CHAPITRE XIY
Capitule. Haxence interrogeait les livres sibyllins, sacrifiait les lions, faisait éyentrer des femmes grosses, pour fouiller dans le sein des enfants arrachés aux entrailles materndles : on supposait que des cœurs qui n'avaient pas encore palpité ne pouvaient receler aucune imposture. Constantin arrivait par l'impulsion de la Divinité et la grandeur de son génie. Ce sont les paroles qu*on grava sur son arc de triomphe : InstinctuDivinitatis, mentis magnitudine. Les anciens dieux du Janicule avaient, rangées autour de leurs autels, les. légions qai avaient, en leur nom, conquis Tunivers : en face de ces soldats étaient ceux du Christ. Le Labarum domina les aigles^ et la terre de Saturne vit régner celui qui prêcha sur la montagne : le temps et le genre humain avaient fait un pas ^» — Ce fut le 28 octobre 342 que se donnait cette bataille d*Actium du christianisme. Maxence infidèle, cette fois, au vœu qu'il avait fait de ne pas combattre hors de Rome, franchit le Tibre, en y jetant derrière lui un pont de bois, coupé en deux parties mobiles. Son plan était d'attirer Constantin sur le pont ; d'en séparer alors les deux coté$,et de noyer ainsi son ennemi dans le fleuve. Il rangea son armée en bataille, en l'adossant au Tibre, fautestratégiqueet imprudence énorme, puisque ses soldats, pour peu qu'ils fussent obligés de reculer, étaient infailliblement précipités dans le fleuve. Constantin, en général habile, déploya avantageusement son armée dans la plaine, et suppléa, par la science de ses combinaisons, au nombre qui lui manquait. Les troupes de Maxence furent rompues au premier choc. Les plus vaillants se firent tuer à leur poste; les autres, éperdus, aveuglés, se jetèrent dans le Tibre et y furent pour la plupart engloutis. Maxence fugitif revint & la hâte vers le pont qu'il avait fait construire. La multitude qui s'y pressait, en même temps quehii, fit écrouler ce pont, élevé dans un autre espoir. Maxence, tombé dans le fleuve, s'y noya , et périt ainsi de la mort qu'il préparait à son rival . Le Dieu de& chrétiens avait tenu parole à Constantin, et le Labarum était victorieux.
Le lendemain Constantin fit son entrée triomphante dans Rome,
* M. de Cbathacbmiarb. Étuda hiUori^Uêi. — Ed. Charpentier,
OÙ la joie de tous les ordres égalait la sienne. La teneur du &on de Maxence était si grande, que d'abord on n*«iQût pas toohl jouter foi à la nouvelle de sa mort, dans la oralnlt d'one radoutaUe vengeance, si le bruit était faux et Tenait à m dénratir. Maia le corps du tyran, qui était resté enfoncé dans la viser «fBsùÊ, été HrMiré et reconnu, fut porté dans la ville, comne la preavB et le gi^ et la délivrance des Romains. Les transports d'allégresse éclatèrent alors librement, et la foule avide se pressait, pour contempler le visage dit vainqueur tout rayonnant de gloire. « Jamais^ dit l'orateinr Nasa- « rius, aucun jour, depuis la fondation de Rome» ne hii a été plu» « heureux que celui-ci: aucun des triomphes que l'antiquité neos « vante ne saurait entrer en comparaison avec letiiomphe de Gon* « stantin. On n'a point vu marcher, devant to cbair du vaiiHiueir,des « généraux ennemis chargés de chaînes^ mais toute te. noUesae re** « maine délivrée de celles que les exactions- du l|taik' lui «vident « fait porter. On n'a point jeté des barbares au fond dee cachots, « mais on en a tiré les consulaires que Tavaiice et la cruauté de « Maxence y retenaient. Ce ne sont point les ctfÊib étrangers qui « ont fait la décoration de cette fête ; mais Rome elle^-mdme remise « en liberté. Elle n'a rien conquis sur l'ennemi ; maie elle s%8t re* « cou vrée elle-même : elle ne s'est point eonchie d'un bulîn nou- « veau, mais elle a cessé d'être elle-même b proie d'un tyran: et^ € ce qui est le comble de la gloire, en échange étH servilu4e^ die a « repris les droits à l'empire A la place des prisonniers dte ffaerm, « que le vainqueur avait dédaigné de placer dans celle pompe,, cha- € cun substituait, dans son esprit, une autre sorte de captif»; en « croyait voir enchaînés les monstres les plus terribles au genns hu- « main ; l'impiété domptée, la perfidie vwncne, l'audace enchaînée, « la tyrannie, la fureur, la cruauté, rorgwd et rarvegaace» la li- « cence et la débauche, ennemis furieux doBt nous- ariens fessenti « les excès, et qui frémissaient de rage de se voir dans riflq)iMS8aiioe € de nous nuire*. »
* Traduction deCrevier. Histoire des Empereurs, UXll. Voici le texte de cet éloquent passage: « Nullus post urbem oonditam dies Romaao IIluxit imperio, cujus tam effusa, tamque Inslgnis gratulatio aut fiierit, aut
GHAPITRSXIV. 304
L*épée du vainqueur ne sortit point du fourreau, le combat fini : le seul acte sévère du héros chrétien fut un acte de rigottreuae justice, et même temps que de politique habile ; il easea la inilioo pi^rieAm»4iu depuis deux siècles tenait en échec rcflppmiMr et remiwre» et mettait la pourpre à Tencan. Quelques noia apx^, une autrse victoire, remportée près d*HéracUe, ptf Liâftia^, ^ûlaU h Maximin Daïa l'empire et la vie ^
I debuerlt Nttlli tiun toti triumi^, quos annaliumvetustas Tconsecrates in litterfa habei. Non «gebantur quid^ ante currum vincti duces^ std iaœnd^t aoluta oobiUtas. Mon conjecti in carcerem Barbari, sed dediicti e careere coiMulares. Non captivi alienigenai introitu millium honestavemnt, sed Romajam libéra. Nihil ex hostiis accepit, sed seipsam recuperavit« nec praedâ auclior facta est, sed esse praeda desivii, et (quo nihil adjici ad glori^ maçniludinem polest) imperium recepit quae servitium su3tinebal, Duci sane omnibus videbantur subacta vitiorum agmina, quae urbem graviter obsederant. Scelus domitum, victa perfidia, diffldens sibi audaeia, et importunitas catenata, eteruenta cnidelitas inanî tenrore f^ndebal. Superbia atque arrogantia debellatœ, luxuries coereita, et libido eonstrieu nexu ferreo tenebantur. » (Nazab. Paneg. Con- 9temtin. AuqusU)
• « Maxûnifi n'avait vu qu'avec peine la victoire de Constantin et son « alliance aveoLîcinios. Il réunit donc en Syrie une armée de soixante « « dix mille hommes, et s'avança à grandes journées pour les combattre, c Licinius, qui lui était opposé, avait à peine vingtmille hommes. Quelques « jours avant la bataille, un ange lui apparut pendant la nuit, l'avertit de « se lever promptement et de prier le Dieu souverain avec toute son armée, « lui promenant la victoire s'il le faisait Licinius ayant fait appeler son c secrétah-e, le lendemain dès le matin, lui fit écrire une prière dont Fange « lui avait suggéré les paroles, et fil distribuer cet écrit à toute son ar- « mée. Le jour de la bataille, ses soldats, ayant récité trois fois cette « prière, se jetèrent avec confiance sur les troupes de Maximin, quoique c bien sopMeures ^ nomlnre, et en firent un grand carnage. Maximin, « léduit k prendbre la fuite avec le reste de ses troupes, s'empoisonna à « Tarse, après s'ôU'e chargé Testomac de vin et de viandes. Il mourut « quelques jours «près dans des douleurs excessives, tetle mort rendit « la liberté à toute l'Église. » {JLbrégi chronologique de l'Histoire ecclésiastique, 1. 1, p. 129.)
302 HISTOIRE GÉNÉRALE DE L*£gLI8E.
Avec lui disparaissait le dernier persécuteur de la rcUgien chrétienne.
29. Constantin signala son avènement au souverain pouvoir, dans Rome, par un édit en faveur des chrétiens. Il leur accordait la liberté de bâtir des églises nouvelles, et de rentrer en possession de celles que la persécution leur avait enlevées. Ce décret, daté de Milan, fut envoyé à tous les consuls et gouverneurs de Provinces. Pour la premère fois, depuis trois siècles, un empereur osait proclamer hautement sa sympathie pour la foi de Jésus-Christ, et, pour la première fois, cet acte était accueilli par un assentiment unanime. Constantin reportait aux ministres de la religion chrétienne les privilèges dont jouissaient les prêtres païens. Les clercs devaient être exempts de tous les impôts, services et charges publiques. Les pontifes devenaient des hommes considérables, investis de la confiance du souverain. C'est ainsi que se terminait définitivement le combat de trois siècles, entre l'Église de Jésus-Christ et Rome idolâtre. Pendant trois siècles, Rome idol&tre persécute TÉglise par ses empereurs et pour ses idoles ; pendant trois siècles, l'Église souffre et meurt dans ses martyrs. A la fin de ces trois siècles, Rome idolâtre voit périr à la fois idoles et persécuteurs ; tandis que l'Église, leur sur\1vant à tous, voit un jeune héros arborer sur ses drapeaux le signe, jusque-là ignominleux,du Christ, la croix qui sera désormais le glorieux étendard de l'humanité régénérée (313).
30. A peine le successeur des Césars fut-il entré en vainqueur dans Rome, qu'il y fit chercher le représentant d'une royauté spirituelle, dont la pourpre avait été, jusque-là, le sang des martyrs. Il y eut dès lors deux souverainetés reconnues et proclamées dans le monde : celle du pape et celle de l'empereur; l'une sans autre force que la promesse divine, sans appui que sa faiblesse, sans autres armes que sa foi ; l'autre, dominatrice extérieure par le glaive, la lé« gislation, la richesse, la puissance, mais soumise à Tautorité des pontifes, dans les choses qui intéressent le domaine de la foi. Constantin, et c'est ^ grande gloire, comprit et exécuta à merveille ce rôle de l'empereur chrétien, qui fut désigné sous le nom A'éviquê du dehors. Les Donatistes, à la nouvelle de son avènement à l'empire» lui présentèrent une requête pour s'appuyer de son autorité.