CHAPITRE V
» firappé pendant les neuf malheureuses années de notre pontî-^ » ficat, le plus sensible à notre cœur paternel a été celui que Votre » Majesté vient de nous porter en expulsant les religieux de la s> compagnie de Jésus. Ainsi, vous aussi, mon Sis, tuquoque^ D Fili mil Ainsi ^ notre cher fils Charles m, roi catholique, doit » être celui qui remplit le calice de nos peines, et plonge dans le D tombeau, baignée dans les larmes et dans la douleur, notre D vieillesse malheureuse. » Le roi d'Espagne répondit au Pape : » Pour épargner au monde un grand scandale, je conserverai à » jamais, dans mon cœur, le secret abominable qui a nécessité » ces rigueurs. Sa Sainteté doit m'en croire, sur parole; la sûreté » de ma vie exige de moi un profond silence sur cette affaire. » Le secret que le monarque abusé ne voulait pas révéler à Clément Xin, l'histoire le sait et en a fait retomber l'infamie sur les auteurs de cette œuvre de ténèbres et d'iniquités. L'exemple du roi d'Espagne fut bientôt suivi dans sa famille. Le roi de Naples, son fils, ou plutôt le ministre Tanucci, auquel Charles UI avait confié le gouvernement napolitain pendant la minorité du jeune prince, suivit les impulsions de la cour de Madrid : tous les jésuites des six maisons de Naples furent enlevés en une nuit et transportés à PouzzoUes, d'où on les expulsa du royaume. L'année suivante, le duc de Parme et le grand-maître de Malte chassaient également tous les membres de la famille de Loyola (1768).
14. Sous les coups répétés de tant d'assauts^ sous Taccablante pression de tant d'outrages. Clément XTTT succomba enfin à sa douleur. Il s'affaissa tout à coup, à l'heure où la Providence vou« lut lui donner le repos et la couronne si chèrement achetés. Il mourut le 2 février 1769, à Page de 75 ans.
g %. PoBiUlcat 4e CléaiCBt XIV (19 mai 1769-22 septembre 177i).
15. «La lutte suspendue par Qément Xm, dit M. le comte de D Saint-Priest, et décidée par sa mort, présentait la plus grave D importance. — La suppression de la société de Jésus (1) était » alors comme un centre malheureux, autour duquel gravitaient
(i) HUtoire du pontificat de diment XIV, 1. 1 , p. 175, P. Theiner*
a% CLÉMENT XIV (1769-1774);
j) tous les intéi^ts de l'Eglise. On mettait pour condition à la re&i> titution des droits qui lui avaient été en partie disputés, et » arrachés en partie, qu'elle consentît à sacrifier les Jésuites, à la s> défense de qui elle les avait perdus, pendant le saint combat » qu'elle avait soutenu à cause d'eux, sous le pontificat de Qé- » ment XIV. Dans l'état des affaires à cette époque, ajoute M. le p comte de Saînt-Priest, il n'y avait plus de transaction possible* » La fierté des Bourbons ne leur permettait pas de renoncer à » Tentreprise commencée. Âpres avoir banni les Jésuites de leurs D ^propres Etats, ils se croyaient engagés dlionneur à les efiietcer f> de la terre. Mais c'est au Saint-Siège lui-même qu'il fallait )» arracher ce sacrifice; c'est lui qui devait licencier cette milice » que le xvi^ siècle vit naître tout armée pour combattre l'esprit y> nouveau qui houleversait l'Europe. Fallait-il la laisser périr y> sous les coups d'une philosophie .menteuse? Fallait-il Becon» y> naître les droite de cette fille de la Hétorme , {xlus dangereuse OD que sa mère? )) Or, la démarche à faire dans ce but pouvait être tentée de deux manières : d'abord ouvertement, en demandant au conclave qu'il portât un arrêté en vertu duquel le Pape futur fût lié envers les cardinaux pour l'extinction des Jésuites; ou bien en secret, et en obtenant du Pape à éhre, la promesse par écrit de la suppression de la compagnie de Jésus. Le premier et le second parti furent rejetés par les cardinaux des couronnes, non-seulement comme dangereux, mais plus encore comme illégitimes. Il n'y eut donc aucun pacte ni public ni secret entre les puissances et le Pape à élire. Les cardinaux des couronnes se bornèrent à exercer leur droit d'exclusion , au nom de leurs souverains respectifs , contre les candidats qui leur déplaisaient. Enfin, le 1 9 mai 1769, Ganganelii réunit tous les suffrages, à l'exception de celui du cardinal Orsini qui criait en vûn que Ganganelii était un jésuite déguisé. Sa protestation ne fut pas écoutée : le nouveau Pontife fut proclamé et prit le nom de Qément XTV. Son élection ne présente aucun des vices de fonne qu'on a prétendu y relever. Elle fiit l'affaire de quelques heures ; aucune promesse écrite ou secrète ne la précéda. Les intrigues politiques, qui se croisèrent pendanl la durée du conclave, n'altérèrent en rien la liberté des su&ages. Les candidats^ proposés