‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 16 sur 192 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

dm gouverneur de Modène et de Reggio. L'historien exerça cet emploi en homme habile ; revêtu d'une double autorité^ il sut se faire respecter et aimer comme gouverneur militaire et comme administrateur civil. Adrien YI le continua dans ses fonctions et Clément YII le nomma président de la Romagne. C'est ainsi que la Papauté se faisait le centre de la renaissance des lettres en récompensant généreusement le mérite littéraire. Guichardin n'est pas irréprochable. Il manifeste parfois des sentiments hostiles à ce pouvoir pontifical auquel il devait , personnellement , tant de reconnaissance ; son style est souvent prolixe : son patriotisme exagéré lui fait méconnaître les qualités réelles et la noble grandeur du caractère de Charles VlII. Mais que sont ces taches comparées aux beautés dont étincelle son histoire? Nul^ parmi les anciens, n'a semé sa narration de réflexions plus profondes; il s'adresse à la raison plus encore qu'à l'imagination. L'étude des lois lui a donné du calme et de l'austérité. Il fait, à chaque ins* tant, intervenir la Providence dans la conduite des choses humaines. Comme il a vécu sur le champ de bataille^ au sénat, au milieu du peuple, parmi les grands, il a sur ses rivaux une incontestable supériorité , il parle avec connaissance de cause de tontes les matières dont il traite. Nourri des écrivains antiques, de Tite-Live surtout, il aime avec trop de passion la harangue ; quelques-unes de celles qu'il met dans la bouche de ses personnages sont de véritables modèles. On cite surtout celle de Gaston de Foix avant la bataille de Ravenne. Du reste, ces beautés, étrangères à la vérité historique, n'étaient que des imitations de l'antiquité. Sous ce rapport, la renaissance ne fut qu'une copie et comme une reproduction perpétuelle d'un autre âge ; l'originalité manque à ses littérateurs, à ses historiens, à ses poètes.

23. La poésie sous Léon X compta des noms illustres, et il faut le dire à la louange de ce grand Pontife, les genres les plus divers trouvèrent en lui une égale protection. Nommer l' Arioste et dire que son épopée de YOrlando furioso parut avec un privilège et une bulle pontificale qui autorisait la vente de l'ouvrage au profit du poète, c'est prouver jusqu'à quel point Léon X entendait porter la tolérance et le rôle de Mécène couronné. Pour nous , nous le disons sans crainte, quelqu'ait été l'éclat, le prestige de cette

époqjze brillante où les dieux d'Homère et de Virgile ressuscitaient avec le langage presque divin qui les avait célébrés , nous croyons que Thumanité s'engageait alors dans une fausse voie. Elle désavouait ses traditions, ses habitudes, ses idées chrétiennes, elle renonçait aux inspirations du moyen âge tout en conservant la foi ; de là ces anomalies étranges mêlées aux noms les plus sacrés de la religion. Vida, auquel Léon X demandait un poème sur la naissance du Christ ; Sannazar qui traitait en vers harmonieux le même sujet, ont le tort de peupler les campagnes et les vallées de Jérusalem , de faunes, de nymphes et de naïades. Le culte passionné de l'antiquité grecque égarait ainsi le génie des poètes chrétiens. Cette influence dura longtemps; elle domina le siècle de Louis XIV, et retint, jusqu'à nos jours, l'intelligence humaine dans les sentiers de TOlympe païen. Si la littérature est tout à la fois, par rapport à l'opinion publique, un miroir et un foyer, on ne peut disconvenir que les tendances païennes de la renaissance n'aient contribué à l'égarement philosophique du dix-huitième siècle. Quoiqu'il en soit, il serait souverainement injuste de faire peser sur Léon X les conséquences du mouvement littéraire de son temps. Un homme, quelque grand qu'il soit, ne peut se servir que des ressources que lui offre son époque. Léon X accepta son siècle ; il l'éleva à la hauteur de son génie ; il salua la découverte de l'antiquité païenne avec un enthousiasme égala celui qui accueillait la découverte du nouveau monde ; il ne se doutait pas qu'un abîme était caché sous des fleurs ; ou plutôt son œuvre subit la loi de toutes les œuvres humaines; elle fut entraînée après lui dans une exagération funeste qui préparait des catastrophes.

24. L'originalité qui manquait aux littérateurs se retrouvait dans les artistes. Un siècle qui a produit à la fois deux hommes comme Michel Ange et Raphaël, est digne de fixer à jamais l'attention de la postérité. Buonarotti, sculpteur, peintre, architecte, est le type de la majesté, de la grandeur; son nom est synonyme de tous les genres de talent, son génie eût suffi pour illustrer trois grands hommes. Chacune de ses inspirations fut un chefd'œuvre, dont le monde saluait l'apparition avec enthousiasme; son pinceau traçait pour les générations à venir l'effrayante

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