CHAPITRE PRE3nER
mouvement des études historiques. A. vaut cette époque, quelques essais avaient été tentés pour ressusciter cette science. Jean Villani, à Florence, -/Enéas Sylvius, que ses talents firent élever à la Papauté, le Pogge et Léonard d'Arezzo laissèrent des ouvrages qui ne manquaient pas d'une certaine valeur. Mais ces tentatives, louables sans doute y ne furent cependant pas heureuses. Sous la plume de ces écrivains, l'histoire est tantôt une légende, tantôt un journal, tantôt un simple résumé d'événements qu'ils enregistrent sans méthode, sans critique, sans inspiration. A l'apparition de Charles YIII , l'Italie devint un champ de bataille où luttaient les nations les plus puissantes du monde. Paul Jove entreprit d'écrire le récit de cette grande expédition. Le premier livre de son histoire était à peine achevé qu'il fit le voyage de Rome avec l'intention d'en Ure quelques fragments à Léon X. Il se présenta à la cour pontificale sans aucune lettre de recommandation; il n'eut besoin que de décliner son nom et le sujet de sa demande pour obtenir une audience du Pape. S'il eût été ambassadeur, le maître des cérémonies l'aurait peut-être fait attendre ; mais toutes les portes du Vatican s'ouvraient à qui se recommandait des Muses. Il eut donc son audience dans les appartements du souverain Pontife. Paul Jove lut plusieurs pages de ses annales ; et, la lecture finie, Léon X affirma qu'après Titelive, aucun historien ne lui semblait plus éloquent que Paul Jove. L'écrivain ne tarda pas à recevoir, comme encouragement, le titre de chevalier romain, une pension annuelle et la chaire de philosophie au Gymnase créé par le Pape. Paul Jove est un historien philosophe qui ne se contente pas, comme on l'a fait jusqu'alors, d'exposer des faits, mais qui cherche à les expliquer ; il apprécie les mœurs, les coutumes, les institutions des peuples divers dont il parle; et ces peuples, c'est le monde entier. Dans le récit des glorieuses victoires des Français , son style s'anime , se colore et semble se précipiter comme nos soldats. Il est malheureux que nous ayons perdu cinq livres de ses annales, les plus fertiles en grands événements. A côté des solennels récits de Thistorien, Paul Jove songeait à tracer, en biographe fidèle, les portraits des principaux personnages de tous les temps et de tous les pays. La protection de Léon X lui avait été fructueuse. Clé-
méat VII le nomma plus tard évêque de Nocéra. Du revenu de cet évèché^ où il ne résida jamais , et des libéralités pontificales , il put acheter une délicieuse retraite sur le lac de Côme. Ce fut là qu'il composa son livre des Eloges des grands hommes^ véritable musée où il a fait entrer les capitaines et les philosophes fameux, les théologiens et les poètes, les orateurs et les médecins, des empereurs et des doges ^ des moines et des reines. Quand on apprit que Paul Jove avait conçu l'idée d'un semblable livre, chacun voulut avoir l'honneur de figurer dans sa galerie. Hercule Gonzague lui envoya les portraits du Mantouan et du Pomponace ; Vasari , les bustes des héros de l'antiquité romaine ; Femand Cortez, une émeraude en forme de cœur; etl'Arétin lui-même, son portrait, peint par le Titien , afin que l'historien épargnât au moins la figure de celui qui se nommait le fouet des princes. Ils comprenaient tous que la véritable immortalité sur la terre est celle que donne l'histoire quand on prétend rester en dehors de celle que donne la religion. — Comme Paul Jove, Guichardin a raconté les événements dont l'Italie avait été le théâtre depuis l'expédition de Charles VIII^ mais il a plus d'un avantage sur son rival : d'abord , la plupart des faits dont il donne le récit^ il les a vus; puis, la langue dont il se sert est l'idiome vulgaire, tandis que Paul Jove écrivait en latin ,.langue de la science inconnue au peuple ; enfin les charges politiques dont l'ont investi ses maîtres, ont dû lui livrer les secrets qu'un autre ne pouvait connaître. Florentin, comme Machiavel, Guichardin a, comme lui, des allures graves et sévères; comme lui, il professe des opinions républicaines et a servi le gouvernement hostile aux Médicis; comme lui, il a été initié à la science des hommes et des affaires par son expérience personnelle. Il avait à* peine trente ans lorsque la république lui confia l'ambassade d'Espagne. A l'élévation de Léon X, il fut chargé de complimenter le nouveau Pape; et, plus tard, en 1515, lorsque le Pontife passa par Florence pour se rendre à Bologne où devait avoir lieu l'entrevue avec François P', ce fut encore Guichardin qui porta la parole, au nom de la ville de Florence. Léon X, fidèle à ses habitudes d'impartiale bienveillance envers tous les talents, à quelque parti politique qu'ils aient appartenu, nomma Guichar-