‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 143 sur 192 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

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çait ensuite que les deux renonciations au trône d'Espagne, sous^ crites, avant leur mariage, par Anne et Marie-Thérèse d'Autriche, reines de France, devaient être regardées comme non avenues : il se fondait principalement sur ce qu'ayant été faites en faveur de PEspagne, pour la paix et l'équilibre du monde, l'Espagne avait le droit de les annuler, lorsqu'elle pouvait pourvoir, d'une manière plus efficace, à son indépendance , à son intégrité, ainsi qu'à la paix et à l'équilibre des autres États; ce à quoi elle réussirait, si elle empêchait, d'une part, l'Autriche de réunir les deux couronnes, de l'autre, la France d'obtenir le même avantage. Ce double but pouvait être obtenu , en choisissant un prince de Time ou de l'autre maison, qui ne pût jamais porter à la fois les deux sceptres. En conséquence de cette décision, Charles II signa, le deux octobre 1700, un testament par lequel il laissait toute sa succession au duc d'Anjou, second petit-fils de Louis XIV, et, au refus de la France, à l'archiduc Charles d'Autriche ; il mourut ensuite, le !•' novembre, l'âme en paix, et tranquille sur l'avenir qu'il faisait à ses peuples.

15. Le jour où la nouvelle de cette mort et de ce testament arrivait à Rome , les membres du sacré Collège , assemblés en conclave, sentirent la nécessité de mettre promptement un terme à la vacance du Saint-Siège , en présence des grands événements que la succession d'Espagne allait susciter en Europe. Le cardi* nal Albani, qui avait rédigé le bref d'Innocent XII relatif à cette affaire, se trouvait naturellement désigné aux suffirages. H se re- •commandait par d'autres titres non moins importants au choix de ses collègues. Secrétaire du Pape défont, il avait encore rédigé la bulle d'abolition du népotisme. Sa promotion au cardinalat avait fait éclater toute sa modestie. Alexandre YDI voulant conférer douze chapeaux, dans un prochain consistoire, ordonna à Albani, £on secrétaire, de préparer le discours qu'il fallait prononcer, et qui devait contenir les noms des nouveaux dignitaires. Après lui avoir recommandé un silence absolu, le Pape commença à les lui dicter. Ayant nommé de suite les onze premiers il commença à se promener, sans rien dire , et comme s'il cherchait à se rappeler le douzième. Puis, feignant de s'étonner de ce que le secrétaire n'écrivait plus, il lui dit : a Continuez donc, écrivez le douzième. —

380 cxÉMENT XI (1700-1721).

» Et qui est-il î demanda Albani. — Quoi , reprit Alexandre, v<ms » ne savez pas écrire votre nom ? » Albani , se jetant alors aox^ pieds du Pape, le conjura de choisir un sujet plus digne : le Pontife lui répondit : ce Nous avons plusieurs fois changé, dans noy> tre liste, les noms de ceux que nous voulons élever au cardina- » lat, mais il ne nous est jamais venu dans la pensée de changer » le vdtre. » Il fallut que Thumble secrétaire se résignât. Tels étaient les antécédents du cardinal que le sacré CoUége songeait à promouvoir au souverain pontificat.

16. Après une délibération de quatre heures, tous les su&ages le désignèrent à l'unanimité. Mais Albani, dans un trouble extrême, protesta qu'il se reconnaissait trop indigne d'un tel honneur et déclara qu'il refusait positivement de s'asseoir sur la chaire apostolique. On était revenu au temps de saint Grégoire, où l'humilité des saints leiu* faisait fuir les plus hautes d^nités avec le même empressement que les ambitieux mettent à les acquérir. On avait pensé d'abord qu'il serait facile de triompher d'un premier refus quand le premier moment de la surprise serait passé.. Tout le contraire arriva. L'émotion d' Albani ne se calma im peu que pour lui permettre des réflexions plus profondes et lui causer un chagrin si vit, qu'il tomba gravement malade. On fiit obligé de lui faire garder le lit, a où il ne parut, dit son biographe, ca- » pable que de la seule consolation qu'on ne voulait point lui ac- » corder. y> Rome tout entière se remuait poiu* forcer en quelque sorte son consentement : parents, amis, citoyens de tout ordre accouraient, les uns aux portes du conclave, les autres aux pieds des autels , pour demander à Dieu et aux hommes les moyens de fléchir Albani. Les cardinaux se rendaient tour à tour dans la ceUule de l'élu pour fléchir sa résistance. Par un dernier effort, le cardinal Le Camus , évêque de Belley, entreprit de le convaincre dans les formes et de lui prouver qu'il ne pouvait résister plus longtemps au sacré Collège, sans résister à Dieu même. Muni du Pastoral de saint Grégoire-le^Grandf il se présenta dans la cellule d' Albani ; celui-ci ne put s'empêcher de sourire à la vue de ce volumineux in-folio que son coUè^ue tenait sous le bras. Frappé cependant de ce que tous, jeunes et vieux, s'empressaient également de le fléchir, Albani écouta paisiblement la lecture du

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