CHAPITRE PREBnER
de l'apostasie. Les troupes impériales furent repoussées malgré Tandacieuse ardeur du cardinal Schinner, qui s'était mis avec ses fidèles montagnards aux ordres de Maximilien. La conduite de Léon X, au milieu de ces mouvements d'hommes et d'armes, fat ce qu'elle devait être. Le traité d'alliance, récemment conclu parle Saint-Siège avec François I", fut strictement observé; ce qui n'a pas empêché les historiens d*accuser ici le Pape de duplicité et de mauvaise foi. En apprenant le soulèvement des Suisses, le souverain Pontife s'était bâté d'écrire à Schinner. «Aussitôt » que vous aurez reçu ma lettre, lui disait-il, renoncez à votre > entreprise; demeurez tranquille et ne cherchez pas à troubler » la paix de vos montagnes. — Il n'est rien qu'un homme sage ï et prudent ne doive plus éviter, que de jeter le trouble dans une » république où la paix va régner, et de pousser à la révolte le » pays qui l'a vu naître ; c'est mal servir les intérêts de la chré- » tienté. » De telles paroles durent paraître sévères au cardinal ; mais si le soldat avait pu se sentir blessé jusqu'au cœur, le prêtre était là pour verser le vin sur la plaie (1). L'évêque se tait, obéit à la voix du souverain Pontife, et dit adieu à ses montagnards jusqu'à ce que le moment de servir l'Eglise soit revenu. En même temps, Léon X écrivait à Ennio, évêque de Veruli, son légat près des cantons helvétiques : <c Comme je vous l'ai dit s aussitôt après mon traité de bonne amitié, signé avec Fran-* » cois 1", prenez bien garde, dans vos relations avec les Suisses, » d'offenser, directement ou indirectement, Sa Majesté; je m'en
* rapporte à votre prudence. Vous savez qu'à la cour de ce prince
• on n'est pas entièrement revenu sur votre compte ; il est donc » bien important pour vous de ne prendre aucune, part à ces » diètes qu'on annonce en Suisse ; tenez-vous à l'écart, et mon- » trez ainsi que vous n'avez pas même la pensée de rien faire qui » puisse déplaire au roi de France. » Il nous paraît difficile de trouver, dans cette conduite du Pape, un prétexte à une accusation de parjure et de violation de serments.
19. Au milieu de ces mouvements politiques qui entraînaient Léon X et lui prenaient une part considérable de son temps et
(t) M. AcDlN, Histoire de Léon X, t. ii, p. 158.
de ses sollicitudes, autour de lui les lettres, les arts, les sciences trouvaient l'appui, l'encouragement, les secours, la faveur d'un souverain aussi <^clairé que libéral. La théologie était représentée à la cour romaine par le célèbre cardinal Cajétan (Thomas de Vio), de l'ordre des frères prêcheurs. Cajétan s'était pris d'une véritable passion pour saint Thomas d'Aquin , cet ange de l'Ecole, trop peu étudié de nos jours, et dont \di Somme devrait être le manuel de tous les théologiens. On disait que c< si les » ouvrages du docteur angélique avaient pu se perdre, ils se » seraient retrouvés dans la mémoire de Cajétan. » Il savait la Somme presque par cœur. Choisi pour professer la théologie à Padoue, ses succès furent immenses. Les cardinaux, les Universités, le clergé, les grands et le peuple aimaient également à l'entendre. Sa parole, pleine de nerf, de raison et de puissance, subjuguait tous les esprits. Lors du conciliabule de Pise, il se rendit dans cette ville, et, avec un courage égal à son éloquence, il osa reprocher, en pleine chaire, aux cardinaux schismatiques, leur désobéissance, les poursuivre de ses arguments victorieux, et flétrir en face leur rébellion. C'est à Pise qu'il composa son tiaité célèbre : De l'autorité du Pape et du concile y où il a soutenu si vigoureusement la suprématie monarchique du souverain Pontife. Cajétan mérita d'être appelé plus tard , par Clément VII, le Flambeau de F Eglise, Léon X, en le revêtant de la pourpre romaine, récompensait à la fois le talent et la vertu. Une autre promotion élevait en même temps au cardinalat le fils d'un pauvre tisserand d'Utrecht, que la Providence réservait pour successeur à Léon X. Adrien d'Utrecht, appelé, dans l'avenir, à une si haute destinée, s'en était ouvert le chemin par de sérieuses études et une jeunesse laborieusement passée à l'Université de Louvaiu. Il avait signalé son savoir par un docte traité, intitulé : De rébus theologicis, qui lui valut la faveur de Maximilien I". Lorsque l'empereur voulut donner un précepteur au jeune Charles-Quint, son fils, il jeta les yeux sur Adrien d'Utrecht. Le théologien eut pour élève l'un des plus grands princes du xvi* siècle. Ses soins ne furent pas stériles; et plus tard , quand , assis sur la chaire de saint Pierre , il tournera sies regards sur son disciple, devenu roi d'Espagne et des Pays-Bas,