. » Et il rendit ainsi son âme à Dieu, martyr do la foi et de la charité.

34. Après la mort des victimes, la punition des persécuteurs. Rarement la justice divine se montra d'une manière plus éclatante. La peste recommença ses ravages, avec une fureur jusque-là incon-

nue. Les éléments eux-mêmes semblaient, dans leur bouleversement, s*appréter à venger le sang des justes, qui avait inondé la terre. Pendant plusieurs jours, ritaliC fut enveloppée d'épaisses ténèbres. Rome» la Lybie et FAsie tout entière furent couvertes de ruines par un tremblement de terre affreux. Cependant les Barbares commençaient à prendre possession du monde romain. Les Germains envahirent la Gaule jusqu'aux Pyrénées, traversèrent ces montagnes, ravagèrent une partie de TEspagne et se montrèrent sur les rivages de la Mauritanie, étonnés de cette nouvelle race d*hommes. Les Allamans, autres Germains, au nombre de trois cent mille, s*avancèrent en Italie, jusque dans le voisinage de Rome. Les Goths, les Sarmates et les Quades dévastèrent Tlllyrie. La Scythie vomissait ses peuples sur TAsie-Mineure et sur la Grèce. Ces guerriers^ à demi-nus, s'embarquent sur le Pont-Euxin, dans des espèces de cabanes flottantes , se C/Onfiant à une mer orageuse et à des marins timides. Ils surprennent Trébizonde, ravagent la province de Pont, et, enchaînant les Romains captifs aux rames de leurs vaisseaux, retournent triomphants au désert. D'autres Goths ou d'autres Scythes, qu'encourage cet exemple, font construire une flotte par leure prisonniers, partent des bords du Tanaïs, franchissent le Bosphore, abordent en Asie, pillent Chalcédoine, et se retirent, à la lueur des flammes dont ils embrasent Nicée et Nicomédie. Enfln, pour compléter ce tableau de tous les désastres, Valérien, qui avait inondé le monde de sang chrétien, devenu prisonnier de Sapor, roi de Perse, servait de marchepied à son vainqueur lorsqu'il montait à cheval ; et, comme si la vengeance eût dû survivre au crime, après la mort de l'empereur romain, sa peau empaillée, tannée et teinte en rouge, demeura suspendue pendant plusieurs siècles aux voûtes du principal temple de Perse. Le propre flis de Valérien, Gallien lui-même, regardant le malheur comme une abdication, se contentait de dire, à cette affreuse nouvelle : « Je « savais que mon père était mortel. » Cette série de désastres mit fin à la huitième persécution générale.

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