CHAPITRE PREMIER
empereur irAllemdgne, maître de la moitié du Nouveau-Monde, le précepteur n'aura pas à rougir de son élève. Léon X avait deviné le mérite du théologien d'Utrecht, et, en l'appelant à Rome, pour le revêtir de la pourpre, il le plaçait sur un théâtre digne de ïui- Le sacré Collège comptait encore dans son sein d'autres théologiens distingués. Alexandre Césarino est regardé far Paul Manuce comme un des hommes les plus versés dans la «ience des livres saints. Jacobatio, créé cardinal dans le même temps, a, dans les questions dogmatiques, l'autorité d'un docleur ; et son livre : De concilio obtint l'insigne honneur de faire partie des actes du concile de Latran. D semblait que, dans un vague pressentiment des luttes que l'Eglise soutiendra bientôt, et comme illuminé d'une lumière céleste, Léon X voulût entourer le Saint-Siège de vertus et de science, pour les opposer aux prédicateurs exaltés de la réforme luthérienne. Priérias, qu'il avait nommé maître du sacré palais, était l'un des hommes les plus versés dans les matières ecclésiastiques ; les professeurs du Gymnase romain, Nicolas de Luna et Cyprien Benedetti, étaient dignes d'initier la jeunesse cléricale aux études les plus élevées de la théologie. C'est donc une calomnie, dépourvue de tout fondement, de répéter, avec les historiens protestants, que Léon X, trop exclusivement préoccupé des questions littéraires et artistiques, avait négligé les progrès de la science, reine et maîtresse^ mère de toutes les autres. D'où viendront donc, vingt ans plus tard, la plupart des docteurs qui brilleront au concile de Trente, sinon des écoles instituées par Léon X?
20. Ce grand Pape avait compris les immenses services que la linguistique pourrait rendre à la théologie, en éclairant les passages obscurs des livres saints, en fixant leurs sens douteux et en ouvrant aux théologiens les sources jusqu'alors cachées des idiomes de l'Orient. Les efforts du souverain Pontife , dirigés dans ce but, produisirent une véritable révolution scientifique en Europe. Les Pères grecs furent étudiés dans le texte original. Lascaris et Favorino , les premiers hellénistes de cette époque, furent nommés à une chaire de langue grecque, créée pour eux au Gynviase romain. Les langues orientales furent professées, à Rome et à Bologne, par im chanoine de Saint-Jean-de-Latran ,
26 uÉON X (1513-1521).
Thésée Ambrogio, philologue distingué, qui parlait presque tous les idiomes connus. Léon X lui offrit la pourpre romaine, que le savant refusa, préférant l'obscurité d'une vie d'étude et de science, aux brillants honneurs du cardinalat. Il traduisit du chaldéen en latin, la liturgie de l'Eglise orientale. Il publia une grammaire polyglotte, chaldéenne, syriaque, arménienne, etc., magnifique ouvrage que Mazuchelli regarde comme le premier essai en ce genre qu*ait produit l'Italie. Un autre orientaliste, Pagnini, religieux dominicain, avait conçu le projet de donner une version latine de la Bible, d'après le texte hébreu. Il employa vingt-cinq ans à ce grand travail, conférant tous les manuscrits qu'il avait en son pouvoir. Quand sa version fut achevée il vint à Rome. Il n*y avait qu'un souverain qui put entreprendre, à cette époque^ une publication si coûteuse. Pagnini trouva, dans Léon X, un juge et un protecteur. « Je veux, dit le Pape, que le D manuscrit soit recopié et imprimé à mes frais. » L'année suivante, le Psautier, accompagné de commentaires rabbiniques, sortait des presses pontificales. La mort de Léon X suspendit l'impression du reste de l'ouvrage; mais Adrien VI et Clément VII vinrent en aide au savant , et Pagnini continua son œuvre, qui parut enfin à Lyon. Luther dira bientôt que la Papauté tient la Bible sous clef. La Papauté , au contraire, encourage la publication delà version de Pagnini. Léon X, Adrien VI et Clément VII, prennent, sous leur patronage, Fauteur et son livre. Que devient l'accusation de Luther? Le mouvement, imprimé par Léon X à l'étude des langues, se répandait dans toute l'Europe. C'est le moment où le cardinal Ximénès met sous presse les premières livraisons de sa Bible polyglotte; Guidaccerio le Calabrais, sa grammaire hébraïque, beau travail qu'il devait refaire, en 1539, à Paris, où il était professeur; et Françob Rossi de Ravenne, la philosophie mystique d' Aristote, traduite de l'arabe. Ces trois ouvrages portent, en tête de la première page, le nom de Léon X à qui ils sont dédiés. Cette étude passionnée des langues mortes servit admirablement les progrès des sciences exactes. A Rome, on s'occupait de traduire les éléments d'Euclide et des traités d'arithmétique qu'on devait aux Arabes. Les mathématiques étaient en honneur dans les Universités du cou*