‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 99 sur 190 · CHAPITRE XIY. 30S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIY. 30S

« Nous avons recours à vous, très-excellent empereur, disai^t-ils, « vous qui êtes sorti d*une race juste ; vous dont le père, seul entre « les empereurs, n*a point ordonné de persécution contre les chré- « tiens. Nous vous supplions qu*il vous plaise nous donner pour « juges, des évéques de Gaule, puisque les Gaules, exemptes de la « proscription, n*ont point eu comme nous le malheur de ccmnaî- « tre des traditeurs. Faites donc juger, par des évéques de Gaule, € les différends qui viennent de s*élever dans TÉglise d'Afrique. « Donné par Lucien, Narsutius, Dignus, Capito, Fidentius et les € autres évéques du parti de Majorin. » — La réponse de Constantin à cette indigne supplication devrait être écrite en lettres d'or: c Quoi, s*ériait-il, vous me demandez des juges, vous évéques, à « moi qui suis dans le siècle, et qui attends moi-même lejugement « de Jésus-Christ ! » Il renvoya tous les mémoires et toutes les pièces de cette affaire au pape saint Helchiade, sous la présidence duquel s'ouvrit, le 2 octobre 34 3, dans le palais même de rimpéralrice Fausta, nommé palais de Latran, un concile composé de 49 évéques d'Italie et des Gaules. Donat se présenta comme accusateur de Cecilien, légitime évêque de Carthage. Convaincu d'avoir rebaptisé les hérétiques et ordonné lui-même pour évéques des traditeurs, il se retira du concile. On y examina ensuite en détail les actes du conciliabule des évéques de Numidie, qui, en 344, avaient condamné Céciiien. On les trouva entachés d'irrégularité, de violence et d'esprit de parti. Chacun des chefs d'accusation articulés contre Cécilien fut ensuite discuté et pesé attentivement. Aucun ne supportait un examen sérieux : ce n'était qu'un tissu d'inventions mensongères et de calomnies. La question ainsi élucidée, saint Melchiade, de l'avis unanime des évéques du concile, proclama l'innocence de Cécilien et la légitimité de son ordination. Mais, par cet esprit de haute prudence, qui distingue toutes les mesures émanées du saint Siège, le pape lie séparait de sa communion ni les évéques qui avaient œn* damné Cécilien, ni ceux qui avaient été envoyés à Rome pour l'accuser. Il offrit même, ^ute saint Augustin, de recevoir dans sa communion ceux qui avaient étéordonnés par Majorin, l'évéque donatiste de Carthage ; en sorte que, dans tous les lieux où se trouve* raient deux évéques, ^ la suite du schisme, celui qui aurait l'an-»

eienneté d'ordination serait maintenu, et qu^on donnerait le premier »iége vacante l'autre. Donat, de Casis-Nigris, fut seul excepté de cette mesure de miséricorde. On le condamna comme auteur de tout le trouble. Il repartît pour Carthage, plus animé que jamais et prêta fomenter de nouvelles discordes.

31. Le pape saint Melchiade n'en vit pas la fin. Il mourut trois Biois après, le 4 0 janvier 314. Sa modération, sa prudence et sa charité lui valurent les éloges de saint Augustin, qui s'écrie, en parlant du saint Pontife : « 0 homme excellent I 6 vrai flls de la paix 1 6 vrai père du peuple chrétien ! » Il fut enterré dans le cimetière deCallixte, et ensuite transporté dans l'église de saint Sylvestre m capite^ par saint Paul P'. Constantin, en donnant au pape saint Melchiade le palais de Latran, avait ajouté à cette munificence impériale une rente annuelle, suffisante à maintenir la dignité du chef de l'Église. Ainsi les pontifes romains se trouvaient dans un état d'indépendance qui leur permettait d'exercer leur ministère, avec une liberté toute ap(»slolique, pour le bien général de la société. La reconnaissance et h confiance des peuples les investirent peu à peu d'une souveraineté qui entra dans les mœurs, et fut consacrée par le temps. Charlemagne complétera plus tard cette noble pensée de Constantin : et le Saint-Siège, pouvoir spirituel et pacifique, placé au milieu des gouvernements civils, respecté par tous, et indépendant de tous, deviendra comme le modérateur suprême et l'arbitre delà chrétienté.

38. La première époque de l'histoire de l'Église se termine avec saint Hekhiade. La conversion des Césars allait changer la face du monde. < Quand, après trois siècles de tortures, dit le R. P. deLa- « cordaire, du haut du Monte Mario, Constantin vit dans l'air lela- « barum^ c'était Je sang des chrétiens qui avait germé dans l'om- € bre, qui étaîtmonté comme une rosée jusqu'au ciel, et qui s'y dé- « ployait sous la forme de la croix triomphante. Notre liberté publi- « que était le fruit d'une liberté morale sans exemple. Notre entrée ■m B.uFàrufnàe$ princes était le fruit d'un empire que nous avions « exeroé sur nous-mêmes jusqu'à la mort. On pouvait régner, après -< un pareil apprentissage du commandement. On pouvait couvrir -« la doctrine de pourpre, après tout le sang qu'elle avait porté. Ceré- -« gnene fut pas long d'ailleurs, à supposer qu'on puisse appeler de

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« ce nom le temps qui s*écoula entre Constantin et les barbares, « temps si plein de combats, où la doctrine catholique ne quitta ja- € mais un seul jour la plume et la parole >. »

* Conférence de Notre-Dame de Paris (30 novembre 1845], par le R. P. H. de Lacordaire.

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