CHAPITRE m
Eugène donne le signal du combat. Les feux croisés de son artillerie foudroient les Turcs dans leurs retranchements. Ceux-ci ripostent, mais sans ensemble. La fusillade commence ensuite de part et d'autre. Puis le prince chrétien ordonne à son armée de fondre sur les Musulmans à l'arme blanche, et une horrible mêlée s'engage. A sept heures du soir , vingt miUe cadavres turcs couvrent le sol. Le sultan se sauva, presque seul, vers Témeswar, déguisé en simple soldat , sans aucim des attributs de la souveraineté impériale. Le vainqueur passa la nuit debout sur le champ de bataille ensanglanté. <k Le combat , écrivit-il à l'empereur , » dans son rapport officiel, s'est terminé avec le jour , comme si » le soleil eût voulu éclairer de ses derniers rayons la plus bril- » lante victoire remportée par les armées impériales. » L'Europe entière applaudit au triomphe du héros. Le Pape lui envoya un cordon de brillants et une épée dans un fourreau d'or, comme au libérateur de la chrétienté. La paix de Carlowitz (1699) , entre l'Autriche et la Turquie, fruit de la victoire de Témeswar, inaugurait la décadence de l'empire ottoman.
{ s. FontiflcAt de dément XI (23 novembre 1700-19 mars 1 721).
1 3 . Le xvni* siècle s'ouvre avec le pontificat de Clément XI. Chacune des époques de l'histoire ecclésiastique que nous avons déjà parcourues , nousa offert son combat, sa lutte principale. L'esprit du monde et l'esprit de Dieu, toujours en présence, se disputent, depuisrorigine,rhistoire de l'humanité. Mais aucunepériodenenous aura encore présenté des événements plus variés , des attaques plus nombreuses , des secousses plus violentes. La naissance et les progrès de l'incrédulité, qui nie tous les dogmes à la fois , et qui se donne pour mission d'anéantir l'Église, par l'hérésie du Jansénisme, la plus persévérante de toutes sinon la plus perverse ; les orages d'une révolution qui a ébranlé l'Europe , et qui dure encore, feront ressortir, d'une manière plus triomphante que tous les raisonnements, plus éloquente que tous les discours, plus convaincante que tous les syllogismes, par des faits évidents, multipliés, éclatants , incontestables , parce qu'ils sont presque contemporains, la divinité, l'immortalité de cette Église qui résiste
seule à toutes les passions , à toutes les colères , à toutes les vengeances, à tous les désordres y à toutes les violences ; qui survit à toutes les révolutions , à toutes les ruines ; qui brise toutes les puissances ennemies , console toutes les infortunes , et replace la première son trône, sur les débris des empires écroulés.
14. Clément XI était digne d'inaugurer cette période, dont son pontificat, constamment traversé par des orages, ofirit en quelque sorte l'image en abrégé. Au moment où le conclave se réunissait pour donner un successeur à Innocent XII, l'Europe était attentive au dénouement d'une question qui semblait concentrer les intérêts, l'avenir et les destinées du monde. Le souverain d'une monarchie sur laquelle le soleil ne se couchait pas , le souverain des Pays-Bas catholiques, du Milanais, des royaumes de Naples et de Sicile, des royaxunes d'Espagne, des empires du Mexique, du Pérou, des îles Philippines , le roi d'Espagne CharlesH , dernier descendant en ligne directe de Charles-Quint , s'éteignait d'une maladie de langueur ; il allait mourir , sans laisser d'héritiers de sa race. A qui serait dévolue une si formidable succession? On pressentait des guerres efiBroyables. Charles II voulut les prévenir par un testament. Tout rempli d'un sentiment religieux, que rendait plus vif l'attente d'une mort prochaine, il voulait surtout être juste, et ne charger sa conscience d'aucun acte de partialité. Ses longues luttes avec la France étaient oubliées ; il se disait qu'à son heure suprême il n'était plus parent des Autrichiens ou ennemi des Bourbons, mais une âme devant Dieu , détachée des choses de ce monde , et appelée à juger avec justice » selon le droit , si elle voulait trouver im juste juge dans le ciel. Pour éclsdrer sa conscience , il se décide à consulter le pasteur Buprême de la chrétienté , le vicaire de Jésus-Christ , et envoie à Romelepremiergentilhommede sa chambre. Le Pape InnocentXn était arrivé à une extrême vieillesse ; il remit le soin d'examiner l'affaire au cardinal Albani, qui rédigea lui-même le bref en réponse à la question posée par Charles II. « Sur le point de parai- » tre nous-même devant Dieu, disait le Pape , nous faisons ab- » straction de toute affection personndle , pour ne recommander » à Votre Majesté que la paix du monde chrétien , l'intérêt de 9 rEiux)pe et le plus grand avantage de vos sujets. » Il pronon-