CHAPITRE PREMIER
tinent italien. Il est certain qu'avant Léon X le Gymnase romain possédait déjà une chaire spéciale de mathématiques. Copernic les enseignait à Rome vers 1500, mais Léon X est le premier qui ait attaché d'honorahles émoluments au titre de professeur de celte science. Les hiéroglyphes des obélisques égyptiens préoccupèrent aussi les intelligences des savants que Léon X réunissait à sa cour. Cette résurrection de Fidiome sacré des Egyptiens dont la science de nos jours a voulu se faire honneur, appartient en réalité au xvi* siècle. Pierio Valeriano , l'un des précepteurs de Léon X, écrivit le premier un ouvrage spécial où il donne Pinlelligence de cette écriture symbolique. On peut contester la valeur de son système, mais on ne peut nier, du moins, l'érudition, la sagacité, le talent qu'il déploya dans ce genre de recherche.
21. S'il est une branche des connsdssances humaines qui exige à un haut degré la puissance de la réflexion, la variété des con- Bîûssances, la solidité du jugement, l'expépience du cœur humain, la profondeur de l'érudition, la souplesse du style, c'est à coup sûr l'étude de l'histoire. Les grands poètes , les grands peintres sont plus nombreux que les grands historiens. Léon X ent la gloire de réunir, à l'ombre de son trône, tous les talents divers. Les historiens ne lui manquèrent pas. VHistcire de Florence ipBV^Sich\B,ve\j dédiée à Léon X, est un des plus beaux monuments de la langue italienne et un des livres les plus profondément pensés qui aient été écrits en aucune langue, a Machiavel, dit M. Audin, a dû plus d'une fois, quand » il le composait, réveiller Tacite. » Comme son modèle, Thistorien de Florence est grave, solennel, sobre d'ornements. Nul n'a sondé plus profondément les replis les plus cachés des cœurs. Le mobile secret des actions se trouve toujours à côté du motif apparent. Son style sait prendre tous les tons : concis, serré dans ses œuvres de politique ; abondant, pittoresque, dans son histoire; facile, rapide, rempli de naturel dans sa correspondance, Machiavel, le républicain consi)irateur, ennemi déclaré des Médicis, qui trouva dans Léon X clémence et protection, est la personnification la plus complète de deux époques diamétralement oppo- ^. n y a deux hommes en lui : le Romain des temps antiques
qui a élevé à la liberté des autels au fond de son cœur, qui rêve des républiques impossibles où la seule distinction des citoyens serait la vertu, qui trouve d'énergiques accents pour flétrir la tyrannie et le crime. Mais à côté de ce caractère, absolu dans ses affections comme dans ses haines, se trouve le courtisan italien, avec toute la souplesse du génie national, la passion de l'intrigue, le besoin d'agitation , la soif du pouvoir et des honneurs. Machiavel ne fut pas également heureux sous ces deux faces de son caractère. Le courtisan fut inférieur à l'historien, et sa vie, jusqu'à l'avènement de Léon X, ne fut guère qu'une longue disgrâce. — L'ouvrage qui a fait la réputation de Machiavel comme publiciste, est le livre Du prince. Son origine se rattache direc^ tement à l'histoire de Léon X. Le Pape , à la mort de Julien de Médicis, son frère, ne pouvant se charger lui-même de l'administration de Florence, hésitait sur le choix d'une constitution à donner à sa patrie. Machiavel, ancien secrétaire du gouvernement républicain, semblait le dernier auquel le Pontife dût s'adresser pour en obtenir une solution. Mais LéonX, comme tous les grands caractères, savait apprécier le talent même chez ses ennemis, et Machiavd fut consulté. C'est la première fois qu'un prince demande des conseils politiques à un conspirateur qu'il avait banni, lui et toute sa famille, de ses Etats. La réponse du Florentin à la confiance pontificale fut un chef-d'œuvre. Le livre Du prince créa la politique moderne et l'érigea en véritable science ; il ne faut pas y chercher autre chose qu'une suite de formules à l'usage des gouvernements. Du reste, le principe de l'intérêt devient, dans les mains du publiciste, le mobile du monde et le véritable roi des sociétés. Machiavel est l'homme de la force brutale, de la ruse, de la fraude, du mensonge , quand le pouvoir a besoin de mauvaises passions pour réussir ; de la clémence, de la générosité, de toutes les nobles inspirations, quand le pouvoir a besoin de faire de la vertu. On ne saurait trop flétrir, en morale, un système qui fait de l'hypocrisie, de la fraude, du parjure, une nécessité de gouvernement.
22. Le génie des historiens s'inspire toujours des circonstances et des événements contemporains. On ne peut disconvenir que l'expédition de Charles YUI, en Italie, n'ait été favorable au