‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 121 sur 192 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

zèle, élever l'esprii et le cœur. Le cardinal Bona mérite d'être rangé parmi les Pères et les docteurs de l'Eglise.

2. Cependant il ne fut point élu Pape. Les suffrages du sacré Collège se fixèrent sur un candidat non moins digne et non moins vertueux , le cardinal Altiéri , qui avait alors quatre-vingts ans , et qui prit le nom de Clément X. a Ce Pontife, dit un auteur pro- » testant (1), suivit les maximes gouvernementales de son prédé- » cesseur. Comme il n'avait plus de parents et qu'il ne voulait » pas laisser s'éteindre l'antique maison dont il était originaire, il » adopta la famiUe des Paluzzi , lui donna le nom d'Âltiéri et lui » céda ses biens héréditaires. Toutefois, encore qu'il distinguât 9 ses nouveaux parents par des dignités importantes et par d'au- » très avantages, et qu'en particulier il employât utilement le D nouveau cardinal Âltiéri comme son principal ministre, ce ne 9 fut cependant pas un népotisme onéreux à la chambre aposto* 9 lique. Au contraire , il institua une congrégation spéciale pour T» diminuer les impôts. Il supprima la décime ecclésiastique dont » on avait ordonné la levée pendant la guerre des Turcs. Il re- » trancha toutes les dépenses superflues à la cour et dans l'Etat , » et fit déposer au mont-de-piété tous les revenus qui tombaient » dans la caisse privée du Pape, pour les employer aux besoins D publics. Ce fut aussi une loi sage par laquelle il déclara, » l'an 1671, que le négoce, exercé sur une grande échelle, ne déi> rogeait point à la noblesse de ses États, et ne préjudicierait point » à son honneur, pourvu qu'elle ne se mêlât point du commerce » de détail. »

3. Ce fut sous son pontificat que commença, en France, la question de la Régale , qui eut plus tard un si grand retentissement et des suites si graves. Pour connaître l'origine de cette affaire, il faut se faire une idée nette et exacte de l'attitude prise par Louis XIV en face de la Papauté. Malgré le catholicisme dont il faisait profession, ce monarque absolu ne put jamais supporter que la cour de Rome suivit une -politique indépendante de la sienne. Il vit, avec un secret mécontentement, l'entourage de Clément IX , dont les sympathies mal dissimulées étaient pour

(1) SCHRiECKH , Hist, ecclésiastique depuis la réfomation, i. vi, p. 332.

TEspagne, à laquelle le roi de France faisait la guerre ; et il résolut de s'en venger par des empiétements non interrompus sur le pouvoir spirituel. Un édit daté de Saint-Germain-en-Laye (1 0 février 1673) étendait la régale à tous les diocèses du royaume.

On donnait le nom de régalekxme coutume abusive qui s'était introduite en France et qui consistait à déférer au fisc royal les revenus des évêchés et autres bénéfices vacants. Quelques diocèses dans les provinces voisines des Alpes et des Pyrénées, avsdent jusque-là échappé à cette mesure arbitraire. C'était spécialement contre eux que le nouvel édit était dirigé. Le clei^é de France se montra disposé à la soumission dans la crainte sans doute de donner lieu, par la résistance, à des troubles fâcheux. Les seuls prélats opposants furent les évêques de Pamiers et d'Aleth ; le roi fit confisquer leurs biens temporels. Il ne s'en tint pas là ; il réclama le droit de mettre des pensions militaires à la charge de8 bénéfices de l'Eglise ; et, pour prévenir, par un acte de violence, les réclamations qu'il prévoyait de la part du souverain Pontife, il porta un coup sensible aux détenteurs de rentes romaines, en plaçant sous une surveillance restrictive les envois d'argent destinés à la cour de Rome. Telle était la situation à la mort de Clément X. Ce Pape succomba à une douloureuse maladie le 22 juillet 1676. Il léguait à son successeur les orages que la politique de Louis XIY allait faire éclater entre la France et le Saint- Siège.

4. Ce fut sous le pontificat de Clément X que Benoit Spinosa , philosophe hollandais, publia son fameux ouvrage, intitulé : 7>actatitë theologicù^politicus , où il professe ouvertement le panthéisme. D'après son système , la divinité n'est autre chose que l'âme de l'univers, qui pense dans les hommes , qui sent dans les animaux, qui végète dans les plantes y demeure à l'état inanimé dans le sein de la terre. Ainsi, il n'y a qu'une substance diversement modifiée, infinie en tous sens ; Dieu agissant nécessairement de toute éternité , l'existence des êtres est, par conséquent, nécessaire et étemelle. Toute religion, toute révélation sont des inventions humaines. L'apparition d'un tel système fit jeter un cri d'indignation et d'effroi, au sein d'une société aussi profondément religieuse que l'était celle de Louis XIV. Toutes les Facul-

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tés savantes de l'Europe condanmèrent l'ouvrage de Spinosa ; un décret des États généraux de France le supprima dans toute l'étendue du royaume.

5. Afin de mieux comprendre la répugnance du xvn* siècle pour les aberrations du genre de celle de Spinosa , il importe de se faire une idée précise du mouvement philosophique qui dominait alors. René Descartes (1596-1 650], né à Lahaye en Touraine, avait détrôné la philosophie d'Âristote , qui régnait en souveraine depuis le moyen âge, dans toutes les écoles de l'Europe. Son fameux doute philosophique lui a souvent été reproché comme un germe de scepticisme ; nous ne pouvons mieux disculper Descartes de ce grief, qu'en le citant lui-même, ce Là où j'ai dit » que nous ne pouvons rien savoir certainement , écrit ce phi- » losophe, si nous ne connaissons premièrement que Dieu existe, » j'ai dit en termes exprès que je ne parlais que de la science de » ces conclusions , dont la mémoire nous peut revenir en l'es- » prit , lorsque nous ne pensons plus aux raisons d'où nous les 9 avons tirées. Car la connaissance des premiers principes ou » axiomes, n'a pas coutume d'être appelée science par les dialec- » ticiens. Mais quand nous apercevons que nous sommes des » choses qui pensent , c'est une première notion qui n'est plus » tirée d'aucun syllogisme. Et lorsque quelqu'un dit : Je pense, » donc je suis, ou f existe^ il ne conclut pas son existence de sa 3» pensée, comme par la force de quelque syllogisme ; mais comme » on voit une chose connue de soi , il la voit par une simple ins- » pection de l'esprit ; ainsi qu'il paradt de ce que, s'il la déduisait 9 d'un syllogisme, il aurait dû auparavant connaître cette ma- » jeure : Tout ce qui pense ^ est ou existe; mais, au contraire, » elle lui est enseignée de ce qu'il sent en lui-même qu'il ne se » peut pas faire qu'il pense, s'il n'existe. Car c'est le propre de » notre esprit de former les propositions générales de la connais- » sance des particulières. — Je dis de plus, ce qui pourra peut- » être sembler paradoxe, qu'il n'y a rien en toute ma philoso- » phie qui ne soit ancien ; car pour ce qui est des principes , je » ne reçois que ceux qui jusques ici ont été connus et admis géné- » ralement de tous les philosophes , et qui, pour cela même, sont » les plus anciens de tous. Et ce qu'ensuite j'en déduis paraît si IV. 21 ^

» manifestement (ainsi que je fab voir) être contenu et renfermé ï> dans ces principes , qu'il paraît aussi en même temps que cela p est très-ancien, puisque c'est la nature même qui Ta gravé et » imprimé dans nos esprits, i» D'après ces divers passages , il est certain que Descartes ne prétendait nullement révoquer en doute^ nefàt-ce que momentanément, les premiers principes qu'il croyait même innés dans l'homme, pas plus que les conséquences pratiques et morales qui en découlent naturellement , mais uniquement les jugements et les conclusions métaphysiques qui constituent la science proprement dite. Ce qui poussait l'illustre philosophe à procéder ainsi , c'était son vif désir de prouver aux sceptiques, aux athées, aux matérialistes, l'existence de Dieu et l'immatérialité de l'âme. Pour les guérir, il s'inocule ea quelque sorte leur maladie. Il soumet au doute, à l'examen et à l'évidence personnelle, tousses jugements ou conclusions scientifiques. Tou* jours il lui reste ce fait d'une importance capitale : « Que quel- 9 qu'un me trompe ou ne me trompe pas, toujours est-il que je » doute, que je pense ; donc je suis, et je suis une chose qui pense. » Voilà donc, en tout cas, quelque chose de certain. Ce qui ne V l'est pas moins , c'est que ce n'est pas moi qui me conserve » l'existence, pas plus que je ne me la suis donnée. Celui qui me » l'a donnée et qui me la conserve, c'est donc Dieu, cet être infi- 0 niment parfait, dont j'ai l'idée claire et nett^ comme de moi- » même, et dont cette idée implique l'existence. » Telle est, pour le fond , l'argumentation graduelle de Descartes dans ses six Méditations métaphysiques. Evitant les longs circuits des raisonnements ordinaires, il espère convaincre, par l'évidence intime, les matérialistes et les sceptiques, que, tant qu'ils ne reconnaîtront pas l'existence de Dieu, toutes leurs sciences n'ont aucune certitude raisonnée. Il convient d'ailleurs que son système ne doit être appliqué que par des esprits d'élite, dégagés des images corporelles et exercés aux luttes du raisonnement. Lors même que Descartes n'eût pas réussi dans son entreprise , il eût suffi à sa gloire de l'avoir tenté.

6. Les dangers du Cartésianisme étaient d'ailleurs aussi grands que ses avantages. Bossuet les signalait avec son éloquence ordinaire, a Je vois, dit-il, un grand combat se préparer contre TÉ-

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