‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 94 sur 190 · CHAPITRE XIV. 28S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV. 28S

Touchée doin par la gitce, et résolue de changer de vie, Agiaé envoya son intendant en Orient, pour tui rapporter des reliques de martyrs. Boniface, en la quittant, lui dit par plaisanterie « qu'il la € priait de recevoir un jour ses propres reliques, si on les lui appor- « tait sous le nom de martyr. » Lorsqu'il fut arrivé h Tarse, il trouva la place publique remfdie de chrétiens, à qui Ton faisait souffrir les plus horribles supplices. Frappé de ce spectacle, il s'approcha des martyrs, et fut si vivonent touché de leur constance, qu'il s'écria: « Moi aussi, je suis chrétien. » Le gouverneur le fit prendre, et le joignit aux saints confesseurs. Son corps, racheté par les domestiques qu'il avait amenés avec lui, fut rapporté à Aglaé, qui plaça ces restes précieux dans un oratoire magnifique, qu'elle fit élever à cinquante stades de Rome. — A Césarée, en Palestine, Appien et Édcsius, frères par la naissance et par la foi, sont jetés à la mer. Agapius fut dévoré par les bétes de l'amphithéâtre. Théodosia, vierge, âgée de dix-huit ans, fut déchirée avec les ongles de fer, et noyée dans la Méditerranée. Le prêtre Pamphile, Valons, diacre, un grand nombre d'autres chrétiens eurent la tête tranchée, dans le même temps. Saint Pamphile avait écrit une apologie d'Origène ; Eusèbe de Césarée avait conçu tant d'estime pour lui, qu'il portait le surnom de Pamphile, par respect pour la mémoire de ce saint — En Syrie, sainte Domnine, et ses filles, Prosdoca et Bérénice, pour éviter les tourments et les outrages auxquels on exposait les personnes de leur sexe, se noyèrent elles mêmes dans une rivière. — A Amasée , le soldat Théodore confessa Jésus-Christ devant les juges, qui lui accordèrent un délai pour délibérer. Il en profita pour aller mettre le feu au temple de Cybèle. Repris et tourmenté longtemps sur le chevalet, il fut enfin brûlé vif. — En Egypte, plus de deux cent cinquante confesseurs furent envoyés aux mines, après qu'on leur eut crevé l'œil droit, et brûlé le nerf du pied gauche» afin que toute leur vie ne fût plus qu'un long martyre. — A Antioche sainte Pélagie, vierge, voyant sa maison entourée de persécuteurs, se précipita du haut du toit. Sa mère et ses sœurs, ayant appris qu'on les cherchait elles-mêmes, se jetèrent dans une rivière, en se tenant lea unes et les autres par la main, et s'y noyèrent.— En Palestine, trente-neuf confesseurs furent décapités, d'une seule exécution.

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Quatre autres, du JK>mbre desquels étaient Pèles et Nttvs, évêques égyptiens, furent consumés par le feu.

45. Ce long martyrologe, dont les détails sont autant de traits d'héroïsme et de foi, se déroulût pendant les quatre années 304, M5, 306, 307, de la vacance du Siège de Rome. Un instant de relftche dans la persécution donna Toccasion, en 345, à onze ou douze évéques de Numidie, deseréuniràCirtha, aujourd'hui Constantine, dans la province d*Alger. Ce conciliabule, formé d'évéques traditeurs, qui se reprochèrent d*abord mutuellement leurs crimes, etqui flnirent par un pacte commun d'alliance, élut pour évéque de Cirtha un autre traditeur, nommé Sylvain. Par une contradiction qui pourrait d'abord paraître étrange, si l'expérience n'apprenait que les hommes les plus indulgents pour eux-mêmes sont ordinairement les plus sévères pour les autres, ces mêmes évoques déposèrent, six ans plus tard, Cécilien, évêque de Carthage, comme ayant été ordonné pardes traditeurs. — Pendant que des ministres, indignes du Dieu de paixel de charité, offraient au monde ce scandale, saint Pierre, patriarche d*Alexandrie, donnait à son église des canons ou règles de conduite à l'égard des chrétiens faibles qui n'avaient pu résister à la violence de la persécution. Ce monument de Tantique discipline de l'église res* pire la mansuétude et la discrétion compatissante du bon pasteur. La plus longue durée des pénitences prescrites par saint Pierre d'Alexandrie est de trois ans. EUe regarde les maîtres qui avaient envoyé des esclaves chrétiens à leur place, se présenter aux tribunaux des juges, et y subir pour eux les tortures. Quant à ceux qui n'ont succombé que par faiblesse et pusillanimité, même sans avoir combatte, on pouvait les recevoir à. la communion après une année de péni« tonce. — Telte est la vertu des saints, pleine de cette miséricordieuse condescendance du FiU de l'homme, qui est tenu chercher, non pas les justes, mais les pécheurs,

S 3. Saint Hareel, Pape. (19 mai 308-16 janvier 310.)

46. Longtemps après que la persécution sanglante eut cessé k Rome, on y recherchait les clercs pour les emprisonner. Ce ne fM que le 4 9 mai 308 qu'ils purent se réunir pour faire cesser la vaeance.

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du saint Siège et le veuvage de r%Use« Ils élurent pape saint Marcel, l'un des prêtres que saint M arcellin avait le plus constamment auprès de sa personne. L'antiquité chrétienne loue sa fermeté à maintenir la vigueur de la discipline. Après les ravages de la persécution, un grand nombre de chrétiens, qui n'avaient pas eu le courage de confesser leur foi en présence des bourreaux, demandaient tumultueusement à rentrer dans le sein de TÉglise, sans passer par les épreuves salutaires de la pénitence canonique. Les recevoir ainsi n'aurait pas été de la Hiisérioorde, mais de la faiblesse. Saint Marcel le comprit; il sut v^ slster à leurs tentatives,aux dépens de son repos et de sa tranquillité personnelle. Cest l'éloge que le pape saint Damase fait de lui, sans nous donner d'autres détails sur les circonstances de la lutte qu'il eut à soutenir.

47. Cependant le nom, si cher à l'Église, de Constantin-le-6rand» commençait à surgir dans le monde. La Providence, qui veillait à sa destinée, la dégageait peu à peu des entraves qui semblaient devoir étouffer sa gloire naissante. Fils de Constance-Chlore et d'Hélène, fille d'un hdtelier de Rome, après la répudiation de sa mère, sans faveurs, sans protection aucune, il fut réduit à s'attacher à la cour de Dioclétien, et porta les armes en Egypte et en Perse. Sa valeur, son affabilité le rendirent bientôt populaire dans les camps. L'abdication de Dioclétien le rejeta sous la puissance de Galérius, qui, jaloux de son crédit auprès des soldats, voulut se défaire de lui, en l'excitant à se battre d'abord contre un Sarmate, ensuite contre un lion. Constantin, sorti heureusement de ces épreuves, se déroba par la fuite aux com« plots de Galérius. Afin de n'être pas poursuivi, il fit couper, de poste en poste, les jarrets des chevaux dont il s'était seni. Il rejoignit son ptoe k Boulogne, au moment où celui-ci, vainqueur de Carausius, s'embarquait pour la Grande-Bretagne. Constance mourut à York, quelques mois après (306). Leslégions,par un dernier essai de leur puissance, sans attendre l'élection du palais, proclamèrent Constantin empereur. Galérius, malgré son mauvais vouloir, est contraint de laisser la puissance à ce rival détesté. D'autres noécomptes lui étaient réservés. Sa tyrannie avait révolté les Romains, qui brisent le joug et donnent la pourpre à Maxence, fils de Maximien-Hercule. Le père sort de sa retraite, se joint h son fils, gagne à force de présents, l'armée

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que Galérius envoie contre eux sons la conduite de Sévère, son cdlègue à Tempire, et force ce général à s'ouvrir les veines (307). Galérius en personne accourt, avec ses légions, aux portes de Rome. Il la trouve fortifiée et défendue par Haximien et Haxence, qui avaient prévu son attaque. Deux légions Tabandonnent, et il s*enfuit honteu* sèment avec le reste, faisant ravager tout le pays sur son passage, fMHir ôter aux deux empereurs la possibilité de le poursuivre (308).

i 8. Pendant que TÉglise, agitée par Torage des persécutions, était calonmiée par les philosophes, elle trouvait parmi ses enfants d'habiles et ardents défenseurs. L'antiquité chrétienne nous a conservé le souvenir des savants et nombreux travaux de saint Héthodius, d*abord évoque d'Olympe, ville maritime de Lyde, puis évéque de Tyr. Saint Jérôme rappelle V orateur disert ; saint Épiphane, im glùrievbx athlète de la vérité; saint Grégoire de Nysse, umpudts d'érudition; André de Césarée, le grand Méthodius, 11 écrivait dans l'intervalle de la persécution de Dioclétien, d(mt il fut lui-même une illustre victime. Son principal ouvrage fut une réfutation des quinze livres d'impiétés, de calomnies, que le i^ilosophe Porphyre avait compilés contre la religion chrétienne. Il ne nous reste, de cette <jsuvre capitale de saint Héthodius, que des fragments cités par saint Jean Damascëne. Il y avait du courage à prendre en main une pareille cause, alors que les chrétiens, au ban de l'univers, ne trouvaient partout que des bourreaux et des supplices. Leserreurs d'Origène, ou du moins celles qui s'accréditaient sous ce nom en Orient, attirèrent aussi Tattention de saint Héthodius. Il écrivit pour les combattre plusieurs traités particuliers: ^m la Résurrection, sur l'épisode de la Pythonisse d'Endor que Samuel fit apparautre au roi Saul; sur lo Libre arbitre et sur les Créatures. Des commentairos sur la plupart des Uvres de l'Écriture complétaient le cycle de cette vie si utile et si préoccupée. Tous ces ouvrages, écrits en grec, ont été perdus pour nous.

49. La persécution qui fermait le monde aux dirétiens, leur avait ouvert la voie des solitudes. On vit à cette époque le désert se couvrir de fleurs, selon Texpression des Prophètes. Nous avons d^à vu saint Paul, premier ermite, en 250, lors delà persécution de Dèce, eatxer par ce chemin, oii des générations de solitaires devaient le suivre. Un

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