‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 87 sur 190 · CHAPITRE xni · texte numérisé non relu

CHAPITRE xni

rues de la ville, pieds et mains liés, exposé aux injures et aux ou* trages d'une vile populace, dont chacun eût pensé faire un crime en ne Tinsultant pas. Appliqué ensuite au chevalet, jeté dans le fond d*un cachot souterrain, Victor convertit les soldats qui le gardaient, et les&t baptiser dans la nuit. Le lendemain, ces nouveaux chrétiens eurent la tête tranchée, en sa présence, par ordre de Maximien. Pour Yjctor, on le suspendit & une poutre et on le frappa à coups de nerfs de bœuf, jusqu'à ce que, lassés eux-mêmes, les bourreaux le jetèrent mourant dans son cachot. Maximien-Hercule voulait essayer de vaincre la patience du martyr, par la longueur et la diversité des supplices. Trois jours après il le fit amener en sa présence, eX lui montrant un trépied, sur un autel portatif, il lui ordonna d'y mettre de l'encens, en l'honneur de Jupiter. Victor s'approcha, comme pour obéir, et, du pied, renversa l'autel et le trépied. L'empereur furieux lui fit aussitôt couper le pied. On le mit ensuite sous la meule d'un moulin à bras, que les bourreaux firent tourner lentement, pour lui briser peu à peu les os. Durant cette horrible opération, la machine vint à casser. Pour en finir, Maximien fit trancher la tête à ce corps mutilé et meurtri, qu'on jeta ensuite à la mer ; mais les flots le ramenèrent sur la rive; et ces restes précieux, recueillis par les chrétiens, furent ensevelis dans une grotte taillée dans le roc.

23. Arles eut aussi son martyr célèbre, dans la personne de saint Genès, greffier du tribunal proconsulaire, qui, ne pouvant se résoudre à transcrire les injustes sentences dictées contre les chrétiens, jeta à ses pieds les tablettes en cire sur lesquelles il écrivait, se sauva et traversa le Rhône à la nage. Atteint sur l'autre bord, il se déclara chrétien, et paya, de sa tète, cet acte de courageuse indignation. — Chaque pas de Maximien était marqué par de nouvelles victimes: sainte Foi, vierge, près d'Agde; saint Caprais, évèque d'Agen; Tibère, Modeste et Florence à Vienne; Ferréol, tribun militaire, et un de ses soldats nommé Julien, à Brioude; Vincent, Oronce et Victor, à Embrun ; h Nantes, saint Donatien et saint Bogatien, deux frères illustres par leur naissance, eurent la tête tranchée après avoir subi tous les genres de toiture. La Belgique fut surtout le théâtre de la eruauté de Maximien-Hercule, secondé dans ses projets sangui* nairés parRiccius Varus, gouverneur delà Gaule Belgique, qui corn-

26S RISTOinE GÉNÉftAI^fiPB l'ÉGUSE.

prenait une partie de la France septentrionale actuelle. Les principaux martyrs furent, à Amiens, l*év6que saint Firmin, Victoricus, Lucien et Gentien leur liôte : à Augusta, capitale du Yermandois, ville depuis ruinée, saint Quentin; àSoissons, saint Crespinet saint Crespinien ; à Toumay, saint Fiat, prêtre ; à Fismes, près de Reims, la vierge sainte Mœcra ; à Louvre, près de Lutèce, saint Just, ou Justin. Enfin un grand nombre de martyrs à Trêves, résidence ha- Wtuelle de Riccius Varus. — L'Orient, quoique plus tranquille,avait aussi des proconsuls qui se distinguaient par leurs cruautés envers les chrétiens. Lysias, gouverneur de rAsie-Mineure, y montrait la même inhumanité que Riccius Varus en Occident : et leurs deux noms ont une cruelle célcbrité dans les martyrologes de cette époque. Claude, Astérius et Néon, Domnina et Théonilla, les deux illustres frères saint Côme et saint Damien, médecins de la ville d'Egée en Lycie, souffrirent le martyr par ses ordres.

34. Vers 290, une nouvelle secte prenait naissance en Egypte. Son auteur se nommait Hiérax, de Léontopolis, homme d'une vie austivdj de mœurs rigides, ne mangeant rien de ce qui avait eu vie, et s'abstenant de vin. Il paraît se rattachera cette classe d'esprits, ou* très dans leurs vues, qui prétendaient imposer à tous les chrétiens un genre de vie saint en lui-même, mais auquel tous ne sont pas ap* pelés. Le rigorisme de ses principes le conduisit à ne voir, dans le corps, qu'une émanation du génie du mal, et, par ce côté,il se rallie aux Manichéens, parmi lesquels Baronius le range. Il partit de ce fondement pour nier la résurrection de la chain rapportant les textes les plus formels de l'Écriture, sur cette matière, à la résurrection spîrituelle de l'àme. Il condamnait le mariage, et n'admettait à sa communion que les vierges, excluant tous les autres du royaume des rieux. Il rejetait aussi la doctrine de l'Église sur les enfants baptisés, mprts avant l'usage de la raison , et prétendait qu'ils ne pouvaienl point entrer dans le ciel, ni être couronnés, puisqu'il n'avaient pas combattu. On trouve encore dans ses écrits des erreurs sur lasaiate Trinité, dont il voulait, selon la marche ordinaire des hérétiqueSt élucider le mystère par des images et des idées tout hunmines. Aiiui» J comparait les trois personnes divines à trois mèches allumées daas une môme lampe et de la même huile : ce qui semble indiquer um

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