CHAPITRE IV
mes: « Gomme, pour msûntenir et conserver dans son intégrité » et pureté la profession de foi catholique, il est très nécessaire » que tous les fidèles évitent avec le plus grand soin et détestent » les erreurs qui, dans ces temps modernes, s'élèvent contre cette » même foi, tous les évêques et tous les pasteurs des âmes veillo- » ront avec la plus grande exactitude, comme par le passé, à ce » que la constitution Unigenitus^ promulguée par Clément XI, » de sainte mémoire , et que nous reconnaissons pour règle de » notre foi, soit observée et exécutée par tous , de quelque rang » et de quelque condition qu'ils puissent Aire , avec l'obéissance » entière qui lui est due. S'ils apprennent donc que quelqu'un (de I» leur diocèse ou de leur province, ou même un étranger) demeu* » rant dans leur diocèse , ne reçoit pas cette constitution, qu'ils » ne négligent pas de procéder et de sévir contre lui, selon leur » pouvoir et l'étendue de leur juridiction pastorale. Et lorsqu'ils » croiront qu'il estbesoin d'un remède plus efficace, qu'ils dénoni> cent au Siège apostolique ces opiniâtres et rebelles enfants de » l'Eglise. Qu'ils aient également soin de rechercher sévèrement » les livres publiés contre cette constitution , ou qui soutiennent » les fausses doctrines qu'elle a condamnées, et qu'ils se les fassent » remettre pour les déférer ensuite à nous et au Saint-Siège, d
3. La révolte du Jansénisme multipliait, en effet, les scandales. Le 27 avril 1723, sept prêtres hollandais nommaient, de leur propre autorité, un archevêque janséniste à Utrecht. Le siège était vacant depuis la mort de Codde (1710), déposé, comme nom Tavons dit, parle Saint-Siège, à cause de son attachement à la secte. Les vicaires apostoliques qu'on avait envoyés depuis en Hollande s'étaient vus forcés d'abandonner leur mission. Le gouvernement spirituel de ce pays fut confié aux nonces de Cologne et de Bruxelles. Mais les partisans de Codde et de Quesnel n'avaient jamais voulu se soumettre â leur juridiction, et ne reconnaissaient que les vicaires-généraux nommés par Codde, ou par le chapitre d'Utrecht. Ce dernier prétendait avoir le droit de gouverner pendant la vacance du siège. Il nommait des pasteurs, délivrait des lettres dimissoires, et exerçait toutes les autres fonctions de l'administration ecclésiastique. La cour romaine jugeait, au contraire, que le chapitre d'Utrecht, ayant été éteint depuis le changement
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de religion en Hollande y et ayant cessé d'exister pendant longtemps, les prêtres qui prenaient le titre de chanoines d'Utrecht ne pouvaient être considérés comme formant le chapitre métropolitain. Comment sept prêtres, suivis à peine d'une soixantaine d'autres, pouvaient-ils représenter le clergé de Hollande, dont la saine majorité demeurait attachée à l'autorité du Saint-Siège ? La schisme se trouvait ainsi constitué en Hollande ; il dura, malgré les efforts des souverains Pontifes, jusqu'à la fin du xvm* siècle. Les Provinces-Unies devinrent dès lors un lieu de refuge pour les jansénistes inquiétés en France.
4. Lesévêques appelants n'avaient pascessé leur résistance aux constitutions apostoliques. Soanen, évêquede Senez, était de tous le plus obstiné. L'archevêque d'Embrun, Pierre de Tencin, en sa qualité de métropolitain de Senez, réunit un concile dans la ville archiépiscopale , pour juger son suffragant rebelle. L'assemblée fut composée des évêques de la province , auxquels se réunirent spontanément les archevêques de Lyon, de Vienne, de Besançon, d'Aix et d'Arles. D'après le dernier règlement apostolique, publié par Benoît XŒ, au concile de Sainte-Jean de Latran, tous les supérieurs ecclésiastiques avaient mission de poursuivre les Jansénistes dans l'étendue de leur province ou de leur diocèse. Soanen n'en récusa pas moins l'autorité de l'archevêque d'Embrun et sortit du concile. Les Pères employèrent , pour le ramener , les exhortations amicales et les monitions canoniques ; tout fut inutile. Enfin ,1e 20 septembre 1727 , après que le promoteur eut donné ses conclusions, on condamna la doctrine de l'évêque de Senes comme téméraire, scandaleuse, séditieuse , injurieuse à l'Eglise, aux évêques et à l'autorité royale, schismatique, pleine d'erreurs, d'un esprit hérétique et fomentant les hérésies. Il fut ordonné que Soanen demeurerait suspens de tous pouvoirs et juridictions ecclésiastiques, de l'exercice des fonctions de l'ordre épiscopal et sacerdotal. Le concile pourvut à l'administration du diocèse, en nommant un vicaire-général chargé de gouverner cette église et d'y faire respecter les constitutions du Saint-Siège. La sentence fut confirmée par le suffrage d'un grand nombre d'évêques, qui approuvèrent en même temps, par un décret spécial , la doctrine de la bulle Unigenitus. Benoit XIII ratifia les décisions du concile*
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Trente etiin évèques de France souscrivirent aux actes de Tassem-* bléc d'Embrun ; mais Soanen eut pour lui cinquante avocats du parlement, une foule de libellistes, et douze évéques jansénistes, à la tète desquels on vit le nom du carcimal de Noailles, archevêque de Pans*
5. Ce fut un scandale de plus ajouté à tous ceux auxquels ce prélat, par un point d'honneur mal entendu, et une déplorable <^stination, s'était successivement laissé entraîner dans l'affaire du jansénisme , depuis la publication du fameux Problème ecclé^ siasiique. Cependant, l'histoire doitle dire, le cardinal de Noaillea était d'un caractère doux, pieux même, et doué de qualités esti* mables. Trop peu de discernement dans le choix de ceux à qui il accordait sa confiance , et trop de facilité à se laisser prévenir , causèrent tous ses écarts. Tant il est vrai que la faiblesse , dans les administrateurs , est le plus dangereux de tous les défauts* Les esprits sérieux se préoccupèrent de la position anormale que l'archevêque de Paris s'était ainsi créée à lui-même. On employa tous les moyens pour le faire revenir enfin sur une conduite impard(mnable. Le Pape fit agir auprès du cardinal des hommes dévoués ; de leur côté , les jansénistes ne négligeaient rien pout retenir dans leurs rangs un prélat dont le nom était pour euxeomme une sauvegarde et un bouclier. Quand le cardinal eut consenti à signer les lettres écrites au roi contre le concile d'Embrun, ainsi qu'une opposition remise au procureur-général comme l'enregis^ trement de tous les édits en faveur de ce concile , la secte , par tous les échos, éleva jusqu'au ciel le courage de l'archevêque de Paris, et plaça son nom à côté de celui des Pères de l'Eglise. Le cardinal de Noailles jouit encore quelque temps de ces scandaleux suffirages ; mais l'heure du repentir arriva. L'Esprit de DieU| plus fort que toutes les intrigues, toucha son cœur et éclaira son intelligence. Il vit le trouble, la rébellion , le désordre qui rui'naient l'Eglise , depuis que les évêques résistaient ouvertement aux décrets du Saint-Siège. Il versa des larmes de douleur sur un passé <knt il aurait voulu anéantir la mémoire. Dès ce moment «a résolution fut prise ; elle était inébranlable. Le 19 mai 1728 g par une lettre écrite de samain, il rétracta l'opposition précédem*'^ ment faite par lui au concile d'Embrun , et fit signer son désiste^
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ment an procnrenr-général. Le 19 jnillet, il écrivît an Pape le» excnses les plus tonchantes. « Averti, lui disait-il , par nos che- » veux blancs du compte que nous aurons bientôt à rendre au n jugement de Dieu, nous nous jetons aux pieds de Votre Sainteté, D pour la conjurer de nous ouvrir les bras, dans sa miséricorde. » Nous nous conformons aux décisions du Saint-Siège, et nous » acceptons sincèrement la bulle Unigenitus. r> Restait à.porter à la connaissance du public une si glorieuse rétractation. Le cardinal ne faillit point à ce devoir. Le 11 octobre, il publia, dans toutson diocèse, un mandement qui combla de joie les vrais anus de l'Eglise , et qui porta le deuil au sein du jansénisme désespéré, a Nous condamnons, disait le noble vieillard, nous condamnons 1» le livre des Réflexions morales ^ avec les mêmes qualifications » que le Pape a employées contre cet ouvrage, et nous déclarons D qu'il n'est pas permis d'avoir des seiitiments contraires à ce qui » a été défini par la bulle Unigeniim. En conséquence , nous dé-^ » fendons de lire et de garder tant les Réflexions morales que » les autres ouvrages qui auraient paru pour les défendre ; nous » révoquonsd'esprit etde cœur notre instruction pastorale de 1 71 9^ » et tout ce qui a pu être publié, sous notre nom, de contraii^ à D la présente ordonnance. » C'était finir par où il eût fallu commencer. Mais le courage d'une telle rétractation en faisait oublier le trop long retard. Les jansénistes se vengèrent en publiant des actes, émanés, disaientr-ils, du cardinal, et dans lesquels on lui faisait assurer qu'il continuait à s'en tenir à son appel. Mais le prélat désavoua ces pièces apocrj^hes dans une circulaire aux évêques de France, et dans une lettre qu'il écrivit au Pape , en lui envoyant son mandement. Benoit Xm , dans un consistoire solennel, témoigna publiquement aux cardinaux la joie que lui faisait éprouver la soumission de l'archevêque de Paris, et adressa à ce dernier le bref Sapientissimum consilium , où il le comble d'éloges, et lui accorde le Jubilé qu'il sollicitait pour son diocèse, en excluant de cette faveur spirituelle ceux qui s'étaient opposés à la bulle Unigenitus.
6. La rétractation de l'archevêque ne produisit pas d'ailleurs |iutant de bien que sa résistance avait fait de mal. Les évêquei^ jansénistes ne suivirent pas le cardinal obéissant comme Us l'a*
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valent suivi opposant. Les évèques de Montpellier, d'Anxerre, de Troyes, de Metz, de Màcon, de Tréguier, de Pamiers et de Castres, continuèrent à défendre une secte tant de fois anathématisée. Mais quelque déplorable que fût cette conduite, que prouvait ce petit nombre de prélats contre le Pape, suivi de tout le corps épiscopal ? M. de Yintimille, archevêque d'Aiz, succéda, en 1729, au cardinal de Noailles sur le siège de Paris. Il se trouvait à la tête d'un diocèse que la faiblesse et la prévention de son prédé** cesseur avaient rempli de confusion, de troubles et de discordes. Sa patience, sa modération, sa douceur triomphèrent de la plupart' des résistances. Le chapitre métropolitain adhéra, par un acte solennel, au mandement du cardinal de Noailles. Mais en revanche; vingt-huit curés de Paris écrivirent à M. de Yintimille une lettre où ils se plaignaient insolemment de sa conduite, et lui expo* saient les craintes qu'ils avaient, disaient-ils, conçues à son sujet; L'archevêque dissimula cette injure, et publia, le 29 septembre 1729, son ordonnance et instruction pastorale pour l'acceptation de la bulle Unigenitus. U y assurait les fidèles que la constitution/ loin de donner atteinte à la pureté du dogme et de la morale, et de blesser les libertés gallicanes j condamnait au contraire des erreurs dogmatiques capitales. Il montrait les tristes suites de la résistance à cette loi de l'Eglise, la docilité anéantie dans les fidèles, le vicaire de Jésus-Christ calomnié, l'autorité des évêques méconnue, toute subordination détruite, et une foule d'écrits séditieux paraissant pour semer l'esprit de haine, de révolte et d'in-* dépendance; mais les exhortations du prélat ne ramenèrent qua très peu de ces gens égarés, et qui voulaient l'être. Cependant, le 8 novembre 1729, la Faculté de théologie de Paris déclarait qu'elle acceptait définitivement la bulle UmgenùuSj que tous le& * docteurs qui refuseraient désormais de la souscrire seraient exclus de son sein, et que tout ce qui avait été précédemment fait contre l'autorité de cette constitution méritait d'être enseveli dans un profond silence et dans un étemel oubli. Les docteurs des pro* yinces adhérèrent à cette protestation, qui réunit sept cent sept signatures, dont trente-neuf d'évêques.
7. Ce retour pouvait donner de légitimes espérances, maia d'autres faits, d'un caractère non moins hostile au Saint-Siège, ne
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tardèrent pas à se produire et à montrer que le levain du p Ilicanisme et le poison des idées janséniennes n'étsdent pas encore éteints en France. Benoît XIÏÏ venait de publier l'office de saint Grégoire TII et de le rendre obligatoire pour TEglise universelle. Le parlement de Paris se crut le droit de contrâler ce décret pontifical, en vertu de la coutume abusive, qui voulait qu'un décret du souverain Pontife ne pût être publié en France qu'après avoir été enregistré par le parlement. En conséquence, les docteurs et les légistes de France rendirent un arrêt qui proscrivait l'office de saint Grégoire Vil, et défendait à tous les ecclésiastiques du royaume de le réciter. Les parlements de Metz, de Toulouse, de Rennes imitèrent celui de Paris, déclarèrent que Grégoire Vil n'était pas saint, et défendirent d'en célébrer la fête. Les évêques de Verdun, de Montpellier, de Troyes, d'Auxerre et de Castres, publièrent des mandements dans le même esprit que les arrèls parlementaires. Il n'est pas besoin d'expliquer pourquoi les magistrats et les évêques gallicans poursuivaient ainsi la mémoire d'un des plus grands Papes qui aient jamais gouverné l'Eglise. Toute la vie de saint Grégoire VII fut une lutte avec les puissances temporelles, en révolte contre le Saint-Siège. Les prétendues libertés gallicanes ne laissent pas au Pape la liberté de maintenir les droits de la chaire apostolique. Il nous semble toutefois qu'en cette circonstance la conduite des parlements était non^seulement un scandale, mais qu'elle était absurde. Benoit XIII s'étonna, à juste titre, que des jurisconsultes, appuyés par quelques évêques, osassent interdire de célébrer la fête d'un saint reconnu par l'Eglise ; il publia un bref pour annuler les arrêts des parlements et les mandements des évêques jansénistes. Le parlement de Paris supprima le bref du Pape ; mais il ne pouvait supprimer en même temps l'autorité immuable, infaillible, toujours respectée par les vrais catholiques, de cette Eglise ro» maine qui a reçu le dépôt de la foi, la règle des croyances, la direction des âmes, le gouvernement du monde spiritueL
8. Cet empiétement du gallicanisme sur le domaine de la liturgie ne devait pas s'arrêter là. En dépit des règlements du concile de Trente et de la constitution si claire, si formelle^ A explicite de saint Pie Vy les évêques français s'arrogèrent le pouvoir
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de donner à leur diocèse de nouveaux missels, de nouveaux offices, de nouveaux bréviaires. L'unité de prières, cette imposante et magnifique harmonie de l'Eglise universelle, adressant à Dieu, le même jour, à la même heure^ de tous les points du globe, les mêmes vœux, dans les mêmes termes et dans la même langue; cette forme de la prière qui doit être, suivant les saints Pères, la règle de la foi, se trouvèrent ainsi détruites. Les hérétiques de tous les siècles s'étaient efforcés d'altérer la liturgie de l'Eglise de Dieu, pour y insinuer leurs erreurs. Les jansénistes ne devaient pas négliger ce moyen de propagande : ils furent les vrais aivteurs de la révolution liturgique sous le manteau des archevêques de Paris, Harlay , Noailles et Vintimille lui-même, qui ne comprirent pas la portée de ces nouvelles tendances. Ce sont les ; Papes qui ont formé tout l'office divin ; ils en ont fait les rubriques, réglé le cérémonial, composé les prières, réformé le calendrier, dressé le martyrologe; ils ont établi une congrégation de cardinaux pour en expliquer toutes les difficultés. Saint Damase fit chanter les psaumes en chœur, le jour et la nuit, et ajouter à chacun la doxologie ou Gloria Pain. Saint Grégoire-le-Grand composa des oraisons, des antiennes, des homélies , régularisa l'office dans toutes ses parties, et donna son nom au chant grégorien, si grave, si imposant, si majestueux. Le pape saint Etienne, venu en France demander des secours contre les Lombards, y réforma l'office et le chant qui s'étaient altérés. Pépin et Charlemagne, pour resserrer de plus en plus l'union avec l'Eglise romaine, firent recevoir partout l'office et le chant romain, qui, restauré par leurs soins, subsista en France, pendant mille ans, jusqu'à l'invasion du jansénisme. Les nouvelles réformes liturgiques, qui avaient suivi les travaux du concile de Trente et de saint Pie V, furent reçues en France comme dans les autres pays de la catholicité. Telle avait été la perpétuelle succession de pieux travaux et de saints efforts, au moyen desquels l'Eglise, toujours vivante et toujours animée du Sainir-Esprit, avait réglé les prières qu'elle adresse à Dieu le Père, par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Au xvni* siècle, l'hérésie jansénienne s'efforce de rompre en France cette imité de la prière et de l'adoration, de détourner, ^ ses perfides insinuations, adroitement glissées dans Toffice
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public, de la fréquentation des sacrements, du culte de la swite Vierge et des saints, de la confiance en la bonté divine, pour remplacer la sainte joie des enfants de Dieu par les sombres terreiurs des partisans de la grâce insuffisante.
9. Les premiers démolisseurs de la liturgie catholique furent Nicolas Letourneux et le bénédictin janséniste Claude de Vert, qui fabriquèrent ensemble le nouveau Brévidre de Quny, le plus téméraire et le plus hostile au souverain Pontife, et où le culte de la sainte Vierge n'est pas moins rabaissé que l'autorité du Siège apostolique. L'ordre de Quny, autrefois si dévoué au chef de l'Eglise, reniait ainsi les plus belles pages de son histoire. A leur suite, le janséniste Foinard propageait les innovations litui^-* ques, et leur traçait, en quelque sorte, un sjrmbole dans son livre si connu : Projet d'tm nouveau Bréviaire, dans lequel l'office divin serait particulièrement composé de l'Ecriture sainte. Ce titre seul, nouveau Bréviaire^ annonce sufiisamment qu'on dédaignait l'antiquité, la tradition, l'autorité, la prière vivante de l'Eglise, pour y substituer les vues d'un simple particulier, qui, tel que tous les sectaires, coupera les textes, les isolera et les groupera à sa fantaisie, afin de les détourner de leur véritable sens et de les incliner du côté de ses erreurs. L'idée de Foinard fut réalisée dans le Brévisdre de Paris, publié par le cardinal de Noailles, et composé par le janséniste Duguet. Vigier, Mesenguy et CoflBn, plus téméraires encore, reprirent en sous-ceuvre la tâche de Duguet ; ils fabriquèrent un nouveau Bréviaire de Paris, publié par Charles de Vintimille, qui souleva tant de désapprobations, qu'il fallut, pour le faire adopter, réformer, dans de nombreux cartons, les erreurs qu'on n'avait pas assez pris la peine de dissimuler. Orléans et Nevers eurent leurs Bréviaires particuliers (1 730], composés par le janséniste Lebrun Dc^marets, qui avait été condamné aux galères et qui mourut impénitent. Charles de Coislin, évêque de Met^; Caylus, évêque d'Auxerre; Bossuet, l'indigne évêque de Troyes; Colbert, évêque de Montpellier; Montazet, évêque de Lyon, introduisirent de force les mêmes innovations dans leurs diocèses. Cette révolution se prolongea jusqu'en 1770. Charles Loménie de Brienne, dont le nom ^vait se mêler si tristement à l'histoire de l'Eglise, fut le dernier
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évêqae de France qui ait implanté une liturgie nouvelle dans son diocèse. Les ordres religieux, oubliant leur respect traditionnel pour les saintes coutumes du passé , se laissèrent entraîner euxmêmes dans 'cette voie d'innovation. La congrégation de Saint- Vannes se donna un Bréviaire et un Missel sur le modèle de ceux de Paris. L'ordre de Prémontré renonça à son Bréviaire romain pour en prendre un nouveau, rédigé par un de ses moines, qui prêta depuis serment à la constitution civile du clei^é. Enfin la Congrégation de Saint-Maur eut aussi un Bréviaire particulier, dont l'auteur fut un bénédictin apostat, Nicolas Foulon. « Tous » ces nouveaux Bréviaires, dit l'abbé Bertrand de la Tour, font » profession de prendre celui de Paris pour leur oracle; cest le > centre de t unité gallicane, à la place de Rome, dont on ne pro- » nonce presque plus le nom, et qui n'est que le centre de funité » catholique. Le Pape régnera au Vatican, mais on méprisera ses D lois, ses censures, ses rubriques, ses prières, son Bréviaire, son » Missel, son Rituel. Ainsi sapée dans ses fondements, ébranlée D dans ses parties, la France sera étonnée de se trouver presque n schismatique. »
10. Cependant Benoit XŒ avait achevé son pontificat. Il mourut le 22 février 1730, à l'âge de 81 ans. Telles étaient ses vertus, dit le savant Muratori, qu'il était regardé comme un saint. D'une humilité incomparable, il estimait plus son titre de religieux théatin que toute la gloire et la majesté du souverain Pontificat. A un merveilleux désintéressement, il joignait une tendresse infinie pour les pauvres. On le vit plusieurs fois les embrasser, considérant en eux celui dont il était le Vicaire icibas. Ses pénitences, ses jeûnes étaient extraordinaires. Sa douceur était proverbiale, et l'on cite encore à Rome ce mot de Be-^ nolt XrV : <K J'aime, disait-il, la modestie de Benoit Xm, ce bon D Pape, qui fit reculer son carrosse dans Rome même, pour ne D pas avoir d'affaire avec un gentilhomme romain. » On ne peut reprocher à Benoît XDI qu'une faute grave : c'est de n'avoir pas toujours maintenu ses ministres dans les strictes limites de la jus* tice et du devoir. B avait investi de sa confiance le cardinal Coscia^* qui abusa de la bonté du Pontife et s'attira^ par des exactions multipliées, la haine du peuple romain.
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S t. Pontmcat de Clément XII (19 jaillet 1790-G février 1710.)
11. Le cacdinal Corsim, né à Florence, d'une des premières familles de cette ville, fut élu. pour succéder à Benoît Xin, par la presqu'unanimité de ses collègues, et prit le nom de Clément XQ. Le lendemain de son couronnement, le peuple entoura le Vatican, en criant : a Vive le pape Clément XIII Justice des justices du i> dernier ministère 1 )> Le cardinal Coscia, contre lequel ces cla^ meurs étaient dirigées, s'était enfui de Bome, immédiatenumt après la mort de Benoit XIII ; mais le sacré Collège lui avait en^ yoyé un sau£-conduit, pour qu'il pût revenir siéger au conclave* Maintenant le peuple soulevé semblait demander sa tête. Pour apaiser la sédition, Clément XII promit qu'une enquête sévère serait dirigée contre tous les administrateurs qui avaient abusé de la confiance du dernier Pape. Coscia fut d'abord privé de la voix active et passive dans les congrégations; un décret pontifical lui enjoignit de rester dans le territoire romain jusqu'à la conclusion de son procès ; et on lui fit comprendre qu'il devait renoncer à tout ministère spirituel dans son diocèse de Bénévent. Coscia refusa; une congrégation spéciale fat nommée alors pour instruire son procès. Le cardinal fut condamné à réintégrer dans le trésor deux cent miUe écus romains, somme qu'il avait induement reçue à l'époque de son ministère. Le condamné avait sollicité de Clément XU la faveur de ne pas être enfermé au château Saint» Ange ; le Pape l'avait généreusement accordée; mais Coscia, se défiant peut-être de l'avenir, profita de la liberté qui lui était Jbdssée pour s'enfuir à Naples. L'interdit le punit de sa désobéis* wace et ses biens furent vendus au profit de la chambre aposto* Jique qu'il avait tant dépouillée.
I 12. Ces actes de rigoureuse justice annonçaient un Pontife jferme et vigilant, qui ne transigerait jamais avec le devoir, quel- ^que pénible qu'il fût à accomplir. La cour de Lisbonne l'éprouva bientôt ; la prétention des rois de Lisbonne était de faire jouir les nonces envoyés en Portugal du privilège dont jouissent ceux des grandes puissances, et qui consiste à être promu au cardinalat^ à lafin de leur ambassade. Lacour de Lisbonne tenait d'autant plus