CHAPITRE Xltl
comme chrétiens : le préfet de Rome les fit jeter tous & la mer. Tiburce, le généreux flls de Chromace, fut pris, par la perfidie d*un faux frère, payé par la police impériale pour jouer le rôle d'espion, dans les assemblées des chrétiens. « Quoi ! disait Tiburce aux ma- € gistrats, parce que je refuse d'adorer une prostituée dans la perc sonne de Vénus, l'incestueux Jupiter^ un fourbe comme Mercure, € et Saturne, le meurtrier de ses enfants, je déshonore ma race, je € suis un infâme ! » Ce héros chrétien eut la tête tranchée. Gastulus, l'hôte des chrétiens, victime de la même trahison que Tiburce, subit la question et fut enfin jeté tout Tivant dans une fosse qu'on remplit de sable. Saint Sébastien, sous son habit de capitaine des gardes prétoriennes, n'avait point cessé de visiter les martyrs, de les encourager dans leurs tourments, et de recueillir leurs restes après leur mort. Maximien-Hercule, qui avait ordonné tous ces supplices, venait de passer dans les Gaules pour y combattre une insurrection formidable des Bagaudes, paysans de la Belgique, qui commençaient une révolte assez semblable à celles qui éclatèrent en France au moyen âge. On a dit, mais sans preuve, qu'Élianus et Amandus, leurs chefs, étaient chrétiens. Les exactions des gouverneurs Romains avaient armé ces légions rustiques contrôleurs impitoyables maîtres. En l'absence de Maximien-Hercule, saint Sébastien fut dénoncé h Dioclétien lui'méme,conune fauteur des impiétés chrétiennes.Le capitaine des gardes parut donc devant l'empereur, qui lui reprocha de payer d'ingratitude ses propres bienfaits, et fie se seiTir contre son gouvernement de l'autorité dont il l'avait, lui-même, investi. Scbas-> tien répondit qu'il n'avait pas cessé d'ôlre fidèle à ses devoirs, et de foire des vœux pour le salut du prince et de l'empire. Mais ayant, depuis longtemps, reconnu la folie d'adorer des Dieux de pierre, il avait adressé ses prières au vrai Dieu, qui est au ciel, et à son fils Jcsus-Christ. pioclétie», irrité de ce langage, fit venir une compagnie d'archers de Mauritanie, qui servaient parmi ses gardes. On dépouilla Sébastien de ses vêtements, et les archers le percèrent de flèches, de tous côtés. On le laissa pour mort sur la place. Irène, veuve de saint Castulus, vint, la nuit, élever le corps du martyr.' Comme il respirait encore, elle le transporta chez elle, au palais' même de Tempereur, et quelques jours après, Dioclétien fut tout
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étonné de trouver, au milieu des courtisans rangés sur son passage^ dans l*escalierd*honneury Sébastien, son capitaine des gardes. L*em* pereur furieux le fit conduire aussitôt dans rhippodrome du palais^ où le saint martyr fut assommé à coups de bâton : son corps fut jeté dans un égoût, d*oii les chrétiens le firent retirer (288).
SI . Le christianisme avait tout envahi, même Tarmée impériale. Maximien-Hercule attachait pourtant la plus grande importance k écarter cette propagande de ses soldats, surtout au moment où il marchait contre les Bagaudes, dont on disait, à tort ou à raison, les chefs chrétiens. . Il s'était arrêté, en traversant les Alpes, dans un village nommé Octodure, aujourd'hui Hartinach, en Valais, pour laisser quelque repos à ses troupes. Il fut rejoint en cet endroit par la légion Thébaine,queDioclétien avait fait venir d'Orient,et qu'il lui envoyait pour grossir ses forces. Cette légion, tout entière composée de chrétiens, avait reçu ses cantonnements à Agaune, au pied du mont appelé aujourd'hui le Grand-^int-Bernard. Maximien-Hercule voulut l'employer, comme les autres, à rechercher les chrétiens du pays, qu*il faisait mourir. La légion Thébaine refusa formellement d'obéir à ses ordres. Maximien répondit à cette première désobéissance en la faisant décimer. On rangea, au hasard, tous les soldats qui la composaient sur plusieurs lignes de front. Les exécuteurs passèrent, en comptant les soldats, et chaque dixième avait la tête tranchée. Ce qui resta, après cette boucherie, ne consentit pas davantage à obéir aux ordres de Maximien. Une seconde décimatioa n'eut pas plus de résultat. Le César, irrité, aima mieux compromettre le succès de ses armes, que de paraître céder à ce qu'il appelait l'obstination de ces mutins. Sans attendre la réponse à une adresse que la légion Thébaine avait envoyée à Dioclétien , il la fit réunir tout entière, dans une vallée qu'il cerna de ses troupes, et fit massacrer, sous ses yeux, cette foule^de héros, qui se laissèrent égorger pour le nom du Christ, dont ils étaient soldats avant d'être ceux de l'empire.
22. Le voyage de Maximien-Hercule, à travers les Gaules, res* semblait à une exécution générale des chrétiens. En passant à Marseille, un officier chrétien nommé Victor, ayant refusé devant le César lui-même de sacrifier aux Dieux, fut traîné dans toutes le»