CHAPITRE V; 4C
matière, et toute religion fut considérée comme une invention politique des prêtres. On ne rougit pas d'enseigner que ce n'est que par hasard que la vie de l'homme diffère de la vie de l'animal/ V Encyclopédie fut le grand arsenal où les incrédules vinrent puiser leurs armes contre la foi. On annonça sa publication à l'Europe comme un événement qui devait régénérer le monde. Le siècle des lumières commençait, l'ère des ténèbres^ du fanatisme/ de l'ignorance, de la superstition, était fermée ; la raison et la philosopliie allaient doter l'humanité d'un brillant avenir, de jouissances et de splendeurs inconnues. Tous les esprils aventureux se jetaient avec ardeur dans ces voies nouvelles. Le grand Buffon lui-même confondit trop souvent, dans son Histoire naturelle. Dieu et la nature, la Providence et la matière. La Lande, en explorant les cieux, n'y découvrit pas le nom de leur auteur, et dans ses nombreux ouvrages, ne prononce pas une seule fois le nom de Dieu. Tous, de concert avec Yolney et Dupuis, nièrent l'existence des personnages bibliques, €ft ne virent plus dans Thii^ toire de l'Evangile qu'un rêve astronomique.
2. Parmi ces noms, nous n'avons pas encore placé celui qui personnifie, avec Voltaire, tout le mouvement philosophique du zvm* siècle. Jean-Jacques Rousseau n'appartint à aucune école, n'entra dans aucune ligue, se détacha de tous les partis. Une haine profonde et invétérée, née d'une rivalité de chaque jour, le séparait de Voltaire. Esprit paradoxal, indépendant, passionné pour des chimères, cœur corrompu, qui se faisait un idéal du vice, et parait la corruption des couleurs de l'innocence, caractère sans fixité, sans noblesse, sans dignité, tellement mobile, toutefois, qu'il se jetait, en un instant, dans les extrêmes les plus opposés ; incapable de se faire de la vertu une habitude, il pouvait en ressentir passagèrement l'attrait ; prosateur, à notre avis, bien supérieur à Voltaire; d'une éloquence persuasive, tendre et entraînante, il cachait, sous l'apparence de la bienfaisance et de rhumanité, des doctrines perverses en morale, impies en religion, subversives en politique, destructives de l'ordre social , de toute hiérarchie, de tous principes, de tout culte, de toute autorité. Rousseau ofiBre ce singulier contraste qu'on pourrait toujours le réfuter par lui*même; il attaque les nûracles de l'Evangile, et
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ntil n'a écrit une page plus sublime sur le caractère de ce livre divin ; il yante la majesté, la grandeur, la pompe du culte catholique, de la même plume qui a écrit la fameuse Profession de foi du Vicaire^Savoyard et cette utopie pédagogique de V Emile y que Fauteur avait placée dans ses rêves au-dessus duTélémaque, et où il enseignait que son élève ne devait entendre parler de Dieu qu*à vingt ans. L'ouvrage où Rousseau se montra le plus bo&tile à h religion, fut le Contrat social ^ qui accuse le Christianisme d'avoir brisé l'unité dans PEtat^ détruit l'amour de la patrie, favorisé les tyrans et anéanti les vertus guerrières. — Tels étaîeat les ennemis qui s'élevaient au xvffl* siècle contre l'Eglise, et qui allaient, parleurs efforts communs^ soulever la plus formidable tempête qui eût jamais menacé son existence, ce La liberté efiErénée » dépenser , les fureurs de Tesprit de secte , trouvèrent un autre s> allié qui les seconda fidèlement. Ce fut cette politique^n quelque s> sorte héréditaire dans une certaine classe d'hommes d'Etat, de D magistrats et de jurisconsultes ; système par lequel la puissance D laïque tendit toujours plus ou moins à asservir l'Eglise, et à la » soumettre à ses prétentions hostiles. Âeette heure de déplorable D mémoire, chacun dut choisir son drapeau. Les rangs sontfixés, x> le but de la guerre avéré. Tordre d'attaque distribué avec un x> ensemble effrayant. C'est en présence de cette situation qœ t Clément Xm est élu (1) » (6 juillet 1753).
3. Porté, malgré lui, au faîte de la puissance spirituelle, il ne devait rencontrer que des forces hostiles et liguées, là même où le ~Siége apostolique avait le droit de trouver des défenseurs et des appuis. Du moins, au jour de ces luttes mémorables, le ciel donna au saint Pontife un ministre digne de lui, dans la personne du cardinal Torrégiani. « Homme honnête y dit Duclos, grand tra- » vailleur, entendant bien les affaires. Quand il ne peut discon- » venir des pertes que la cour de Rome fait journellement de son » autorité, dans l'Europe catholique, il les regarde comme des
(1) L. 1^. P. le RmcmAtf, Ommmt Bit M IMum X!V, p. 94«f6. ftas ««MM kifeflieiA pinaê, dm ce TOiiURi|aMB «ovaige ée riiiite «tlnr^Éfé- 4Î6D, pour le récit des MU ^«i nornsfouAmiAiMe piiMe dk ràMtam «Miésiasiique, sûr de se 1^8 nous égarer quaad le «éme et la ferla lions 4acwU ds gûde.
9 nuages passagera^ et sépoad : Neus mom la parole de Jérn»^ «> Christ y l'EghUe est méàranlable. H ne scMipçonBe pas qu'il y ï> ait de la différence enlre TEgltse et la ooor de Rome. » Ce que blâme la légèreté de Duebs, nom le prenens an séiienx comme un éloge. Toirégism ayah raînm de n'admettrewcunedistiiictioB entre TË^ise et le fiaini^iége : l'un c'est l'aalre. Et ce«be cob- «nctioQ est, dans une âme , rex{R«ssion de la vraie loi et de la fenneté ehrétienBe. Ainsi déooent Xm et son ministre étaient .unis par des vues de foi profondes et ccmscî^icieases, par la saine ^ip^éciation des Iniies engagées, par une constance et nne fernaeté généreuses, voméesà la défense des intérêts sacrés de k jidigion.
4. IkeureDi pour adversaires flHoeesfiîf s, et bientôt 9im«}^ tous les cabinets des puissances caithcdîques. Au premier rang parait PoeedI»!, minisire de Joseph I'', roi de Portugal. Ce prince bibleei voluptoeui: ne régnait que de nom; Pombal gouveniaH en despote. Esprit audacieux et naturefiement tyrannique, il ^^étéra, à h stabilité des traditions chr^iennes et nationales, riafluenee d'opuEiions éteangères et dissolvantes. Il se précipita ibnc, tète baissée, dans la carrière des innovations; renversa ioutes les barrières qui s'opposaient à ses desseins; déclara la gwrre à l'Eglise, dont l'autorité l'importunait, et, par des vexaiians incroyaUes, dont on a peine à se rendre compte, d'un pays avant lui religieux et paisible, fit un Etat livré à l'agitation et an désordre. Pombal était tout-puissant à lii^nne; Qioiseul, en Aance, av«c le titane de preaûer ministre, nel'était pas autant. La Jîgue philosophique, les parlements , la marquise de Pompadour, le lannénismft kd dictèreirt souvent des lois. Louis XY n'était gim ce roi verbaeox aupiel raffection de ses sujets déoemait des triomphes ;lîvxé à ses passons, il abandonnait les rênes du goo- .vemement à des nains subalternes. La comtesse du Barry, qui lanocéda à la marquise de Bompadour dans les laveurs du roi, fit râigt ans la honte de la France et le scandaledu monde. Réveillé 4ueiqu(£»s de cette léthargie de désordres et de vices, Louis XV n'en aortait qœ poor dire : a Gela durera hien autant que moi ;)i «t il se replongeait dans aes infâmes plaisirs. Cependant toute la imiUe ii^^ aejoessait de leappelôtàaes doi!<ârsenpratiqiiaitfy
4*1 aiHENT zm (1758-1769).
sous ses yenx, les plus hautes vertus. La reine, Marie Leczioskir,' et les deux dauphines, étaient le modèle des femmes chrétiennes ; son fils unique, le dauphin , père du duc de Berry (Louis XVI)^ du comte de Provence (Louis XYIII), et du comte d'Artois (Charles X), qu'une mort prématurée ravit au bonheur de la France, et qui emporta, dans le tombeau, la fortune de son illustre maison; son petit-^ et son héritier présomptif (Louis XVI) ; sa fille, Madame Louise de France, qui échangeait les splendeurs de Versailles pour Thumble cellule d'une Canné» lite ; ses petites-fiUes, Madaioe Elisabeth, surnommée VAnge de la cour, et Madame Glotilde , reine de Sardaigne, dont le procès de béatification est en instance près de la cour romaine, formaient^' par leur conduite, un contraste frappant avec les vices du siècle et les scandales du monarque. Mais leurs vertueux exemples ne réagissaient point sur une société profondément corrompue. Cboi* seul, ministre de France, de 1758 à 1770, époque de sa disgrâce, était un politique habile, remuant et audacieux. Accepté, ajuste titre, par les philosophes de ce temps, comme un digne promoteur de leiûrs idées, il rechercha activement leur approbation et leur appui ; il parvint ainsi à une certaine popularité; et, dans la pré«' somptueuse confiance qu*elle lui inspira pour l'accomplisse-* ment de ses desseins, il dépassa toutes les homes. En Espagne]^ Charles JH , successeur de Philippe Y, réalisa une situation singulière, dans ces lamentables luttes contre l'Eglise. Sévère dans ses mœurs, sincèrement attaché à la religion, droit, loyal, mais facile à influencer, à cause de sa loyauté même, il ne sut pas biea placer sa confiance. Wall, Grimaldi, d'Aranda, Campomanez, Monino, Manuel de Roda, furent ses ministres ou ses agents (oin* cipaux. Roda était plutôt janséniste que philosophe incrédule; mais, à ce titre, il était l'ennemi le plus décidé du Samt-Siége et des libertés de l'Eglise. Campomanez, procureur général au con* seil de Castille, et ministre d'Etat, apporta dans la lutte contre l'Eglise la science et l'esprit du légiste hostile. B employa contre les évèques les armes de la polémique et des poursuites judiciaires. D'Aranda, objet des louanges empressées des philosophes français et leur ami dévoué , mit ses talents au service des ennemis de Ji'Egliset En ajoutant Twuficâ % çûwtre dirigeant de Naples sous
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Ferdinand IV, et adversaire violent du Saint-Siège, nous aurons à peu près la liste complète des hommes d'Etat qui présidèrent aux destinées des pays catholiques sous le pontificat de Clément Xni. L'Allemagne catholique, l'Autriche en particulier, parut un moment rester en dehors du mouvement antireligieux.* Marie-Thérèse était une princesse incomparable par sa piété , la bonté de son cœur et son amour pour ses peuples. Mais elle subissait néanmoins, sans le savoir, l'influence des conseillers jansénistes. Van-Swiéten et de Haën, premiers médecins de l'impératrice, étaient hollandais et de familles attachées à l'archevêque schismatique d'Utrecht. Ils se servirent de leur crédit à la cour de Vienne pour propager leurs doctrines, et persuadèrent à Marie- Thérèse de nommer une commission pour la réforme de l'enseignement théologique. Cette commission seconda parfaitement les vues des novateurs. Ambroise de Stock , ami de Van-Swiéten et de Haën, est élu président de la faculté de théologie de Vienne en 1753 ; les Jésuites sont éloignés des chaires théologiques et de droit canon ; les nouveaux professeurs , laïques pour la plupart ;> sont nommés exclusivement par le pouvoir politique, au mépris des droits des évèques. A partir de cette époque, l'Allemagne fiit successivement envahie et dominée par les doctrines schismatiques, qui prétendaient asservir l'Eglise et son autorité aux puissances temporelles. Vers le même temps, Nicolas de Hontheim, évêque suffiragant de Trêves, et devenu célèbre sous le nom de Fébronius , préludait par de sourdes attaques à son audacieux traité sur Y Etat de t Eglise et la puissance légitime du souverain Pontife, qui ne tarda pas à paraître. Tout était préparé pour le règne de Joseph I**. Les Universités de Munster et de Bonn furent créées pour propager les systèmes schismatiques. Tels étaient les éléments de la révolution religieuse et sociale qui allait éclater sur TEurope.
5. Les Jésuites eurent l'insigne honneur d'être choisis comme les premiers ennemis à immoler aux haines des sectaires, des philosophes et des politiques conjurés. Le premier coup porté à cette illustre compagnie, le fut par Pombal. Dès l'an 1757, il adressait à don François d'Almada, ambassadeur de Lisbonne à Rome, des instructions positives pour demander à Benoit XIV la suppression m 30
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de la société. Son mémoire se terminait ainsi : ce L'^eKtrême ccr* m niption de ces an&nts d'une rdigion si sainte en est venue à ce Tf> point déplorahle, dans le royaume de Portugal et plus encore » dans ses domaines d'outre-mer, qu'il s'y est trouvé peu de Jéif> suites qui ne parussent être plutôt des marchands, des soldats j> ou des tyrans que des religieux, i» L'accusation était aussi in* juste que peu mesurée. Les Jésuites, chefs des réductions du Paraguay, étaient à la fois les pères et les administrateurs de leurs Indiens. Corps considérable, ils avaient et devaient airoir des relations d'affaires immenses ; mais ils n'étaient ni négociants, ni guerriers, ni tyrans. L'incident du P. Lavallette, arrivé dans ces circonstances, et dont les ennemis des Jésuites s'emparèrent avec tant d'empressement pour calomnier la compagnie, ne fut qu'un écart isolé , regrettable sans doute, msôs auquel la société n'eut aucune part. Benoit XTV, au moment où lui arrivait la rédamation de Pombal, était attaqué de la maladie dont il mouiut. Ce Pontife s'était montré l'un des plus ^élés défenseurs de la compagnie de Jésus; il crut pouvoir accorder au ministre de Portugal une concession qui ne ferait que manifester dans tout son jour l'innocence des Jésuites. Par un bref du l*' avidl 1758, il nomma le cardinal Saldanha, archevêque de Lisbonne, visiteur apostolique de toutes les maisons de Jésuites en Portugal, etle chû^geade dresser une enquête sur les accusations portées contre eux. Il secommanda en même temps au cardinal-visiteur de procéder avec les plus grands ménagements à l'égard d'une compagnie a qui t,* x> dit-il, si bien mérité de l'Eglise ; qui a porté jusqu'aux eztréif> mités du monde, au prix de ses sueurs et de son sang, la lup mière de la foi. » H défendait d'ailleurs de rendre aucun àéatet qui n'eût été préalablement communiqué au Saint-Siège. C'était tout ce que voulait P(Hnbal. Abusamt de la faiblesse et du grand ftge du patriarche de Lisbonne, il en arracha un mandement d'ne terdiction lancé contre tous les Jésuites du Portugal. Vainement Gément XUI usa de toute sa fermeté en leur faveur; il écrivit i Joseph T^' une lettre où la bonté, la sagesse, la modération du Pontife se joignaient à la vigueur apostolique, héréditaire sur le Siège de saint Pierre. Tout fut inutile. Le 3 septembre 1758, le bruit se répand à Lisbonne qu'un attentat a été ^/^mir^î^ cûntzela
vie du roi; c'étaatiune intâgue de Pombal. loseph I*' ae cdcbe k toas les regards : le ministre inédite dans l'^mibre. A^es quelques délais gui étoment, Pombal fait saisir -et jeter dans les^^chots deux cent vi^gt^un Jésuites, dooat la moitié y trouva la mort; un édit it^al .supprima la compagnie^ tous ses memi^reB forent chassés de toute l'étendue du royaume, déclarés tratti^ mt rebelles, et leurs biens confisqués. De tous côtés les Jésuites sont saisis, entassés sur tdesTaisseaux, jetés comme vue iiQure sur les côtes des Etats pontificaux. Pombal ne ^arda que trois-roligieux qu'il accusa d'ayok ^ comfklices du prétendu attentat commis contre le roi ; «'étaient les PP. Ikiakgiida^ Alexandre et de Ma-* ihos. Bs âirent livrés à l'inquisition; mais rinqmaiteur-^énéraly don Joseph de Bragmce, irère du jK)i, lefusa de les condamner* Pombal créa d'ofiice un tribunal extraordinaire où cet étrange pitïcès fut instruit Malagrida, vénétrable vieillard de ^soîxante- ^piin2e ans, fut condamné au feu oomme faux prophète, et il subît ce baibare sq[2>Iice. « Ainâ, dit Voltaire^ l'exoès de l'absurdité fut joint à l'excès de rhoirreur.o!> .
6. Les ennemis 4e la sodété, en France, surent HentAt pnn fiter de cet événement pour le faire servir à leurs vues. Déjà^ depuislongtemps, ils ne négligeaient aucune t»ccasion pour rei^toe les Jésuites odieux^ ridicules, et plus d'an eiBbrt avait été fait pour les renverser. 1^ royaume était inondé de iibelles diffama^ toires contre la compagnie. Le plus détestable de tous fut celui qm avait pour ^tre : Extrait des assertions dangereuses et per^ nideuses en tous genres^ que les soi-^sant Jésuites ont dans tous les temps et perséuéramment soutenues , enseignées et publiées. La calomnie et la méchanceté régnent d'un bout àTautre de cet ouvrage ; il n'y a crunecpielesJésuitesnedoiveutavoir enseigna, et dont on Joe les accuse. Jamais la mauvaise loi n'avait été ^poussée plus loin. Ce livre fut^ par arrêt du parlement de Paris,, envoyé à tous les évôfues'de'France ; c'était lune véritable insulte. 1^'immortel Chnstophe de Beauiaont, aisdbevéquedePans, dans «xie lettre pastorale^ rdeva toutes les aoousations calomnieuses, accumulées par les magistrats contre l'institut et la société de Jésus. Il concluait ainsi : a Noms sommes convaincu que cet in»p tittt est pieux ^ comme l'a déclaré le «concile de Trente, qu'il eiBt
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» vénérable^ ccmme le pensait l'illustre Bossuet. Nous savons que % la doctrine du corps entier n'a jamais été corrompue , et nous » sommes très éloigné de regarder le Recueil des assertions comme » le précis et le résultat de renseignement propre des Jésuites. » Cette courageuse protestation valut au nouvel Athanase les foudres du parlement et la peine de l'exil. Cependant Louis XY n'avait personnellement aucun ressentiment contre les Jésuites , mais Madame de Pompadour les détestait, blessée qu'elle était par la franche déclaration de leurs pensées à son égard : elle leur avait voué la haine que le vice porte à la vertu. Tous les historiens j sans exception , ont attesté cette irritation vindicative delà courtisane ; et Choiseul , dévoué à sa propre grandeur et à aan propre pouvoir, n'eut garde de résister à la favorite : la suppression des Jésuites fut résolue. L'opinion publique, malheureusement égarée , s'était révélée avec les démonstrations les plus bruyantes contre les Jésuites, le 8 mai 1760 , jour où le parlement condamna le P. Lavallette, Ce religieux, résidant à la Martinique; avait souscrit une lettre de change tirée sur le P. de Sacy , son confrère, demewant à Paris. La lettre fut protestée ; cette affaire, en d'autres temps, n'eût été qu'une simple affaire commerciale : on en fit un crime d'Etat, le parlement s'en attribua la connus* sance , et son arrêt fut rendu , au milieu des applaudissements frénétiques de la multitude. Les Jésuites furent condanmés à acquitter les lettres de change, et à payer, en outre, cinquante mille livres de dommages et intérêts. Nous ne discuterons pas l'équité de ce jugement ; le P. Lavallette était coupable, au moins, d'une imprudence grave ; mais on peut croire qu'en tout autre temps on eût pas rendu la société entière responsable de la témérité d'un simple particulier , Les nouveaux philosophes , qui travaillaient si puissamment à l'anéantissement de la religion, avûent calculé que l'extinction des ordres religieux était un des premiers moyens à mettre en usage. Il leur parut qu'il fallait d'abord sacrifier les» Jésuites, et ils se liguèrent contre eux. L'épiscopat français, au contraire, réunit ses efforts en faveur de la société. Trois prélats seulement semblèrent vouloir faire cause commune avec les par* lements révoltés contre l'Eglise. Fitz-James, évêque de Soissons, le chef du parti janséniste, en France ; de BeauteviUe, évèque