CHAPITRE xiv
autre patriarche de la vie anachorétique illustrdil en ce moment le désert» Cétait saint Antoine, né en Egypte, de parents nobles et riche». A Tingl ans, il entendit lire, dans une église, la parole de TÉvangUè : < Si VMS roulez être parfait, allez, vendez ce que vous avez, « donnez-en le prix aux pauvres et suivez-moi : vous aurez un trésor « âan« le ciel. 9 II prit le conseil évangélique à la lettre. Le lendedemaiii, àe possédant plus rien de Topulent héritage que lui avait laissé sa famille, il sortit de son pays , et se mit sous la conduite d*un saint vieillard, qui vivait depuis longues années dans la solitude. Le pfèâtnl des nattes de jonc, qu^il fabriquait de ses mains, suffisait à ta Mumture de ee jeuAe homme élevé dans le luxe et la mollesse. Il s'appliquait h étouffât dans son cœur tous les souvenirs du monde, et méditait coDSlaiûment les Écritures, qu*il réussit à savoir en entier dans sa méiËOire. Le démon lutta énergiquement pour étouffer dans cette âme héroïque le germe de vertus qui devaient se développer plus tard, avec tant d'éclat, pour l'honneur et l'avantage spirituel de l'Église. D'impurs fantômes, des réminiscences mondaines, sa noblesse, le désir de la gloire, les plaisirs de la vie, revenaient sans cesse à la pensée du jeune anachorète, qui s'enfonçait alors plus avant dans la solitude, redoublait de prières, de veilles, de jeûnes et d'austérités. Ces combats intérieurs, si connus sous le nom de Tentation de saint Antoine, se terminèttalït par une éclatante victoire sur l'esprit de léBèbres. Comme il rfisait, un jour, dans l'amertume de son cœur : « Od ôtes-vous. Seigneur, et pourquoi m'avez-vous abandonné? » — Une voix Ini répondit : « Je n'ai pas cesse d'élre à tes côtés; j'ai € voulu être spectateur de ton courage. Parce que tu as résisté, mon 4c secours ne te manquera jamais. » Antoine rendit grâces h son Hbérateur, et le lendemain il se fixait sur une montagne reculée de laThébaïde, au milieu de ruines abandonnées, pour vivre, loin du regard des hommes, des seules faveurs de son Dieu. Il y demeura vingt ans inconnu au monde. La réputation de sa sainteté lui amena alors une foule de disciples. On le vit alors (307) sortir de sa mystérieuse retraite, guérissant les malades sur son passage , consolant les affligés, apaisant les dissensions, réconciliant les inimitiés invétéré, visitant les monastères qui s'étaient peuplés sous sa conduite» les uns à l'orient du Nil, les autres à l'occident, près de la ville d'Arsinoé. I. 19
S90 HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGLISE.
Les solitaires recueillaient ses paroles comme des oracles. « Les mon- « tagoes de la Thébaïde étaient pleines de chrétiens qui passaient « les jours et les nuits à chanter les psaumes, à étudier, à jeûner, à « prier, à travailler pour faire Taumône, consenant entre eux Test prit de paix, d*union et de eharité. A la vue de ces pieux solitaires « dont la conversation était toute avec le ciel, on pouvait s'écrier de « nouveau : Qu'ils sont magnifiques vos tabernacles, ô Jacob! Que « vos tentes sont belles, ô Israël I Comme des vallons pleins de « fraîcheur et d*ombre, comme des îles délicieuses au milieu du « fleuve, comme des pavillons que le Seigneur a dressés lui- « même M » Ce sont les paroles pleines d*un saint enthousiasme qu'un tel spectacle arrachait, quelques années plus tard, à l'éloquent évéque d'Alexandrie, saint Athanase. Dieu préparait ainsi, dans les travaux d'une solitude féconde, des soldats de la vérité, prêts à des* cendre dans la lice, comme le fit plus tard saint Antoine, pour la défendre courageusement. Le temps n'était pas encore arrivé.
20. Saint Marcel donna son sang pour cette foi, que presque tous ses prédécesseurs avaient confcsséecomme lui dans les tourments. Il devait être le dernier pape du troisième siècle qui souffrit le martyre. Incarcéré par ordre de Maxence, qui lui ordonnait de renoncer au titre d'évéque et de sacrifier aux idoles, il fut condamné à servir parmi les esclaves qui prenaient soin des écuries impériales. Après neuf mois de ce supplice odieux, le saint Pape fut délivré, la nuit, par son clergé, et recueilli dans la maison hospitalière de Lucine, dame romaine, qui le cacha avec le plus grand soin. La maison de cette noble veuve fut dès lors convertie en une église où les fidèles venaient, en secret, recevoir les instructions du courageux pontife. Mais cette retraite fut découverte par la police du tyran. Maxence fit saisir saint Marcel et le condamna au dernier supplice. Constantin devait venger sur le tyran l'effusion de ce sang innocent Le corps du bienheureux martyr fut pieusement enseveli par Lucine, fidèle à la mort comme elle l'avait été & la vie. Il fut transféré depuis dans l'église de saint Marcel qu'il avait fondée. La fermeté de ce pontife à maintenir les règles de la pénitence canonique. Ta fait
S. ÂTHAN. Vita S, Anton.
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injustement accuser de rigorisme, par quelques écrivains ^ Cette conduite était conforme aux règles de l'Église et aux devoirs d'un pape chargé de le^ faire respecter par tous les catholiques.
$ 4. SaIbc Evsébe, Pape. (2 avril 310-26 septembre 310.)
24 . Le îavril 340 , saint Eusèbe, Grec de naissance, et qui avait exercé dans le siècle la profession de médecin, fut donné pour successeur à saint Marcel. Dans la courte durée de son pontificat, saint Eusèbe signala son zèle et sa vigilance pour le maintien de la foi dans toute sa pureté. Quelques hérétiques troublaient Téglise de Rome ; il est probable que leurs erreurs tombaient principalement sur des questions disciplinaires , autant qu'on en peut juger par une ancienne inscription de cette époque. Saint Eusèbe déploya la même fermeté que son prédécesseur pour assurer Fintégrité de la pénitence canonique à Tégard des lapsi. Maxence, dont le pouvoir s'était consolidé à Rome, en dépit des efforts de Gfilérius, ne persécutait pas les chrétiens, mais il prétendait, par un abus que nous verrons souvent se renouveler, dans la suite de l'histoire, intervenir dans leur gouvernement intérieur. Deux mois après^ l'élection de saint Eusèbe, Maxence l'exila en Sicile, pour le punir de la vigueur apostolique avec laquelle il maintenait des lois de discipline dont lui, Maxence, ne comprenait pas la nécessité. Le saint Pape y mourut, le 26 septembre de cette même année 34 0, après avoir gouverné l'Église environ cinq mois.
g s. VMMieeclvSlése de Rome. (26 septembre 310-2 juillet 311.)
22. Le commencement de Tannée 34 0 vit la punition d'un des persécuteurs de l'Église. Maximien-Hercule n'avait pas tardé à se brouiller avec Maxence, son fils, qui régnait à Rome. Il passa dans les Gaules, et trouva,près de Constarttin, époux de sa fille Pausta, une noble et généreuse hospitalité qu'il ne paya que par des crimes. Une première fois (308), pendant que Constantin, occupé avec quelques légions à réprimer, sur les bords du Rhin, les incursions des Francs, avait laissé son beau-père avec le reste de l'armée en Provence
< Fleobt. Histaire ecdés., tome II, p. 573.
Maximien avait réussi à séduire les principaux officiers et les gouiwneurs des vilLes, et s'était emparé du pouvoir. A cette nouvelle, Cobstantin accourt à marches forcées jusqu'à Arles qui ouvre ses portes. Il poursuit et prend l'usurpateur sous les murs mêmes de Marseille, et, pour toute vengeance, le dépouille de la pourpre, tout en le cardant dans son palais, près de sa personne. Llmpunité enhardit ce vieillard consommé dans le crime. Il fait promettre à Fausta de laisser ouverte la porte de l'appartement où dort Constantin : et, une nuit, trompant la vigilance des gardes, il s'approche du lit impérial çt perce, h, coups de poignards, un corps endormi : c'était celui d'un eunuque, que Constantin, instruitdu complot par la fldële Fausta, avait fait coucher dansson lit. Haximien pris surlefait, le poignard sanglant à la main, et se livrant h toute sa joie d'avoir assassiné son gendre, est forcé dç choisir lui-môme son genre de mort, et il s'étrangle de sçs propre^ mains, vengeant ainsi le sang de tant de martyrs qu'il avait pris un cruel plaisir à répandre (310) .
%3. Depuis huit ans, la persécution commencée par Dioclétien sévissait en Orient. De tous ceux qui y avaient pris part, et qui se glorifiaient d'avoir anéanti le nom chrétien >, il ne restait plus que Galérius debout. Son heure ne tarda pas à venir. Il se préparait, par des cruautés nouvelles, à célébrer la vingtième année de son règne, lorsque la main de Dieu s'appesantit sur lui. Un ulcère affreux s'étendit sur la partie inférieure de son corps, laissant continuellement échapper un sang noir et corrompu, des vers sans cesse renaissants, et une intolérable odeur. Le haut du buste devint d'une telle maigreur qu'il ressemblait à un squelette, sur les os duquel on aurait étendu une peau livide : cependant les jambes et les pieds étaient enflés au point d'avoir perdu leur forme. Dans les douleurs atroces que lui causait cette maladie incurable, Galérius passa d'un excès de cruauté
* « Dioclétien, César Auguste, après avoir adopté Galérius, en Orient, « avoir aboli partout la superstition du Christ, et étendu le culte des 5f Dieux. » Et cette autre inscription également trouvée en Espagne: « Dioclétien-Jupiter, Maximien-Hercule, Césars-Âugustes, après avoir « étendu Tempire romain en Orient et en Occident, et avoir aboli le nom « des chrétiens qui renversaient l'Étal. » {Inscrip, tiumwm. apud Gruter., p. 280.)
GHAPimE XIV. â93
à uM démenée inusitée. Il flt d'abord jeter aux bétes des amphithéâtres les premiers médecins qui avaîêAI essayé sur hii uft art inu* tttei C<mFime ces exécutions ne le guérissaient pas, il fit,sur le passé de^vie, desalutairesréflexions.LesouTei»ir des cbrétteiis dont il avait versé le sang h grandsflots troubla ses insomnies, et, lassédes remèdes humains, il voulut tenterd'apaiser lacolèrede ce Dieu qu'il avait tant outragé. La ville de Sardique, témoin de ses souffrances, le fut aussi de son tardif repentir : de cette ville data un édit qui rendait aux (^retiens le libre exercice de leur religion; tous les titres qu*U prend dans ee monument, qu'Eusèbe nous a conservé, ne font que mieux ressortir son impuissance à détruire une i*eIigion qui lui arrachait sur son lit de mort un témoignage de bîeriveiUance ^ Galérius ne survécut pas longtemps à cet acte de justice siq)râiie : il mouruft-
* Veici le texte de cet édit: «L'Empereur César, Galérias-Vaiérius- Maximien, invincible, auguste, souverain pontife, très-grand Germanique, trèsrgrand Égyptiaque, très-grand Sarmatique, très-grand Théba'ique, très-grand Persique, très-grand Carpique, très-grand Arméniâque. très-grand Médique, très-grand Âdiabënique, la vingtième année de sa puissance tribunitienne, la dix-neuvième année de son empire, consul ptnït la huitième fois, père de la patrie, proconsul, aux habitants de ses provinces, salut
« Parmi les soins continuels que nous prenons des intérêts publies, DMs avions cherché d'abord à faire revivre leks iiraiaTS des anciens Ro- OMâns, et à rappeler les chrétiens à la rellgien de nos ancêtres, qu'ils ont abandonnée. Subissant une influence nouvelle, ils avalent abandonné les maximes de leurs pères, et formaient des assemblées pour un culte nouveau. Par suite de nos ordonnances, un grand nombre d'entre eux a péri par divers supplices. Cependant, comme nous voyons ce qu'if en reste persévérer dans leurs sentiments et refuser de servir les Dieux, quoiqu'ils n'aient pas la liberté d'adorer le Dieu des chrétiens ; ne consultant ^ue notre clémence eUeUe bonté naturelle qtn nous a toujours fuit in"dmerdu côté de l'indulgence, nous avons cru devoir étendre jusqu'à
E noire paternelle miséricorde. Us pourront donc professer librement religion, et rétablir les lieux de leurs assemblées, en se soumettant aux lois de l'empire. Nous ferons savoir aux magistrats, par un autre déeiet, la conduite qu'ils auront à tenir. En vertu de cette grâce que nous leur accordons, les chrétiens seront tenus de prier leur Dieu pour notre
394 HISTOIRE GiNÉRALE DE L*ÉGLISE.
comme AntiochQS, après avmr vécu comme lui. Avaot d*expirer, il recommanda Valéria sa femme et Candidien son fils h Licinius, qu'il avaitiiait, de rien, César. Licinius se hâta de mettre à mort Valéria et Candidien, aussitôt que Galériuseut les yeux fermés, pour acquitter sa dette de reconnaissance. La justice divine se servait des fureurs de ces monstres couronnés, pour étendre, sur toute la race des persécuteurs, le châtiment des vieux crimes des pères. La mort de Galérius laissait Tempire partagé légitimement entre Constantin, Licinius eC Maximin, qui, se reconnaissant tous trois pour augustes, mais se disputant entre eux la prééminence, régnaient, le premier dans les Gaules, TEspagne et la Grande-Bretagne, le second en Illyrie, le troisième dans TAsie, TOrient et TÉgypte. Le centre de Fempire, c*est-à-dire Fltalie et TAfrique, était au pouvoir de Haxence, qui» n*ayant jamais été proclamé empereur d*une manière régulière, ni par Dioctétien, ni par Galérius, était regardé comme un usurpateur, en latin tyranmis,
24. La nouvelle de Tédit de Galérius produisit dans tout TOrient, en faveur des chrétiens, ce que les Juifs avaient éprouvé à la fin de la captivité de Babylone. Tous les confesseurs détenus dans les cachots furent délivrés : ceux qui travaillaient enchaînés au fond des mines furent rendus à la lumière et à la liberté. On voyait, dans toutes les villes, les chrétiens célébrer leurs assemblées, faire leurs collectes ordinaires pour secourir les pauvres, les veuves et les orphelins. La charité reparaissait dans le monde, en même temps que la religion de Jésus-Christ. Les païens, qui avaient cru assister aux funérailles du christis^nisme, surpris d*une révolution si inopinée, proclamaient tout haut que le Dieu des chrétiens, vainqueur des Césars, était le seul grand, le seul véritable. Les confesseurs, délivrés de leurs chaînes, retournaientdans leur patrie,et traversaientles villesau milieu des acclamations et des chants de triomphe. On les voyait, par troupes nombreuses, sur les grands chemins et les places publiques, chantant des psaumes et des cantiques. Les populations même païennes s'associaient à leur joie, et c'était une fôte publique pour Fempire que laréappa-
sanlé, pour le salut de la république, afin que Fempire prospère de toulai^ parts, et qu'ils puissant eux-mêmes vivre en sécurité et en paix. »