‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 108 sur 192 · CHAPITRE PREBflER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREBflER

» pour réviler. » C'était une réponse sage, humaine et digne d'être adressée à un roi. Charles I" la comprit, mais sa faiblesse l'empêcha de recueillir le firuit de l'habile politique de son ministre, n eut la malheureuse pensée de convoquer une assemblée nationale, qui prit le nom de Long Parlement^ et qui ouvrit pour TÂngleterre la plus affreuse des révolutions.

7. Parmi les ambitieux de tout rang que réunit cette assemblée fameuse, on remarqua bientôt Olivier Cromwell, envoyé au Parlement par les puritains d'Ecosse. Nous empruntons à Bossuet le portrait de ce personnage fameux. « Un homme s'est rencontré, » d'une profondeiu* d'esprit incroyable, hypocrite raffiné autant 9 qu'habile politique, capable de tout entreprendre et de tout » cacher, également actif et infatigable dans la paix et dans la )> guerre, qui ne laissait rien à la fortune de ce qu'il pouvait lui » ôter par conseil et par prévoyance, mais au reste si vigilant et » si prêt à tout, qu'il n'a jamais manqué les occasions qu'elle lui )) a présentées ; enfin, un de ces esprits remuants et audacieux » qui semblent être nés pour changer le monde. Que le sort de 9 tels esprits est hasardeux, et qu'il en parait dans l'histoire à qui n leur audace a été funeste ! Mais aussi que ne font-ils pas quand » il plait à bien de s'en servir? Il fut donné à celui-ci de tromper p les peuples et de prévaloir contre les rois. Car, comme il eut D aperçu que dans ce mélange infini de sectes qui n'avaient plus » de règles certaines, le plaisir de dogmatiser, sans être repris ni » contraint par aucune autorité ecclésiastique ni séculière, était » le charme qui possédait les esprits, il sut si bien les concilier » par là, qu'il fit un coi^ps redoutable de cet assemblage mon&- » trueux. Quand une fois on a trouvé le moyen de prendre la » multitude par l'appât de la liberté, elle suit en aveugle, pourvu }> qu'elle en entende seulement le nom. Ceux-ci, occupés du pre- )> mier objet qui les avaient transportés, allaient toujours, sans » regarder qu'ils allaient à la servitude ; et leur subtil conducteur, » qui en combattant, en dogmatisant, en mêlant mille person- D nages divers, en faisant le docteur et le prophète, aussi bien » que le soldat et le capitaine, vit qu'il avait tellement enchanté » le monde, qu'il était regardé de toute l'armée comme un chef ^ envoyé de Dieu pour la protection de l'indépendance, commença

)) à s'apercevoir qu'il pouvait encore les pousser plus loin. Je ne )) vous raconterai pas la suite trop infortunée de ses entreprises, D ni ses fameuses victoires, dont la vertu était indignée, ni cette » longue tranquillité qui a étonné l'univers. C'était le conseil de r> Dieu d'instruire les rois à ne point quitter son Eglise. Il voulait » découvrir par un grand exemple tout ce que peut l'hérésie; r> combien elle est naturellement indocile et indépendante, corny> bien fatale à la royauté et à toute autorité légitime. Au reste, y> quand ce grand Dieu a choisi quelqu'un pour être l'instrument » de ses desseins, rien n'en arrête le cours * ou il enchaîne, ou il r> aveugle, ou il dompte tout ce qui est capable de résistance, i»

8. Cromwell fut bientôt maître d'un parlement qui ne voulait plus de maître. Forcé de combattre des sujets rebelles, Charles P', vaincu,, se retira en Ecosse. On y déclara « qu'un prince ennemi » du Covenant ne pouvait pas être admis dans le royaume des )> saints. » Les saints d'Ecosse vendirent leur roi aux saints d'Angleterre, pour huit mille livres sterling. Une captivité outrageante devint le partage du plus vertueux des princes. Innocent X. voulut en vain faire entendre sa voix ; l'Angleterre était depuis longtemps habituée à la méconnaître. Les rois avaient donné les premiers l'exemple du mépris pour le Saint-Siège; le peuple, à son tour, refusait d'écouter le Saint-Siège quand il prenait la défense des rois. Les Indépendants et les Agitateurs de Londres, excités par les déclamations de Cromwell, demandaient la tête de Charles P'. L'héroïque Henriette de France, reine d'Angleterre, digne petite-fille de Henri IV, déploya, pour sauver son époux^ un courage à toute épreuve. Ses efforts furent inutiles. Le 20 jan* vier 1649, Charles fut amené au milieu d'une prétendue cour de justice. Le monarque s'avança d'un pas ferme ; son firont rayonnait de la double majesté du rang et des vertus. Sans daigner se découvrir en face de ce ramas de meurtriers, il alla tranquillement s'asseoir dans le fauteuil qui lui était préparé, promena en silence un regard imposant sur tous ces visages sillonnés par le crime, et attendit que l'œuvre d'iniquité commençât. Il ne put se défendre d'un sourire amer en s'entendant qualifier de tyran^ de traître, d'assassin. Interpellé par ceux qui osaient se constituer ses jugeS; il éleva la voix et dit : a Quant à moi, Dieu m'a confié un

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1» dépôt ; Dieu, par une antique et longue succession, m'a transit mis un mandat ; je ne les violerai, ]e ne les trahirai jamais. Ce » serait déjà y porter atteinte que de répondre à la nouvelle et iUé- » gitime autorité qui m'interroge. Répondez-moi vous-mêmes sur » votre titre, et alors je vous en dirai davantage. » On lui montra sur le bureau la hache fatale qui menaçait sa vie. Il la toucha dédaigneusement : «c Elle ne me fait pas peur, » dit-il. Trois fois Charles fut ramené à ce tribunal de meurtriers. Cependant, quatre lords qui avaient été ministres de l'infortuné monarque, Richemoad, Hertforth, Lindsay, Southampton, noms faits pour être transmis honorablement à la postérité, se présentèrent devant ce qu'on appelait alors les Communes. Ils déclarèrent que^ d'après la constitution anglaise, le roi étant irresponsable, ils reconnais saient avoir conseillé à Charles toutes les mesures qu'on lui re^ prochait; et qu'ils venaient, pour sauver cette tête sacrée, offrir les leurs au bourreau. Noble protestation, à laquelle se fut certainement associé le comte de Strafford ! Mais les puritains du Parlement l'avaient déjà immolé à leur vengeance, et, pour comble d'infamie, ils avaient contraint le roi à ratifier l'injuste arrêt porté contre un serviteur fidèle. Le dévouement des exministres ne toucha point des sujets rebelles. Yoix de la religion, cri de la nature , intérêts de la politique, vœux du peuple fidèle, tout fut repoussé. Il ne restait plus à Charles qu'à mourir. Il bénit ses deux enfants qu'on lui amena dans sa prison , remit à sa fille, celle qui fut depuis la duchesse d'Orléans, deux diamants pour sa mère, conuue gage de suprême tendresse; et, séparé désormais de toute la nature, ne chercha plus que dans les grandes pensées du ciel un refuge contre des douleurs sans bornes et une infortune inouïe. Malheureusement les consolations de la foi véritable lui manquèrent; engagé dans les liens du schisme anglican, les paroles que l'évêque protestant Juxon lui adressa furent fix>ides comme sa croyance et son culte. Le 30 janvier 1649, jour de honte et de deuil pour l'Angleterre, sur un échafaud dressé contre les murs du palais de White-Hall, au niveau des croisées de son appartement, la hache du bourreau fit tomber la tête de Charles I^. L'exécuteur saisit cette tête toute ruisselante de sang et la montra IV. 19

au peuple en criant : « C'est la tête d'un traître 1 » Le crime était consommé.

La royauté, martyre en Angleterre, était proscrite à Paris. Le 6 janvier 1649, la reine régente et le cardinal Mazarin avsdent pris la fuite, emmenant avec eux le jeune Louis XIY, pour le soustraire aux fmreurs de la Fronde. L'histoire de ces années d'agitations et de troubles n'appartient pas aux annales de l'Eglise. D'ailleurs, du sein de cet orage, devait plus tard surgir la splendeur triomphante du grand roi.

; 9. Cependant la lutte des Jansénistes avait repris une ardeur nouvelle. Les cinq propositions extraites de VAugtistinus par le docteur Cornet, furent déférées à l'examen du Saint-Siège. Quatrevingt-huit évêques firançais signèrent une lettre commune pour supplier Innocent X de faire cesser les querelles par un jugement définitif. D'un autre côté , onze évêques sollicitaient le Pontife de ne point prononcer et envoyaient à Rome quatre docteurs pour y plaider la cause de VAuffi^tinus. Innocent X nomma une commission qui s'occupa, pendant deux ans, du livre de Jansénius et des cinq propositions qu'en avait extraites le docteur Cornet. Le 31 mai 1653 , la bulle Cum occasione condamnait enfin les cinq propositions. Cette bulle fut reçue en France et dans les Pays-Bas par les catholiques. Mais les partisans de l'évêque d'Ypres, pour échapper à ses conséquences, eurent recours à un subterfuge. Ds protestèrent que, quant à la doctrine, ils se soumettaient à la décision du souverain Pontife ; mais ils se plaignirent, en même temps, que Ton eût donné à entendre que les propositions condamnées fussent réellement contenues dans VAugustinus. Telle est l'origine de la question de fait, qui devint depuis la principale ; car les fauteurs du jansénisme prétendirent que l'EgUse n'était point infaillible quand il s'agissait de déterminer si telle proposition était réellement contenue dans un livre , et si le sens qu'eDe présentait était celui de l'auteur. À ce nouveau point de vue , la bulle d'Innocent X ne devait être accueillie, disaient les sectaires « que par un silence respectueux. » Cet échappatoire n'était qu'un moyen ingénieux de déguiser une mauvaise foi impardonnable. Une assemblée d'évêques , tenue à Paris le 26 mars 1654 , déclara que la bulle Cum occasione avait condamné les cinq pro-

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