CHAPITRE lî. i
que les discours des Apôtres , non moins que leurs miracles, conquéraient à Jésns-Chrisl. On plaçait les malades dans les rues, pour que Pierre, en passant, les touchât au moins de son ombre ; le peuple apportait, des villes voisines à Jérusalem, les possédés et les malades de toute espèce, et ils retournaient guéris. Les rigueurs de la synagogue étaient impuissantes à arrêter l'Église dans ses rapides progrès : on jetait les Apôtres en prison, mais la nuit ils étaient délivrés par un ange ; on les flagellait, mais ils se réjouissaient i'endurer cet opprobre pour le nom de Jés^is<}hrist. Déjà la question de les mettre à mort avait été agitée au sanhédrin ; un de ses membres, Gamaliel, sut empêcher la réalisation de ce crime.
2. La multitude des croyants n*avait qu*un cœur et qu'une âme« et ne formait qu'une grande famille où personne ne possédait rien qui ne fut à ses frères. On ne connaissait point de pauvres parmi eux, parce que tous ceux qui avaient des champs ou des maisons les vendaient et en apportaient le prix aux Apôtres, afin d'être distribué à ceux qui en avaient besoin '. Ils avaient des exercices communs avec les Juifs, comme de fréquenter le temple, aux heures des prières et des sacrifices où ils s'assemblaient tous sous le portique de Salomon. De plus, ils se réunissaient dans les cénacles ou oratoires des maisons chrétiennes, les plus commodes et les plus spacieuses, sous la présidence des Apôtres ou des prêtres institués par eux. Là ils étaient instruits des mystères de la foi et des maximes de Jésus-Christ, ils persévéraient avec ferveur dans la prière et dans la communion de la fraction du pain, c'est-à-dire dans la réception du sacrement de l'Eucharistie. Ils prenaient ensuite leur nourriture ordinaire en commun. Ce sont ces repas qui furent appelés dans la suite agapes (charité et dilection). Toutefois la communauté de biens n'allait pas jusqu'à un complet anéantissement des droits et des rapports de la propriété ; elle n'était non plus imposée à personne comme un devoir, et elle ne fut point introduite dans les autres Églises. C'est donc une erreur historique grossière
* HâBC erat angelica redpublica nlhil ducere proprfum, hoc protulit primum germon nascens Ecclesia. (Ghrysost. ïn Act. AposL 7.) /. 2
18 HISTOIRE aÉ«iiuu& PE l'églisi.
de prétendre que Tesprit de rÉvangile et de ]/k primitive jfcgliaa est destructeur de la propriété. Lorsque Âaanie et Sapbire essaient de tromper les Apôtres, eu gardant une partie de la somme quUls avaient retirée de leurs biens, Pierre leur dit : < Pourquoi montée- « vous à Dieu ? N*éties*vous pas libres de conserver toutes vos ri* « chesses et d'en jouir? » La mort subite dont ils sont frappés aux pieds du Prince des Apôtres, prouve aux fidèles qu'on ne trompe pas impunément les ministres du Seigneur. A Textérieur, les chrétiens vivaient comme les Juifs, avec lesquels les auteurs païens de ce temps les confondent. Ils observaient encore les cérémonies de la loi, bien que celle-ci, d'après son caractère figuratif, eût cessé d'obliger, après l'accomplissement des figures dans la personne de Jésus-Cbrist. C'était une époque de transition , qui ne devait finir qu'après la ruine de Jérusalem, annoncée par la parole prophétique du Sauveur, qui avait prédit à la génération présente qu'elle serait témoin de cette catastrophe.
3. Les plaintes de quelques Juifs Hellénistes, c'est-^-dire d'ori* gine grecque, qui prétendaient que leurs veuves étaient oubliées dans la distribution des aumônes faite chaque jour par les Apôtres, donnèrent lieu vers ce temps à l'élection de sept diacres (33). Ils furent choisis par les fidèles, et présentés aux. Apôtres qui leur imposèrent les mains. Etienne, Philippe, Proçhore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, furent investis de.ce ministère^ qui consistait à prendre soin de la nourriture des pauvres et de la distribution des aumônes. Ils devaient aussi servir à Tadministration de l'Eucbaristie et prêcher l'Évangile, comme le prouve l'exemple de saint Etienne, le premier d'entre eux. Les conversions nombreuses que Dieu opérait par sa parole le désignèrent à la fureur des princes des prêtres. Accusé par eux de blasphème > Etienne fut entraîné hors de l'enceinte de Jérusalem et lapidé. Il mourut en priant pour ses bourreaux, et fut le premier martyr de cette Église, dont le sang ne cesse de couler pour la cause de Dieu et l'honneur de la vérité, depuis dix-huit siècles. L'effet immédiat de la persécution, qui éclata alors et s'étendit surtous les chrétiens encore resserrés dans les murs de Jérusalon, fut que les fidèles se répandirent dans les villes voisines, et posèrent ainsi le fondement de nouvelles églises dans toute
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h Palestine, U Saouicie, et jusqu'en PbéBicîe, en Syrie et en Chyiire. La parole et les guérisens miraculeuses 4u diacre Philippe gagnèrent à TÉTangile un grand nombre de Samaritains» qui reçu^ rent ensuite le sacrement de C<>n&nnation et les dons du Saint-Bsrt prît, des mains de Pierre et de Jean. Une rencontre ayant été pro<* tidenUeUement amenée entre Philippe et Candace, l'un des prinetpaax officiers de la cour d'Ethiopie, qui se rendait à Jérusalemi eelui-ci fut converti et baptisé ; de retour dans son pnys, il y pro^ pagea le christianisme. Dans le même temps, Simon le Magicien» voulant di>t^r des Apôtres, à prix d'argent, la puissance de corn*muniquer les dons du Sainfr-Esprit, (ut repoussé par Pierre %ne» horreur. Telle fut la première tentative du crime abominable da Hmùnie, qui a conservé le nom de son auteur^ et qui consiste k acheter, au prix des choses de ce monde, les intérêts du royaume célesie. Sêmen, loia de se repentir, employa la connaissance imparfùte qu'il avait des vérités de TÉvangile à former une hérésie» la première qai se soîl âevée dans l'Église. En morale, il admettait pour principe qu'il n'y a point d'actions bonnes de leur nature. Ainsi les couvres sont inutiles au salut, et lagrke suffit seule à mnver les bonimes, sans correspondance de.leur part. C'était le germe du prédeêtimatiamime. Sa doctrine consistait en une sorte de fu^ sion entre les éléments du christianisme et les fables de la mytbolo* gie paienne. C'était le germe du gnoêtieitme.
4. Parmi ks persécuteurs des croyants, se faisait remarquer par son infatigable activité, par son zèle fougueux et prévue féroce, Sanl, jeune homme né à Tarse en Gilicie, de parents juifs, de la tribu de Benjamin, mais qui étaient citoyens romains. Pendant le sappiioe de saint Etienne, Saul gardait les vêtements de ceux qui hpidaieiH k saint diacre. Depuis il n'a\'ait cessé de poursuivre lee* cfaiétîens, asais le temps était vena où le loup allait être changé «s agneau, le persécuteur en apôtre. Ce jeune CilîGieo, « qui n'a fue Irma oondéas da haut «, > est destiné à porter l'Evangile devait les rob et ks peuples. La (mltuce olassique qu'il a acquise dans les éeolcs flûriasantes da Tarse, sa patrie; son éloquMce qui k fmt
iosecjBT. I^^négyrique de ÀV Paul.
iU HISTOIRE GéNÉRALB HE i/kOLISE.
ranger par le eélèbre Longin à côté de Démostbëne, d'Bschinc et (rbocrate, lut serviront à prêcher le nom de Jésus-Christ aux Gentils. La science des Écritures et des traditions hébraïques, qu'il a puisée aux pieds de Ganialiel, lui permettra de fonder l'alliance nouvelle sur les bases de l'ancienne. Par la sublimité de son talent, l'énergie de sa volonté, l'ardeur de son caractère, il est appelé à propager au loinrÉglisedu Christ, et & faire connaître toute la profondeur et la richesse de la doctrine évangélique, en l'exposant avec une merveilleuse clarté, en face des préjugés du judaïsme et des erreurs païennes. Afln d'arrêter les progrès -de l'Évangile, SanI se fit donner par le grand conseil ou sanhédrin des Jnifs, en l'année 35 ou 36, des lettres adressées aux présidents des synagogues, dans la Palestine et la Syrie, avec de pleins pouvoirs pour conduire, chargés de chaînes, à Jérusalem, les chrétiens dont il pourrait s'emparer. H se rendait à Damas, lorsque tout à coup, au milieu du chemin, il est investi par une lumière surnaturelle. Frappé d*ébk)uissèment, il tombe h la renverse et entend ces paroles : <( Saul, pour* « quoi me persécutez-vous f » Sur sa demande : « Qui êtes-vous, « Seigneur? » il reçoit pour réponse : « Je suis Jésus de Nazareth, < que vous persécutez. » En même temps Tordre lui est .donné de se rendre à Damas, où il apprendra ce qu'il doit faire. Pendant son séjour en cette ville, le disciple Ananias, averti par une vision céleste, vient le trouver, lai impose les mains, lui rend la vue qu'il a perdue sur le chemin de Damas, et le baptise. Saul , complètement changé, prêche aussitôt le nom do Jésus-Christ, dont il était jusque là le plus ardent persécuteur. Il parcourt l'Arabie Petite, soit pour prêcher les Juifs qui s'y trouvaient, soit pour se préparer dans la retmite à sa mission apostolique. Trois années après, de retour & Damas, il lui fallut fuir pendant la nuit, pour échapper aux embuches des Juifs qui voulaient le mettre à mort. Il fit alors son premier voyage à Jérusalem, pour voir Pierre, « pour le contempler, l'étu-. « dier, dit saint Chrysostome, comme plus grand, aussi bien que € plus ancien que lui ; » « pour le voir, dit Bossuet, afin qu'il de- « meurat établi à jamais que, quelque docte, quelque saint qu'on « soit, il faut voir Pierre. » Saul le persécuteur changea depuis son nom en celui de Paul l'Apotœ, pour exprimer, d'une manière sensi-
CUAPITHK II. il
ble, la transfonnatian intérieure que la grâce avait opérée en lui. Il prêchait couragensemrat TÉvangile dans les synagogues, niais les tentatives de meurtre des Hellénistes irrités contre lui Tayant bientôt forcé de partir» il se rendit directement à Tarse, sa ville natale.
3. Vers ce temps (33), l'Apôtre saint Jacques fut choisi par saint Pierre pour être élevé k la dignité d'évëque de Jérusalem. Sa verlu l'avait lait surnommer le Juste. On Tajipelait le frère du Seigneur, selon le génie de la langue hébraïque, parce que, fils d'Alphée et de Marie, sœur de la sainte Vierge, il était parent de Jésus-Christ. Laissant donc les disciples de Jérusalem sous la conduite de ce saint pasteur, Pierre commença à parcourir les villes de la Judée, pour visiter les Saints et les affermir dans la foi. Les miracles, nécessaires alors à la propagation de rÉvangile, accompagnaient sa parole. A Lydda, la même ville que Diospolis, il rend la santé à un paralytique, et tous les habitants de cette ville et des campagnes de Saron se convertissent au Seigneur. A Joppé, il ressuscite la veuve Tabitbe, et la rend ^ux saints dont elle était le modèle, aux pauvres dont cdie était la seconde providence. Cependant Theure était venue oii les portes de TÉglise, jusqu'alors ouvertes aux seuls Juifs, devaient aussi laisser librement entrer les païens. Pierre qui parcourait la Palestine, employant à constituer et à étendre les nouvelles églises le temps que lui laissait la fin de la persécution, fut préparé à ce grand événement par une vision dans laquelle il reçut Tavertissement de ne plus regarder comme souillé ce que Dieu lui-même avait déclaré pur. Dans le môme temps, une autre vision ordonnait à un homme craignant Dieu, au centurion Cornélius de Césarée, d*envoyer chercher le chef des Apôtres à Joppé, oii il venait de rappeler à la vie la veuve Tabithe. Pierre vint, et annonça l'Évangile au centurion et à ses amis, animés des mêmes sentiments. Pendant qu'il exposait la divine doctrine, son auditoire, uniquement composé de païens, reçut tout à coup le Saint-Esprit, et ceux qui étaient pré* sents se mirent à parler des langues qu'ils n'avaient pas apprises. Pierre n'hésita point alors à baptiser des hommes si évidemment appelés de Dieu. Ainsi l'Église recevait les prémices de la gentilité d^s son sein. Il est à remarquer que c'est à Pierre seul, parmi les
ii HISTOIRE Of:NfiRALE DR L*ÉliL(S£.
Apôtreft» que DiéU révèle d*abord le mystère de la féunion des Juifs et des Gentils dans un même bercail ; mystère le plus difficile à croire ftu commun des fidèles élevés dans les maximes du judaïsme, dans une séparation légale et absolue d*avec les nations. Le fait de la vocation des Gentils fut bientôt solennellement consacré par la fondation du siège apostolique d'Anlioche, que saint Pierre inaugura le premier, et où les fidèles furent aussi, pour la première fois, désignés sous le nom de chrétiens (ehristiani). La terminaison lattne de ce mot donne à conclure qu'il fut employé d*abord par les Romains demeurant à Antioche.
6. Une seconde persécution, mais dirigée cette fois spécialement contre les chefs deVÉghse naissante, fut suscitée par Hérode Agrippa, petlt-flls d'Hérode-le-6rand, à qui l'empereur Claude avait conféré en même temps la dignité royale et le gouvernement de la Judée. Voulant se montrer juif zélé, et désireux de plaire au peuple, Héfode Agrippa fit décapiter TApôtre saint Jacques, fils de Zébédée, et jeter Rerre en prison, sous la garde la plus sévère. Le chef de l^Égtise, pour la délivrance duquel les fidèles adressaient de ferventes prières au Seigneur, Ait mis en liberté la nuit par un ange. Il quitta Jérusalem sur-le-champ ; et la mort subite d* Agrippa, après laquelle ta Judée devint province romaine, mit fin à la persécution. Dans rintervalle, les Apôtres s'étaient séparés pour alfer prêcher l'Évan* gile dans les diverses contrées de Funivers. Avant de se quitter^ ils composèrent un abrégé substantiel de la doctrine chrétienne, auquel on donna le nom de symbole, terme emprunté à la discipline militaire des légions romaines, pai-ce que, semblable au mot d'ordre ou symbole, il servait h distinguer les fidèles des païens ou des hérétiques. Le symbole devait assurer l'unité de doctrine, de même que la primauté de saint Pierre maintenait l'unité de gouvernement. L'histoire de la plupart des Apôtres, après leur dispersion, est enveloppée de ténèbres presque impénétrables. Saint Luc désormais ne rapfiorte plus que les actes de saint Paul, et à l'exception de saint Pierre, de saint Jean et de saint Jacques, sur lesquels on possède quelques renseignements plus précis, on est réduit pour les autres à de courtes indications souvent fort incertaines. Saint Mathins alla prêcher révangile dans la Colçhide ; saint Jude dans la Mésopotamie; saint