CHAPITRE XIY
revinrent qu'après en avoir fait un monceau de cendres. — Carthage et la Numidie furent également le théâtre de persécutions sanglantes. On recherchait surtout, dans cette province, les livres des Écritures! Mensurius, alors évèque de Carthage, pour les sauver des mains des soldats, eut soin de les emporter hors de la basilique,et de n*y laisser que les écrits des hérétiques. Les émissaires du proconsul, en faisant leur perquisition, emportèrent et brûlèrent tous les livres, sans y regarder de plus près; mais Paul, évèque de Cirthe, actuellement Constantine dans FAlgérie, et douze autres évêques de cette province, livrèrent les Ecritures et les vases sacrés, pour éviter les tourments. On donna le nom de traditeurs à tous ceux qui montrèrent la même faiblesse. Nous verrons plus tard quelles conséquences désastreuses eut leur i&cheté.
8. L'Occident ne fut pas moins fécond en martyrs. L'Espagne, cette terre où la foi avait déjà jeté de si profondes racines, les compte par milliers. Le proconsul Dacien avait été chargé de faire exécuter les édits de persécution. Il se multiplia, pour suffire h tant de confesseurs, qui regardaient la mort comme un bien.Dix-huit,à Saragosse, donnèrentleur vie pour Jésus-Christ. Le plus célèbre d'entre eux est saint Vincent, qui eut la gloire d'être loué par saint Augustin et par le poète Prudence, archidiacre de Valère, évèque de Saragosse. Ce prélat, trop âgé pour dispenser lui-même la parole à son peuple, avait chargé Vincent de ce soin. Le jeune diacre, plein de zèle, d'érudition, et nourri de la méditation des saintes Écritures, s'appliqua avec fruit h ce saint ministère. Au passage de Dacien, sa réputation de sainteté et d'éloquence le désignait d'avance à la persécution. Il fut arrêté avec Valère, son évèque, que le proconsul, à cause de son âge avancé, se contenta d'envoyer en exil. Vincent fut mis à la question. A chaque torture, pendant que le chevalet disloquait ses os, ou que les ongles de fer déchiraient ses membres,le martyr se tournait,en riant, vers Dacien, et lui disait : «Personne ne m'a jamais traité plus ami- « calement que vous» ; ou bien il Reprochait aux bourreaux, couverts de sueur, de manquer de force et de courage. Deux fois ces ministres d'une cruauté surhumaine interrompirent les tortures pour reprendre uu peu de force, et laisser refroidir les plaies du martyr, afin de redoubler la souffrance en les ravivant. Dacien étincelait de rage. Il fit.
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relirer du chevalet ce corps dont on voyait à nu les entmlles» et le fit exposer, sur un lit de fer, à un brasier ardent. Les parties du corps, qui n'étaient pas tournées au feu, étaient brûlées avec des lames de lerrougies. On jetait, sur les plaies saignantes, du sel, dont le mordant, aidé par l'activité du feu, pénétrait profondément dans les chairs. Cette douleur, dont l'atrocité révolte l'imagination, ne changea rien & la constance du héros chrétien, et le proconsul le fit jeter dans un cachot, dont on avait semé le fond de morceaux de pots cassés. Les gardes, entr'ouvrant la porte de la prison , furent étonnés de voir le martyr se promener, en chantant les louanges de Dieu.Ce spectacle d'une foi invincible les convertit à la religion chrétienne. Dacien, par un raffinement de cruauté, voulant ôter à saint Vincent la gloire de mourir dans les tourments, le fit étendre sur un lit moelleux, où il comptait faire soigner ses blessures, pour le tourmenter ensuite de nouveau. Mais à peine lemartyr y fut-il déposé qu'il expira. Son corps fut jeté dans la campagne, pour y être dévoré par les bétes sauvages et les oiseaux de proie. Il y resta quinze jours intact; le gouverneur le fit alors coudre dans un sac, et précipiter à la mer. Les flots le ramenèrent au rivage, et les chrétiens lui donnèrent la sépulture, dans nneéglise voisine. — Une jeuneenfant de douze ans, nommée Eulalle, à Mérida, montra, dans un âge si tendre, le même courage que saint Vincent. Dacien, au tribunal de qui elle vint se présenter d'elle-même pour confesser sa foi, essaya d'abord de la gagner par des caresses. Il fit ensuite étaler sous ses yeux tous les instruments de torture, et lui présenta en même temps de l'encens pour l'offrir aux Dieux. Eulalie lui cracha au visage, renversa les idoles et jeta loin d'elle les offrandes. A l'instant deux bourreaux déchirèrent ses membres délicats avec des crocs de fer. Elle comptait les coups, en disant : « C'est « là une écriture qui grave sur mon corps la victoire de Jésus- « Christ. » On appliqua sur ses blessures saignantes des torches enflammées : le feu prit à ses cheveux dont elle se couvrait le sein, et le feu, en montant, l'étouflSa. — A Complutum, deux jeunes frères, Justtts, âgé de treize ans, et Pastor, de sept, rivalisèrent d'héroïsme avec sainte Eulalie. En apprenant l'arrivée de Dacien, ils quittent l'école, et vont déclarer au proconsul qu'ils sont chrétiens. Après les svoir fait fouetter jusqu'au sang, Dacien les remit au bourreau qui
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leur trancba la tête. — La Sicile et toute lltalie comptëreat des miUien de martyrs : à Catane, le diacre Euplius, aiTété pendant qu*il Usait rÉvangile au peuple, et conduit au supplice ; — à Syracuse^ rillustre vierge sainte Luce, Lucia, dont le nom a été inséré au canon de la messe ; elle mourut pour conserver l'honneur de sa virginité, que la protection de son Dieu gaiantit au sein d'un lieu infâme»où le magistrat l'avait fait jeter ; — en Toscane, Sabin, évêque d'Assise, souffrit le martyre, avec Marcel et Exupérance, diacres, et plusieurs deres. Vénustien, gouverneur de Toscane, que saint Sabin avait guéri d'une ophtalmie invétérée, embrassa la foi de sa victime. Il eut la tète tranchée, avec sa femme et ses enfants, qui s'étaient convertis à son exemple.
9. Tout porte à croire, d'après Tillemont, que saint MarcelUn reçut alors la couronne du martyre (24 octobre 304]. Il fut enterré dans le cimetière de Priscille, placé sur la Toie Salaria, près du pont Salaro. Nous avons dit que les Donatistes, quelques années plus tard, osèrent calomnier la mémoire du saint Pontife. Ils prétendirent que saint Marcellin, ne pouvant supporter la violence des tourments, avait renié sa foi. Le mensonge répandu à cet égard fut orné de toutes les circonstances qui pouvaient le faire regarder comme vraisemblable. On prétendit que le Pontife, reconnaissant sa bnte,s'étaitpiifeenlé en sQppliant,devant un concile de trois cents évéques, assemblés à Sinuesse. Là, il aurait confessé son erreur, et de* mandé,en plôurant,qu'on hii imposât la peine qu'il avaitencourue.Le concile aurait répondu : c Prononcez vous-même votre sentence; le « premier Siège ne doit être jugé que par lui-même. » Mais dafts cette supposition odieuse, tout est faux ; il est reconnu aujourd'hui que cette accusation est calomnieuse, et que le Pontife ne commit aucune faute. Saint Augustin, parlant de Pétilius, auteur de cette fable, dit : i II appelle Marcellin tmditeur, scélérat, sacrilège ; moî, < je le déclare innocent. Il n'est pas nécessaire que je me fatigue « à prouver son innocence, car lui -même, Pétilius, ne se hasarde « pas à prouver son accusation. » De nos jours, ce mensonge a été répété* : mais les savants travaux de Schelstrate, Roccaberti,
> Le Bréviaire romain (26 avril, Lectio v) admet la chute du pape saim
Pierre de Marca, Pierre Constant, Papebrock, Noël Alexandre, Pagî, Aguirre, Sangallo, Xavier de Marco, ont surabondamihent prouvé l'innocence de saint Marcellin, et Font vengé de toutes ces calomnies.
§ s. Vaeanee d« Siège de Rame* (34 octobre 904^19 mai 308.)
40. La violence de la persécution, qui tombait principalement sur les ministres de TÉglise, empêcha, durant près de quatre ans, les clercs romains de donner un successeur a saint Marceliin. Les bourreaux continuèrent, dans cet intervalle , k multiplier le nombre des martyrs. Sainte Agnès, vierge romaine, est une des phis célèbres. Elle avait à peine quinze ans ; sa beauté avait frappé le flls du préfet de Rome, qui voulait Tépouser. Mais la jeune chrétienne avait choisi Jésus-Christ pour époux. Jetée,par le préfet,dans un lieu de prostitution, elle y conserve mirac4ileusement sa virginité. Les flammes d*un bûcher qu'on allume pour la brûler, s*écartent autour d*elle, et la respectent. Enûn le glaive d*un soldat lui tranche la tête, et la réunit il son Dieu. Le nom d'Agnès fut placé dans les prières du canon de la messe. Vers le même temps, sainte Sotère, vierge, Texorciste Pierre, Arthème, geôlier de la prison, converti par les chrétiens captifs, sa femme Candide, sa fille Pauline, et le prêtre Marceliin, souffrirent également le martyre à Rome. Le reste de Tltaliene fut pas plus épargné. A Bologne, Agricola fut pris avec Vital, son esclave ;
Marceliin. Baronius nous avertit, à ce sujet, que l'Église romaine n'a pas l'intention de nous imposer,comme faits avérés.les faits historiques rapportés dans les légendes des saints. Il en est que la critique peut et doit conlester, quand elle s'appuie sur des autorités sérieuses, et des preuves péremptoires. Lambertini, depuis Pape sous le nom de Benoit XIV [De sertoTumDei Deatificatione, lib. iv, p. 2, c. 13,n* 8), se prononce dans le même sens, par rapport à la question qui nous occupe. Il assure que le fait cité par le Bréviaire romain, au sujet de la chute de saint Marceliin, est faux : 1* à cause du silence, sur ce point, gardé par tous les anciens écrivains de la vie des Pontifes ; 2* à cause des inutiles Impostures des Donatistes, qui ne purent jamais prouver la vérité de leur assertion; et il rappelle les paroles de saint Augustin, que nous avons citées nous-mème.
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l'esclave fol mis en croix, et exécuté le premier, pour épouvanter le matire. On les enterra tous deux dans le cimetière des Juifs, d*oii saint Ambroise les retira dans la suite. A Milan, Nazaire et Celse, Nabor et Félix, Gervais et Protais, dont saint Ambroise découvrit également les reliques. A Aquila, Cantius etCantianus, avec leur sœur Cantianilla, de la famille consulaire d*Anicius. — A Augusta, dans la Rhétie (Angsbourg), une courtisane, nommée Afra, convertie à la foi, donna le spectacle d*on courage héroïque; elle fut brûlée vive dans une île du Lech, par ordre du proconsul Gains. — En Pannonie, saint Irénée, évéque de Sirmium, et Victorinus, évêque de Petaw, donnèrent leur vie pour Jésus-Christ. —En Thrace, Philippe, évêque d'Héraclée, Sévère, prêtre, et Hermès, diacre, forent brûlés vifs. 4 1 . C*étaient les dernières étincelles de la persécution en Occident. Un grand événement, qui devait changer la face du monde, remit FEurope occidentale tout entière aux mains de Constance-Chlore. Ce prince équitable, vertueux, bienveillant envers les chrétiens, éteignit les bûchers qui ne cessaient, depuis deux ans, de les dévorer par milliers. Dioclétien était venu, au commencement de Tannée 304, triompher, à Rome, des Perses, des Égyptiens et des peuples de la Lybie. Les médailles frappées en son honneur, les arcs de triomphe élevés sur son passage, rappelaient, parmi ses autres titres de gloire, celui ù!empeTew victorieux de l'impiété chrétienne. On parodia, sur le théâtre, les mystères de cette religion, que Dioclétien se vantait d'avoir effacée de tout Tunivers. En présence de Tempereur, de toute la cour, de la populace ivre de joie, le comédien Genèsse fait revêtir d*habits blancs , comme un néophyte, et simule, avec des railleries sacriléges,toutes les cérémonies du baptême chrétien. Chacun des gestes de Thistrion était salué par les applaudissements frénétiques de la foule. Cependant Teau tomba sur le corps de Genè's, pendant qu'on prononçait les paroles sacrées. L'acteur se releva chrétien. Il s'avance au bord du théâtre. « Écoutez, dit-il, auguste empereur, « officiers, philosophes et peuple de Rome. Toutes les fois que le « nom de chrétien a frappé mes oreilles, il me causait une invincible c horreur. Je me suis exactement instruit des mystères de cette reli- € gion détestée, pour vous en donner le divertissement : mais quand < l'eau du baptême m'a touché , j'ai vu une main qui venait du ciel,
•c et des anges resplendissants aunlessus de moi. Ils ont lu dans un « livre tous les péchés que j*ai commis depuis mo& enfance, les ont « lavés dans Feau dont j*ai été baptisé, et m*ont ensuite présenté le « livre plus blanc que la neige. » On cfutd*abord que ces pai-oIes étaient dans le rôle, et les applaudissements de la foule redoublaient : mais le nouveau chrétien insista , et parvint à triompher de Tincrédulité qui accueillait Tacteur. Dioctétien outré le fit frapper à coups de bâton ; on étendit ensuite le martyr sur le chevalet : son corps fat dédiiré par les ongles de fer, et on approchait des torches enflammées de ses blessures. Enfin il eut la tête tranchée pour ce Dieu qui s'était révélé si tard à lui, mais qu'il avait si fidèlement confessé, dès rinstant où il Favait connu.
42. Le martyre de saint Genës fut le dernier qu'ordonna Dioclétien. Qudques jours après, il quittait Rome, où son luxe oriental avait prêté aux railleries des Quirites. Les Césars commençaient à trouver trop austères les moeurs des Romains dégénérés. La royauté fuyait cette antique capitale. Une affreuse maladie s'empara de cet empereur, qui avait prétendu mesurer sa puissance à celle du vrai Dieu. De retour à Nicomédie, l'esprit affaibli par tes souffrances, il rencontra Galérius, qui prit avec lui un ton de mattre, et lui parla de le faire massacrer par ses légions, s'il s'obstinait k garder l'empire. On vit donc, dans une plaine qu'inondait la foule des grands, du peuple et des soldats, le vieux tyran monter sur son tribunal, et déclarer, qu'ayant besoin de repos, il cédait le pouvoir à Galérius. En même temps, il indiqua un nouveau César : c'était Daïa ou Daza Maximin, ancien gardeur de troupeaux, fils de la sœur de Galérius. L'empereur jeta son manteau de pourpre sur les épaules de ce pâtre, et Dioclétieuy redevenu Dioclès, prit le chemin de Salone, sa patrie (305). — Maximien-Hercule se dépouilla aussi de rautorité souveraine,à Milan, en faveur de Constance-Chlore, et nomma César, Valérius Sévère, obscur favori de Galérius, le même jour que Dioclétien accomplissait son sacrifice à Nicomédie. Maximien ayant, * dans la suite, ressaisi la pourpre, fit inviter Diodétien à suivre son exempte. Diodétien répondit : c Je voudrais que vous vissiez les « beaux choux que j'ai plantés à Salone, vous ne me parieriez plus « de Tempire. > Stoiques paroles, démenties par d'amers regrets^