‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 84 sur 190 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

sième concile (269), tenu dans la même Ville, le déposa solennellement et élut un autre évêque à sa place.

5. Saint Denys d'Alexandrie ne vit point la fin de cette affaire; il était mort en 264, pendant le premier concile d'Antioche, convoqué en grande partie par ses soins. Il avait occupé dix-sept ans le siège patriarcal d'Alexandrie, et son nom avait été glorieusement mêlé à toutes les luttes de ces temps orageux. Ses travaux, son courage dans la persécution, ses vertus égales à son génie, lui valurent le titre de Grand. — A peu près vers le môme temps , mourait un autre disciple d'Origène, non moins illustre, saint Grégoire Thaumaturge, évêque de Néocésarée, que les ennemis mêmes de l'Eglise appelaient un autre Moïse, à cause de ses miracles. « Je rends grâces à Dieu , dit-il « avant d'expirer, de ce que, n'ayant trouvé, à mon arrivée dans cette « ville, que dix-sept chrétiens, je n'y laisse à mon successeur que € dix-sept infidèles.» Il défendit qu'on lui achetât un lieu spécial pour sa sépulture, « afin, dit-il, que la postérité sache que Grégoire « n'a rien possédé sur cette terre , pas même un tombeau . » Heureux âge de l'Église naissante, oii la sainteté se laissait comme un héritage, et où il se trouvait toujours un disciple pour recueillir le manteau d'ÉUel

6. Le pape saint Denys mourut lui-même en 269 (26 décembre), après dix ans de pontificat. Saint Basile l'appelle un pape illustre par rintégrité de sa foi et l'éclat de ses vertus. Les deux hérésies de Sabellius et dePairi de Samosate avaient trouvé en lui un digne adversaire. Il avait partagé les Églises et les cimetières de Rome entre ses prêtres, et établi la division des diocèses et des paroisses. Il ordonna saint Zamas, premier. évêque de Bologne; il appliqua ses soins à rétablir dans leur vigueur primitive les diverses institutions canoniques et disciplinaires, un instant troublées par la persécution de Valérien. Ce saint Pontife possédait la plus profonde connaissance des doctrines de l'Église. Dans le temps de la discussion sur le baptême des hérétiques, n'étant encore que simple prêtre, il en avait donné la preuve, en soutenant avec chaleur la décision de saint Etienne I*', et en s'unissant plus tard à son homonyme , sain Denys d'Alexandrie, lorsque ce dernier cherchait à modérer la se vérité de la sentence et à conseiller la paix.

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7. Le lendemiûQ de Isi mort du pape mm Penys, ssàat Félix, premier du nom, fui élu pour lui succéder. Il reçut, peu de temps après, ta lettre adressée à son prédécesseur, par laquelle les évéques du concile d*Antioche informaient le saint Siège de la condamnation de Paul de Samosate. Le nouveau Pape la confirma de son autorité, et écrivit à ce sujet une lettre à Maxime» évêque d* Alexandrie, qui avait succédé h saint Denys dans le gouvernement de cette église. « Nous croyons, disait-il, en Jésus-Christ, notre Sei- « gneur, né de la Vierge Marie. Nous croyons qu'il est le Verbe « éternel, Fils unique de Dieu. Non, ce n'était point un homme en « qui Dieu ait seuleii^t habité. Fils de Dieu, il était Dieu parfait 4t et homme parfait, sy^rès son incarnation, sans qu'on puisse dis- « Unguer en lui deux personnes. »

8. Du fond de la Perse, un autre hérésiarque, dont le nom et les erreurs étaient dostinés k un plus long retentissement, préparait de nouveaux orages contre l'Église. Il s'annonçait comme envoyé de Dieu, pour rappeler le monde à la vérité et les chrétiens ii}a pureté de la foi. Son costume était étrange autant que sa doctrine. Sa singularité frappait Timagination des multitudes. Il portait des brodequins fort élevés pour ajouter à sa stature, un manteau flottant de couleurs diverses, qui donnait h sa démarche quelque choae d'aérien, un grand bâton d'ébène sur lequel il s'appuyait en marchant, sous le bras un livre écrit en caractères babyloniens, une jambe enveloppée d'une étoffe rouge, et l'autre d'une étoffe verte. Tel se montrait, semblable à un satrape persan, Tesclave Coubric, devenu l'hérésiarque Manès, le père du Manichéisme. Il s'attribuait le don des miracles, et prétendait guérir toutes les maladies par la vertu de ses prières. Jeté dans un cachot pour ses impostures, il avait tué son geOlier; il réussit à s'échapper de sa prison et de la Perse sa patrie, et se présenta h Carrhes, en Mésopotamie, l'ancien Haran de rÉoriture, précédé de la réputation qu'il s'était faite, à Taide de ses dupes ou de ses complices, et de cette étrange lettre qu'il avait adressée à Marcel, disciple de saint Archélaûs, évéque de cette ville :

GHAPITHK Xlil. t5f

9. c Manès, apôtre de Jétn^Chtini, et tous les 8aiiit« et yierges « qui sont avec mol; à Marcel, mon fils bien^aimé, grftoe, misé-

< ricorde, paix, de la part de Dieu le Père et de notre Seigneur f Jésus'Christ. Que la main de lumière vous préserve des maux

< du siècle présent, de ses dangers, et des pièges du princii)e du « mal. Amen.

« J'ai appris avec joie que votre charité est grande, mais il m'est f douloureux de ne point voir votre foi conforme à la vraie docf trine. Envoyé de Dieu pour redresser le genre humain qui s'é- « gare, j'ai cru nécessaire de vous écrire pour le salut de votre âme « et le bien spirituel de ceux qui vous entourent. Apprenez donc, « mon fils, à discerner Terreur qu'enseignent les docteurs vul* « gaircs. Ils disent que le bien et le mal, la lumière et les ténèbres, € la chair et l'esprit viennent du même principe, et confondent « incessamment l'un avec l'autre. Gomment osent-ils dire que hïm € soit l'auteur et le créateur de Satan et de ses mauvaises œuvres? € Us ont été plus loin encore, et ne rougissent pas d'affirmer que « le Verbe, fils unique du Père, est fils d'une femme, nommée <r Marie, formé de la chair et du sang, principe de corruption et « de mort. Je n'insiste pas davantage en ce moment sur les autres t erreurs, me réservant de le faire quand je serai près de vous. Je t ne doute point de l'empressement avec lequel vous embrasserez € la vraie doctrine, aussitôt que vous l'aurez connue* Du reste, ce « n'est point par la contrainte, comme les autres docteurs, c'est « par Ja persuasion que je prétends imposer la foi. »

40. Le système de la dualité, que Manès apportait à l'Occident, n'était pas nouveau. La croyance antique de la Perse au génie du bien et au génie du mal y avait donné naissance. En remontant jusqu'à l'origine de cette doctrine, on la trouve formulée dans le système de Pythagore, et plus tard personnifiée dans Ormuzd et Zer*dast, les dieux Persans. Telle fut cependant l'œuvre propre de Manès, que, de ces éléments païens, il réussit à composer une théogonie, qui s'adiqptait jusqu'à un certain point aux dogmes du christianisme. Il reconnaissait deux Dieux étemels, nés d'eux-mêmes, opposés l'un à l'autre, Tun principe du bien, qu'il appelait Lumière, l'autre, pria* ctpe du mal, qu'il appelait Ténèbres. L'âme humaine était une

étincelle de la lumière, leoorps une parcelle des ténèbres. Venaient ensuite des émanations et des générations de principes , que Hanès avait empruntées au Gnosticisme.

. 4 4 . La présence de Hanès à Carrhes avait attiré, aux conférences qu'il ouvrit avec le saint évêque Archélaus, un auditoire immense. Malgré le prestige de sa renommée et l'art infini de la parole, auquel Manès devait son nom, car Manès, en langue persane, veut dire fils de l'éloquence, l'hérésiarque fut vaincu par la logique simple et la foi chaleureuse de l'évoque. Ce triomphe, que toute l'assemblée accueillit par des applaudissements, fut tel que Turbon, disciple favori de Manès, abandonna son maître, pour se remettre entre les mains d'Archélaùs.

Le nouveau Paraclet, car Manès se donnait encore ce titre, eut un peu moins de succès, s'il est possible, dans une autre conférence avec un saint prêtre d'un bourg voisin, nommé Diodore. La foule, assemblée pour assister à cette lutte de la vérité contre l'erreur, prit tellement parti pour la vraie doctrine, ipi'elle poursuivit l'hérésiarque, et le menaçait de le remettre entre les mains du roi de Perse. Manès parvint à s'enfuir. Il se retim dans une forteresse sur la frontière. Il ne tarda pas à y être pris par les soldats du roi de Perse, qui le lit écorcher tout vif avec une pointe de roseau, pour venger la mort du geôlier. Son corps fut abandonné aux chiens et aux oiseaux de proie, etsa peau, empaillée, fut exposée sur laporte de la ville, oùon la gardait encore, du temps desaint Cyrille et de saintÉpiphane (284).

Nous avons un peu anticipé sur les événements pour rapporter de suite ce que l'histoire nous a conservé de plus important sur la vie et les actionsde Manès. Sa doctrine ne mourut pasaveclui ; et nous aurons souventencorel'occasiondelarencontrer enlutteavecla foidel'ÉgUse.

12. Aurélien, parvenu à l'empire en 270, se montra d'abord favorable aux chrétiens. Bientôt après, l'idée d'attacher à son nom l'anéantissement d'une religion qu'il voyait s'étendre avec tant de rapidité dans toutes les provinces de l'empire, le rendit persécuteur. Une première fois, au moment oii il allait signer Tédit de proscription, la foudre qui tomba à ses côtés lui arracha la plume des mains. Cet avertissement du ciel ne suffit pas à changer ses projets sanguinaires^ et quelques mois après, 274, il ordonna la neuvième persécution gé-

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