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coalisée. La guerre de la Vendée , où un peuple de géants avait pris en main la cause de la justice et de la monarchie vaincues, ne réussit pas davantage à détourner la France du sentier du crime, de l'opprobre et de Tinfamie. En ce moment, du milieu de toutes ces ruines , du sein de tous ces désordres, surgissait un nom y que l'histoire devait placer plus tard à côté des noms d'Alexandre, d'Annibal et de César. Un jeune Corse, élevé à l'école militaire de Brienne, allait se tailler yu manteau impérial (dans les débris des monarchies écroulées, et promener sa gloire des Pyramides au Thabor , du Nil jusqu'à l'Euxin. Bonaparte , dont le génie s'était déjà signa]^ au siège de Toulon, est nommé général en chef de l'armée d'Italie (mars 1796).
18. Pie YI avait opposé à la série des actes révolutionnaires un courage vraiment apostolique. Il s'était vigoureusement élevé contre la confiscation des biens du clergé ; contre la prise de possession du comtat Yenaissin, au nom de la république; contre l'émancipation scandaleuse des ordres religieux, la loi du divorce, celle du mariage des prêtres, le massacre ou la déportation du sacerdoce fidèle. Il n'avait employé, contre ces attentats inouïs, que les armes spirituelles, et avait, du reste, strictement observé, en politique, une neutralité que l'affaiblissement du pouvoir temporel du Saint-Siège rendait indispensable. Au moment même où les troupes républicaines envahissaient le territoire de l'Italie, le Pape, tout entier appliqué au soin du gouvernement des âmes, venait de publier la bulle Auctorem fidei, où il condanmait les doctrines du synode de Pistoie , comme renouvelant les erreurs plusieurs fois anathémaiisées de Wicleff, Luther, Baîus, Jansénius, Quesnel et les tendances schismatiques de la déclaration da clergé de France de 1 682. Telle était Tattitude du souverain Pontife au printemps de 1796 , quand, du sommet des Alpes, le général Napoléon Bonaparte adressa sa première harangue à ses troupes, a Soldats, vous êtes nus, mal nourris. Le Directoire vous » doit beaucoup, il ne peut rien vous donner. Regardez ces belles » contrées; elles vous appartiennent. Vous y trouverez honneurs, » gloire et richesses. » Les victoires de Montenotte, de Lodi , de Castiglione, de Rivoli, d'Arcole, répondirent aux accents de cette éloquence militaire, dont l'écolier de Brienne avait surpris le ser
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cret en étudiant Plutarque, Tacite et Tite-Live. Bonaparte se montra aussi habile politique que grand capitaine. Le traité de Rastadt (novembre 1797), où le jeune vainqueur dicta les condi* lions de paix, créait et organisait la république Cisalpine, et concluait avec FAutriche et la Sardaigne une pacification onéreuse pour ces deux puissances.
il 19. Les négociations avec le Pape devaient avoir une issue plus f malheureuse. Vainement le vainqueur d'Arcole avait envoyé à ! Pie VI un messager chargé de lui transmettre ces paroles : a Vous » direz à Pie VI que Bonaparte n'est pas un Attila, et que, le fût« » il, le Pape devrait se souvenir qu'il est le successeur de saint v> Léon. » Le Directoire fixa à trente millions d'écus la somme que devait payer le Saint-Siège , s'il ne voulait se voir enlever tous ses domaines en Italie. On lui prenait en outre les Légations d'Urbin. Quelque dures que fussent ces conditions, il fallait s'y soumettre. Tous les ordres de l'Etat rivalisèrent de générosité et de zèle pour compléter les sommes énormes que la victoire, abusant d'elle-même , voulut lever sur les Etats romains. Pie VI fit transporter toute son argenterie à la Monnaie, et ce noble exemple fut imité par tous ses sujets. Cependant des commissaires en* voyésparle Directoire, arrivèrent à Rome, et déclarèrent, au nom de Talleyrand, l'indigne évêque d'Autun, devenu ministre des relations extérieures de la république, que, pour article pré-' liminaire de la paix, on exigeait du Pape la rétractation des brefs par lesquels il avait condamné la Constitution civile du clergé^' Les cardinaux, convoqués par le Pape, déclarèrent qu'on nepou<^ vait pas accorder une pareille demande, parce qu'elle renverserait toute la doctrine de l'Eglise. Il ne pouvait y avoir de décision plus conforme aux intentions de Pie VI et à ses sentiments de piété. « Nous trouvons^ s'écria-t-il, la couronne du martyre plus » brillante que celle que nous portons sur notre tête, s» Cette apostolique parole était une prophétie ; elle devint la règle de conduite de l'héroïque Pontife.
20. Le 12 février 1798 les Français entrèrent à Rome sous la conduite de Berthier , plantèrent un arbre de la liberté sur la place Saint-Pierre, et le 1 5 le général Cervoni se présentait au Vatican, devant le vicaire de Jésus-Christ, pour lui annoncer qu'il n'était
plus souverain temporel. Comme il s'embarrassait dans son exorde : c( Allons, Monâeur, lui dit Pie YI, exposez, sans tant » de préambule, votre commission ; nous sommes préparé à tout. » Gervoni reprit alors son discours, en affirmant que le culte catholique serait solennellement garanti et que l'autorité spirituelle du chef de l'Eglise universelle demeurerait dans sa plénitude et son intégrité. Le Pape l'interrompit : « Monsieur, lui dit-il, cette au* S) torité nous a été donnée de Dieu et nulle puissance humaine ne y> saurait nous la ravir. » Le général s'efforça de justifier ce qu'on avait fait, quant au temporel. Le Pape répondit article par ar* ticle, fit parler les faits, qui proclamsdent assez haut sa loyauté et L'injuste violence du Directoire ; puis il congédia poliment le général. Le Pape devait avoir une garde de cinq cents hommes ; dès le 16 février elle fat licenciée subitement, et Pie YI fait prisonnier dans son palais. On voulut réduire l'auguste Pontife à demander lui-même son éloignement de Rome ; mais toutes les tentatives à ce sujet furent inutiles, et, le 17 février, on lui signifia formellement l'ordre de se rendre en Toscane, avec menace, en cas de refus, de l'y conduire à main armée. « Mais je suis à peine j> convalescent, s'écria le mariyr; je ne puis abandonner mon » peuple ni mes devoirs, je veux mourir ici. — Vous mounnez » partout, lui répondit Haller, le commissaire du Directoire, avec D une atroce brutalité ; si les voies de la douceur ne savent point x> vous persuader, la force sera plus éloquente. » Resté seul avec quelques serviteurs fidèles. Pie YI parut pour la première fois brisé par la douleur. H entra dans son oratoire, se recueillit on instant dans le sein de Dieu, et reparut ensuite avec sa sérénité ordinaire. <k Dieu le veut, dit-il. Dieu le veut ! Préparons-nous à ]» subir tout ce que sa Providence nous réserve. if> Et pendant les quarante-huit heures qu'il passa encore à Rome, il ne cessa de travailler aux affaires de l'Eglise. La nuit même de son départ (20 février 1798), le commissaire français, qui avait devancé le jour, trouva Pie VI prosterné au pied du crucifix. « Dépêchezvous , » s'écriait l'impatient exécuteur de cette violence sacrilège ; et, le pressant de descendre l'escalier du Vatican, il ne le perdit point de vue qu'il ne fui monté dans la voiture qui l'attendait* C'est ainsi que ce vénérable Pontife^ arraché à son palais, était