CHAPITRE V
d'Alals, esprit faible, mais entêté et dominé par les sectaires ; et de Vaugiraud, évêque d'Angers, ami, jusqu'à cette époque, de la compagnie de Jésus , avaient approuvé , dans des instructions pastorales, V Extrait des assertions, publié par ordre du parlement de Paris. Fitz-James publia un mandement, dans ce sens, que Clément XÏÏT condamna par un décret du 13 avril 1763. Le Pape savait, à la fermeté, ailier la douceur et l'indulgence. Après avoir frappé un coup d'éclat contre l'évêque de Soissons, il voulut user de condescendance envers les deux autres prélats , moins opiniâtres et moins coupables ; les lettres qu'il écrivit à chacun d'eux sont des cheË>4'œuvre d'esprit apostolique et de zèle , uni aux plus douces inspirations de la charité.
7. Louis XY était sollicité en faveur des Jésuites, parla reine, par le Dauphin, par tous les personnages vertueux de sa cour ; la passion des parlements l'emporta. Le 6 août 1762, un arrêt définitif supprimait la Compagnie de Jésus en France. On y pronon* çaitqu'il y avait abus dans leur institut ; qu'il était inadmissible par sa nature dans tout Etat policé^ comme contraire au droit naturel, attentatoire à l'autorité spirituelle et temporelle. On déclarait les vœux et les serments, faits par les religieux, nuls et de nul effet, et les aflSliations à la société abusives ; on enjoignait à tous les Jésuites de sortir de leurs maisons ; on leur défendait de 5uivre l'institut et ses règles, d'en porter l'habit, de vivre en commun et d'entretenir des correspondances entre eux. Enfin, on les déclarait incapables de remplir aucun emploi^ s'ils ne prêtaient le serment d'enseigner et de maintenir les quatre articles. Ainsi fut consommé le triomphe des ennemis des illustres enfants de Loyola : l'exemple de la capitale fut suivi dans les provinces avec une étonnante rapidité, pendant que la plus saine partie de la nation gémissait d'un si douloureux attentat contre les intérêts les plus chers du catholicisme. <& L'arrêt du parlement, dit le pu- » bliciste protestant Schall, porte trop visiblement le caractère de » la passion et de l'injustice , pour ne pas être désapprouvé par j> tous les hommes de bien non prévenus ; vouloir forcer les » Jésuites à réprouver les principes de leur ordre , c'était décider D arbitrairement un fait historique manifestement faux et con- » trouvé. Mais dans les maladies de l'esprit humain, comme celles
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» qui affectaient Ta génération d'alors , la raison se tmt, le jugerj> ment est obscurci par les préventions, » Les quatre mille Pères qui étaient en France furent obligés de s^expatrier.^
8. n était impossible que le chef de l'Eglise vit, Jun œil indif« férent, de si graves atteintes portées à la refigion. Ctémeut XIIl devait s'expliquer sur nnconcevaSle sentence du parlement de Paris ; il le fit en.ce$ termes, dans une allocution prononcée- en consistoire secret, devant les cardinaux rassemblés, le 3 septembre 1762 : c( Des magistrats séculiers, s^écriait avec une dou- 3» loureuse indignation le souverain Pbntîfe , des magistrats sécu- » lîers usurpent renseignement doctrinal, qui n'a été confié qu'aux 3» pasteurs d'Israël , qu'aux gardiens vigilants du troupeau. Us D Fusurpent au mépris de cet oracle <fivin : Les lèvres du prêtre » garderont la science y ePdest de sa bouche que les peuples ap^ » prendront la loi. On calomnie, on réprouve l'institut des clercs j> réguliers de la Compagnie de Jésus , un institut pieux ,. utile à » l'Eglise, depuis longtemps approuvé parle Siège apostolique, D et qui a obtenu des Pontifes romains et du concile de Trente x> des louanges impérissables. On verse Fbpprobre sur la règle de » cette société ; on la représente comme contraire aux lois divines D et humaines ;. on la proscrit , on la condamne aux flanunes* 9 Enfin, il est afi&eux de le dire, les membres de ce corps reli- » gieux, qui ont fidt vceu d*en suivre la règle, et qui , prosternés i> au pied des autels, ont, sur la foi des serments les plus solennels, s» supplié le Dieu tout->puissant d'être le témoin et le garant de » leur promesse,. en sont violemment dispensés ; et, par un ate- » tentât exécrable, et jusqu'ici sans exemple, il Ifeur est défendu, » sous les peines Ifes plus graves, d'àocomplir les vœux que leura » lèvres ont prononcés^ et que l'Etemel a reçus. — On vend leurs » biens au mépris des immunités ecclésiastiques ; on tes dépouille » de leur habit, on leur ôte leur nom, on interdit tout rapport » avec leurs confrères ; on leur ôte tout espoir d'obtenir un bé- » néfice ecclésiastique o» un emploi temporel , si , entre autres » engagements ils ne conunencent par jurer qu'ils soutiendront » et défendront les quatre trop fameuses propositions de l'assem- » blée du clergé de France, en 1682, propositions que notre pré- 1» décesseur Alexandre Yïlï a désapprouvées et annulées. » En
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conséquence. Clément JSH cassait l'arrêt du pavlement ei déda-* rait qa'il devait être regardé comme non avenu. Des raisons de prudence Pavaient empêché de donner le dernier caractère de publicité officielle à cet acte de la puissance ponficale. Il espérait <{ue, mieux inspiré, le gouvernement de Louis XY reviendrait à une conduite plus modérée.
9. Les vœux du saint Poati£e ne se réalisèrent point. Comme à. la Providence eût voulu punir la France, le royaume était alors en proie aux horreurs d'une guerre désastreuse, à lacpieUe on a. donné le nom de guerre de Sept ans. Les Anglais, au mépris du traité d'Âix-la-Chapelle, s'étaient.emparés des possessions fran-çaises au Canada et avaient attaqué nos vaisseaux marchands, qui naviguaient, en toute assurance , sous la garantie sacrée de la psdx, et dont plus de trois cents devinrent la proie d'une odieuse rapacité. Louis XY, malgré ses inclinations pacifiques, se vit obligé de reprendre les armes (1754). La France et FAutricheit depuis trois siècles ennemies, se réunirent; la Russie, la Pologne et la Suède , également divisées entre elles, se rapprochèrent de même pour entrer dans les intérêts de Louis XY ; l'Espagne,, la Hollande et La Sardaigne restèrent neutres, de sorte que l' Angle terre ne trouva dans toute l'Eiu'ope d'autre alliée que la Prusse, où régnait toujours le grand Frédéric. Le génie de ce souverain valait dix alliances. La sanglante défaite du maréchal de Soubise à Rosbach porta la gloire de Frédéric à son comble. Les Anglais, malgré le fameux pacte de famille, négocié par le duc de Choiseul entre les diverses branches de la maison de Rourbon (France, Espagne, Naples, Parme), dépouillèrent la France de ses établis^ sements aux Indes, en Amérique, aa Sénégal, l'Espagne de ses riches colonies de Cuba, des Philippines, et ruinèrent la Havane et Manille. Louis XY et l'Espagne se virent contraints de signer la pais de Paris,, l'une des j^us honteuses, mais aussi l'une defl plus nécessaires de notre histoire. La France avait perdu, pendant cette guerre déplorable, sa plus florissante jeunesse, la mcHtié de son numéraire, sa marine, son commerce, son crédit et sa gbh:e. La monarchie de Louis XIY n'était plus reconnais* sable (1763).