‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 178 sur 192 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

traîné au £eu incertain de son exil et de son supplice , à travers ses ténèbres d'une nuit désastreuse, dont un orage épouvantable vint encore augmenter Thorreur.

21. Le 25 du même mois le Pape arriva à Sienne, où on le logea pendant trois mois au couvent des Augustins. Le 2 juin suivant il fàt transféré dans la Chartreuse, près de Florence. Cependant sa présence en Italie portant encore ombrage au Directoire, on songea à le faire transporter en France. Le 1^ avril 1799 on Tenleva pour le conduire à Parme : il se trouvait dans un état si alarmant que ses médecins protestèrent contre un nouveau déplacement. Le commissaire français entra dans la chambre de l'auguste malade, fit découvrir le lit du Pape, considéra le Pontife avec cette brutalité farouche qui convenait si bien à sa mission, sortit un moment et rentra presque aussitôt, en disant y « Mort ou vif il faut qu'il parte, d Le duc de Parme eut la lâcheté de fournir aux Français une troupe de satellites pour escorter Re VI jusqu'à Turin. Comme il cherchait à justifier cette conduite auprès du Pape, en Tattribuant à la contrainte qui pesait sur lui : <t Altesse royale , répondit le martyr, les juifs employé- D rent le même argument quand ils délibérèrent sur le parti qu'ils » devaient prendre à l'égard de Jésus-Christ. Ils disaient : Les t) Romains viendront et détnàront nsire ville. Que votre Altesse D Boyale me permette encore de lui citer le commentaire que D saint Augustin nous a laissé de ces paroles : Us craignirent de » perdre leur puissance et ne pensèrent point à la vie étemelle ,' » et ils perdirent ainsi l'une et l'autre. » Pie YI arriva le 22 avril dans la capitale du Piémont, et apprit le lendemain que la France était son lieu d'exil. « J'irai partout où ils voudront, s'écria-t-il; D en levant les yeux et les mains au ciel. x> Le 26 il fut enlevé pendant la nuit ; pour lui faire franchir le mont Genève, on l'assit sur un grossier brancard, et pendant quatre heures il se trouva suspendu au milieu des abîmes et pénétré par un vent glacial. A Briançon il fut séparé des fidèles compagnons de son martyre» Arrivé à Valence, le 14 juillet, il y déploya un coiu'age héroïque; •a Mes souffrances corporelles ne sont rien, disait-il, en compa- » raison des peines de mon cœur. Les cardinaux et les évêques ;» dispersésl Rome! mon peuple! l'Eglisel ah! voilà ce qui, nuit

812 PIB VI (1775-1799).

» et jours , fait mon tounxient. Ed qael état vab-je donc les 1» laisser 1 1» A ces pensées si amères, à ces douleurs si poignantes se joignirent de nouvelles persécutions. Le Directoire avait ordonné que le Pape fîit transféré à Dijon; il défendit expressément qu'on s'arrêtât à Lyon. Mais la maladie du Pape avait fait de tels progrès, que le moindre mouvement extraordinaire pouvait hâter l'instant fatal. On fut obligé de le laisser à Valence. Le 13 août ime amélioration trompeuse se manifesta dans Ia santé de l'auguste vieillard ; une foule immense aux fenêtres du Pape implorait la faveur d'une dernière bénédiction. Les officiers voulaient écarter la foule, mais craignant une révolte ils supplièrent le Pontife de se montrer au peuple. Pie YI, plus sûr de sa docilité que de ses forces, se fit porter sur le balcon , vêtu des ornements pontificaux, et, en présence de la multitude attendrie, il cria d'une voix sonore : Ecce homo, et il donna avec amour cette dernière bénédiction. Le 29 août 1799, Pie YI expirait, en priant pour la France, a Ne pourraii-on pas croire, dit Ranke, que c'en étût D fait pour toujours de la Papauté! » Sans doute, à juger des choses humainement ; mais Dieu , au milieu même des circonstances les plus désastreuses et les plus menaçantes, veillait, selon sa promesse infaillible, s;pr les immortelles destinées de son Eglise ; jamais la barque de saint Pierre n'est plu3 près du port que quand elle semble submex^ée par la tempête.

; CHAPITRE YII.

SOMMAIRE

§ 1. PONTIFICAT DE PIE VU (14 mais 1800-20 septembre 1823).

1. Election du Pape Pie Vil. — 2. Concordat. — 8. Bulle Ecclesîà Christl Schisme de la petite Eglise. Bulle Qui ChrisH Domini. — 4 Le cardinal Caprara en France. Translation du corps de Pie VI à Rome. Le concordat est ratifié par le Corps législatif. Cérémonie de la réouverture des églises en France. -^ 5. Assassinat du duc d^Enghien. — 6. Lettre de Tempereur h Pie Vn. Mariage religieux de Napoléon et de Joséphine. — 7. Sacre de Tem* pereur. Séjour de Pie Vn à Paris. Son retour à Rome. — 8. Mémoire adressé par le Pape à Napoléon. Réponse de Tempereur. ^ 9. Affaire du mariage de Jérôme Bonaparte. Fermeté du Pape. Bénévent et Ponte-Corvo sont repris au Saint-Siège. Pesaro^ Fano^ Sinigaglia, Givita-Vecchia sont occupés militai^ rement par ordre de Fempereur. — 10. Paix de Tilsitt. Nouvelle entreprise de Napoléon contre le Saint-Siège. ^ 11. Entrée du général Miollis et des troupes françaises à Rome. — 12. Bulle d'excommunication Quum memorandà die. — 18. Le Pape est déporté à Savone. — 14. Commission ecclésias* tique nommée par Fempereur. Lettre au Pape captif. Réponse de Pie VIL •—15. Divorce de Napoléon. Affaire du second mariage avec Marie-Louise. — 16. Entretien de Napoléon avec Tabbé Emery. ^ 17. Députation de quatre évéqucs au Pape. Concessions surprises à Pie VU. — 18. Première partie du concile de Paris. Arrestation de MM. de Boulogne ^ Him et de Broglie. — 19. Seconde partie du concile de Paris. Décret de ce concile. Pie VII le ratifie. «- 20. Campagne de Moscou. — 21. Nouveau concordat de 1813, arraché par la violence au Pape. — 22. Pie VII rétracte le concordat de 1818. — 23. Restauration. — 24. Retour de Pie VII à Rome. Rétablissement des Jésuites. •— 25. Les GeutJours. — 26. Derniers actes et mort de Pie VII.

§ 2. PONTincAT DE l£on xii (28 septembre 1823*10 février 1829).

^7. Election de Léon XII. Sa première allocution aux cardinaux. — 28. Le li« béralisme en Europe. •* 29. M. le comte Joseph de Maistre. ^ 80. M. le vicomte de Ronald. — - 81. Tentatives gallicanes en France. M. Tabbô de Lamennais. — 82. Concordat avec le Hanovre. Mort de Louis XVIIL — 33. M. Feutrier. -— 34. Mort de Léon XII.

§ 3. PONTincAT DE PIE vm (31 mars 1829-30 novembre 1830).

85. Election de Pie VIII. Encyclique à tous les évoques de la catholicité. — 86. Conquête d*Alger. Révolution de 1830. — 37. Entretien de Mgr de Quélea avec Louis-Philippe. — 38. Mort de Pie VUE.

§ 4. PONTIFICAT DE GRÉGOIRE XVI (2 février 1831-1" juin 1846).

B9. Election de Grégoire XVI. — Premiers actes de son pontificat. — 40. Adml- W 33

tu m vn (1800-1823).

nistraiion intérieore de Grégoire XVI.— 41. Pillage de Saint-Germaiû-rAuxtfroie et de rarchevèché de Paris. — 42. Choléra de 1882. — 48. Propagation des mauvaises doctrines en France. Condamnation M. de Lamennais. — 44. Caractère da règne de Liwin JMiiiippf . -* 4ft. Symptômes de restanratioB religieuse en France. Mort de Grégoire XVI. Election de Sa Sainteté Pie Dl. *-> 46. Conclusion.

S i. Pontificat é» ne vn (14 man 1800-29 septembre 1823).

1. La révolution n'avait pas encore vaincu toute l'Euic^ ea&olique; la mort du Pape martyr arriva précisénient à one époque où laooalitîon remporta de nouvelles vÎGtoîrfis sur k lépublique firançaise. Cette circonstance rendit possible la léunton âes cardinaux à Venise ; quelques mois après, la France et le inonde apprirent Tétonnante nouvelle de l'éleotioo d'un Pêfe. L'incrédulité, le schisme. Thérésie disaient tout haut que la Papauté avait fait «on temps etquePie VI n'aurait pas de suoœsseiur. Et cependant, au miÛeu de tant de révolutioDs, de gamiesj d^animositésy de haines, le cardinal Ghiaramonti, évéqoe d*!mola, fut élu à l'unanimité, et prit le nom qu'il a illustré de pie vn. Deux mcm ^us tard, le nouveau Pape faisait son anbée à Ancône, au bruit d'une salve d'artillerie, h&s vaisseaux russes i|ui stationnaient dans le port donnèrent le salut impérial, par ordre de Paul I*'. Six c^ifts habitants d' Anoône, qui se rdayaîent tour à tour, dételèrent les chevaux de la voiture, «t ayant sAlaehé des cordes garnies de rubans de diverses couleurs, ils la traînèrent jusqu'au palais du cardinal-évèque. Le 3 juillet ItOO, au nilîeu d'indicibles transports de joie de la part du peu]^ rotMÉn, Pie vn prenait possession de la capitale du monde dirétîen.

2. Les revers de la France en Italie avaient été dus à Vékigmment d'un homme, dont le monde apprenait les étoni«nts€z^its #ur les champs de bataille de l'Orient. L'Egypte, cette terre des Tieilles gloires, avait paru à Bonapiftrte un beau piédestal pour son nom, un théâtre digne de lui. Revenu en France, couronné par la victoire, mais victoire stérile, qui ne servit qu'à sa renom* mée, le jeime conquérant fut nommé premier consuL II vouhit illustrer celle dignité républicaine par de nouveaux lauriers. L'Italie, où «on génie s'était signalé pour la prmiièro fois, appelait de nouveau sas annes; le 27 avril ISOO^ il faisait frau^ûr

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k mont Sttnt-Benaid à ses troupes, ^ le 14 juin, la célébra Imk taille de Marengo lui donnait de nouveau le droit de dicter dea conditions de paix à r£urope. La France revit le héros avec ua enthousiasme impossible à décrire. Nul ne s'y méprenait, Bonaparte était l'homme de Tordre. Deux voies se présentaient à lui pour accomplir sa mission; Monk de la légitimité, il pouvait, de son épée victorieuse, reconstituer la monarchie française au profit des Bourbons; il pouvait prendre pour lui-même un pouvoir qui se présentait de lui-même sous sa main. Bonaparte choisit le second parti; il fut emperemr. L'histoire de notre patrie s'enrichira, soas son règne, de pages héroïques ; mais aucune n'ofirira peut-étoe un spectacle plus grand que celui qu'aurait pu donner alors le vainqueur d' Arcole, des Pyramides et de Marengo, rap*' pelant sur son trône l'héritier de Louis XVL Bonaparte voulut préparer les matériaux de l'édifice qu'il se proposait de recons* truire. €e (ut elors que, par le concours des hommes les plus écllurés, il proposa ces recueik de lois, ces codes, faits pour immortaliser son nom, plus encore, s'il est possible, que ses vio* toîres. Toutes les administrations, tous les services publies raçurent une MganisaticMi nouvelle, plus forte, plus centrale, pina &cile à contrôler. De toutes ces améliorations, il résulta un iiBtoilr 4ie confiaMe et de erédit qui donnait au nouveau gouverneoimt la force dans le présent et la sécurité dans l'avenir. Au milÎJBu de ces travaux pour la résurrection législative et admi- ■îsirative de la France, Bonaparte songeait à en accomplir un SHtre qui les couronnât tous, et qui commençât une nouvelle ère dans l'histoire de l'Eglise catholique. Ce fut la paix, la réconciliatÎMi de la France avec le centre de l'unité, le successeiu* de saint Ken», par le concordat de 1801. La première ouverture en fut fftite le lendemain de la bataille de Marengo par le vainqueur hiKfli&iBe« Cette déclaration avait été si spontanée, si claire, si piéûtse, que, le jour même, un cardinal recevait la mission de s'en ouvrir avec sa Sainteté. Pie Vil venait de rentrer à Rome : c ViNis pouvez dire au premier consul, répondit-il, que nous ^ BOUS iptêàetooA avec bonheur à une négociation dont le but est » il reqiectoUe^ si convenable à notre ministère apostolique, si » tianfcriitf aux vœux de notre cœur. » Le prélat Coiisalvi, pour

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qui Bonaparte semblait animé de dispositions favorables, fut immédiatement créé cardinal et chargé, par Pie VU, de suivre à Bome la négociation du concordat. Le général français accréditait .en même temps, auprès de Sa Sainteté, un homme dont le nom est resté cher aux catholiques de France, M. Cacault, qui fit admirer sa modération, son esprit bienveillant, la sagesse et la prudence de sa diplomatie. En prenant congé du premier consul, M. Cacault lui demanda comment il fallait traiter le Pape : .«Traitez-le, répondit le guerrier, comme s'il avait deux cents » mille hommes. » Malgré la bonne volonté réciproque, les négo* €iations tramaient en longueur. Pie VU se décida à faire partir pour Paris le cardinal Consalvi, que l'on appelait la sirène de Mome^ espérant que l'habile prélat réussirait mieux auprès du premier consul. Pie Vil n'avait pas trop présumé de l'habileté de ce nonce extraordinaire. Le 16 juillet 1801, le concordat fut signé à Paris par le premier consul, et, un mois après, il était ratiûé à ]Rome par le Pape. En voici les principaux articles : — La religion catholique, apostolique, romaine, sera librement exercée en France. — Il sera fait par le Saint-Siège, de concert avec le goa- Temement, une nouvelle circonscription des diocèses français.— Sa Sainteté déclarera aux titulaires des anciens évêchés qu'elle attend d'eux avec une ferme confiance , pour le bien de la paix et de l'unité, toute espèce de sacrifices, même la résignation de leur siège. S'ils s'y refusent, il sera pourvu, par de nouveaux titulaires du gouvernement, à la circonscription nouvelle. — Les nominations aux évéchés vacants seront faites par le premier consul, et l'institution canonique sera donnée par le Saint-Siège. I '— Les évêques nommeront aux cures ; mais leur choix ne pourra tomber que sur des personnes agréées par le gouvernement. — Sa Sainteté, pour le bien de la paix et l'heureux rétablissement de la religion catholique, déclare que ni elle ni ses successeurs ne troubleront, en aucune manière, les acquéreurs des biens ecclésiastiques aliénés, et qu'en conséquence, la propriété de ces mêmes biens, les droits et revenus qui y sont attachés, demeureront entre les mains des acquéreurs actuels ou celles de leurs ayant-cause. — Le gouvernement assurera un traitement convenable aux évêcfues et aux curés. — Sa Sainteté reconnut; dans le premier

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consul, les mêmes droits et prérogatives , dont jouissait auprès d'elle l'ancien gouvernement.

3. La bulle Ecdesia Christi annonça au monde catholique l'heureuse conclusion du concordat (15 août 1801). Le même jour, Pie Vil adressait aux évêques de France un bref dans lequel il leur déclarait que la conservation de l'unité et le bien général de l'Eglise demandaient d'eux la renonciation pure et simple de leur siège. « Nous sommes forcé, disait-il, par la nécessité des j^ temps, qui exerce aussi sur nous sa violence, de vous annoncer » que votre réponse doit nous être envoyée dans dix jours, et que y> cette réponse doit être absolue, de manière que si elle n'était » pas telle que nous l'espérons de votre piété, nous serions con- » traint de vous considérer comme ayant refusé d'acquiescer à JD notre demande. » Sur cent trente-cinq sièges épiscopaux que comprenait la France, en 1789, cinquante et un titulaires étaient morts, trois avaient déjà donné leur démission. Parmi les quatrevingt-un évêques restant, quarante-un accédèrent à la demande que leur faisait le Pape et donnèrent leur démission. Leur doyen d'âge, Mgr. de Belloy, évêque de Marseille, vieillard de quatre-^ vingt-douze ans , successeur immédiat de Belzunce, écrivit à Mgr Spina : « Plein de vénération et d'obéissance pour les dép crets du souverain Pontife , je n'hésite pas à déposer entre ses » mains ma démission de l'évêché de Marseille. Il suffit qu'il D l'estime nécessaire à la conservation de la religion en France, » pour que je m'y résigne. » Dans ces paroles, on respire l'esprit vraiment épiscopal des trois cents évêques d'Afrique qui, sous la présidence de saint Augustin, offrirent de céder leurs sièges aux évêques donatistes, si ceux-ci voulaient renoncer au schisme. Les évêques français ne présentèrent pas cette édifiante unanimité. Trente-six d'entre eux se séparèrent de leur quarante-cinq collègues et se refusèrent aux instances du Pape , non point d'une manière absolue, mais seulement dilatoire. Leurs réclamations tendaient à dire que le Saint-Siège n'avait jamais déployé une autorité pareille, et que cette mesure aurait dû être concertée avec les évêques. La réponse était facile : il s'agissait de sauver la France du naufrage, et Bossuet lui-même a dit que quand il y . la nécessité, ou même utilité évidente, le Pape peut tout, et qu'i

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est au-dessus des canons. Le résultat de cette opposition des trente-six évèques au concordat , fut une espèce de secte ou de seliisme appelé les anticoncordataires y ou la petite église^ secte qui se faisait un mérite de décrier le Pape et son autorité ; schisme dans lequel parait être mort M. de Thémines, ancien évèque de Blois. Sans s'inquiéter de ces résistances , le 29 novembre 1801, Pie YII publiait la bulle Qui ChristiDomini, pour Tezécution du concordat. Il d^larait déroger, en vertu de son autorité apostolique, au consentement des évèques et des chapitres réfractaîres. n leur interdisait Texercice de leur jmidiction et déclarait nuls tous les actes d'administration qu ils pourraient faire. Il anéantissait toutes les églises épiscopales alors existantes en France^ et créait, à leur place, soixante sièges nouveaux partagés en dix métroples. On fit cadrer cette division avec celle des départements, de manière que chaque diocèse comprenait un, deux, et quelque* fois même ^is départements, et que les soixante sièges s'étendaient sur tout le territoire de la France. Du reste, il n'était nullement question, dans la bulle Qui ChristiDomini, des diocèses créés par la constitution civile du clergé. Cette circonscription était regardée comme non avenue, et le Pape n'avait pas eu besoin d'éteindre la juridiction de gens qui n'en avaient pas.

4. Immédiatement après la ratification du concordat, Ke YII envoya un légat à latere pour en suivre et diriger l'exécution. Ce fut le cardinal Caprara, précédemment nonce à Colc^e, à Lueeme et à Vienne. Consalvi retourna à Rome, où le Pape le fit son premier ministre. Une des premières demandes du légat fut la permission de faire transporter, de Valence à Rome, le ooips de Pie VI. Le retour posthume du Pontife martyr fut une vérî* table marche triomphale à travers l'Italie, surtout à l'approche et à l'entrée de Rome. La ville tout entière, l'Europe représentée par ses ambassadeurs , faisaient partie du cortège funèbre. Le 18 février 1802, dans la basilique de Saint-Pierre, eurent lieu la messe solennelle, l'oraison funèbre et les obsèques, célébrées par Pie VU en personne, en présence des ambassadeurs de toutes les puissances chrétiennes. C'était comme une amende honorable de toute rEiux)pe, envers un Pontife qui avait eu à souflErir des vii>lences ou de l'abandon de toute FEurope. Cependant» à Paris, la

pohficatton etredéeatioQ dn concordat n'ayaoçiimt pta. Napo» Ifen avait à eomlMittre de plus d'un oMé. A ceux qmiie^(>alittmt d^aneune religion, il faisait Toir que la reU^on est née^ataîra pour le bon ordre des sociétés humaines. A ceux qui poussaient au protestantisme, il répondût que le grand intértt, la grands lorae de la France, c'est scm unité. Plasieurs fois on fit, pfës de lui, des tentatives pour l'engager à se déclarer, comme m Ai^ g^eterrs, chef de la religion, en mettant de côté le Pape, On le pressait un jour sur ce point; mais interrompant son interloe»» teur : «c Assea, Monsieur, asses. Youlco-vous aussi que je me » fasse crucifier? i» -<-Et comme l'homme à expédients regardait d^un air étonné sans rien comprendre à cette sortie : ^ Ce n'est » point là votre pensée, dit le consul , ni la mienne non plus. Eh » bien ! Monsieur, c'est là ce qu'il ÎFaut pour la vraie reUgionl » Et, après celle-là , je n'en connais pas ni n'en veux connaîtra » une autre. » Enfin, le Corps législatif adopta le concordat comme loi de l'Etat, le 5 avril 1802. Le conseiller d'Etat, Porlalis» avant d'en donner lecture , prononça un discours remargoidile» où il faisait ressortir tous les avantages de la nouvelle mesore* Hais il fit en même temps adq)tar une série i! articles orgemi^ ftusj qui tendaient à mettre le clergé sous la dépendance absolue du gouvernement, et dont on n'avait rien dit dans les négocia-*^ tions préliminaires du concordat Cétait un reste de la dufAicité jansènienne qui dirigeait encore certains personnages influents. Le Pape réclama avec vigueur contre ces additions sufareptices. Avec le temps, plusieurs des articles oi^janiques («t été abrogés , ou expressément, ou tacitement, par le non usage. Le 9 avril le cardinal Caprara commença ses fonctions. Bonaparte nomma «ussitAt aux nouveaux évèchés ; et le légat accorda aux élm l'institution canonique an nom du Saint-Siège. Dix-huit des aneiens évèqnes furent appelés à gouverner de nouveaux diocèses. Malhmn^usement un ministre en crédit fit n(Mnmer aussi douze des anciens constitutionnels. Quelques-uns d'entre eux s'étaient réconciliés ou se reconcilièrent sincèrement avec le Saint-<Siégs ; mm trois ou quatre ne firent pas plus d'honneur au gouvernement, ni de bien à leur diocèse, qu'ils ne témoignèrent de véri-* taUe soumission au Pape. La nomination la plus remarquabla

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fat celle du vénérable évèque de Marseille, de Belloy; au siège métropolitain de Paris. Agé de quatre-vingt-douze ans, il en vécut encore huit, et mourut à cent ans, vénéré de ses nouveaux diocésains. Enfin, le jour de Pâques, 18 avril 1802, àNoiie-r Dame de Paris, la nouvelle Eglise de France, rétablie par la grâce de Dieu et Tautorité du Saint-Siège apostolique, célébra sa propre résurrection y au milieu des chants de triomphe et des larmes de joie des fidèles. Le cardinal-légat officia pontificalement en pré* sence du premier consul et de cette légion de héros, étonnés des splendeurs d'une cérémonie à laquelle leurs yeux n'étaient point habitués. Un Te Deum solennel fit monter, vers le trône du Dieu des miséricordes, l'expression de la reconnaissance et de l'allé* gresse d'un grand peuple réconcilié avec la foi.

5. Les événements se pressaient autour de Bonaparte; plus grande que celle de Louis XIV, la France de 1802 allait de l'Océan aux Alpes et au Rhin ; la république ligurienne, capitale Gènes; la république cisalpine, capitale Milan, et d'autres Etats italiens en formaient les appendices. Ces agrandissements d'inr fluence et de territoire étaient l'œuvre du vainqueur d'Egypte et d'Italie. Poussé par des conseils perfides, il eut alors le malheur de ternir sa gloire par le meurtre du duc d'Enghien , crime sans rsdson, sans cause, sans précédents, souvenir de la Terreur, sous un gouvernement dont l'existence seule était une protestation contre la Terreur. Mais déjà la puissance de celui qui allait s'appder Napoléon était tellement formidable, qu'aucun Français n'osa flétrir le crime de la politique et de l'ambition : nous nous trompons ; un jeune homme qui devait être, qui était déjà la plus grande gloire littéraire de son siècle, M. de Chateaubriand, l'au* teur du Génie du Christianisme, dont l'immortel ouvrage n'avait pas peu contribué à préparer en France la restauration religieuse^ était alors secrétaire d'ambassade à Rome. Il envoya sur-le-champ sa démission au premier consul, en lui disant qu'il <c servait vo* » lontiers le gouvernement de la gloire, mais qu'il ne pouvait se » résoudre à servir celui du sang. y>

6. L'assassinat de l'héritier du nom de Coudé jetait un abîme entre le passé et l'avenir. Le 14 septembre 1804, Bonaparte, qui venait d'échanger so» titre de ecpsul à vie pour celui d'empereur,!

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et son ïfbm cor^ pôtur celui de Napoléon , écrivait de sa main à Pie Vn la lettre suivante : « Très saint Père , Theureux eflfet^ » qu'éprouvent la morale et le caractère de mon peuple par le! » rétablissement de la religion chrétienne, me porte à prier Votre x) Sainteté de me donner une nouvelle preuve de l'intérêt qu'elle' 9 prend à ma destinée et à celle de cette grande nation, dans une » des circonstances les plus importantes qu'offrent les annales du 3» monde. Je la prie de venir donner , au plus éminent degré, laj » caractère de la religion à la cérémonie du sacre et du couron-* » nement du premier empereur des Français. Cette cérémonie » acquerra un nouveau lustre lorsqu'elle sera faite par Votre 3» Sainteté elle-même. Elle attirera sur nous et sur nos peuples la' » bénédiction de Dieu, dont les décrets règlent & sa volonté le sort ^ des empires et des familles. Votre Sainteté connaît les sentie » ments c^ectueux que je lui porte depuis longtemps, et, par là^^ » elle peut juger du plaisir que m'offrira cette circonstance de lui x> en donner de nouvelles preuves, d Pour faciliter la négociation^^ Napoléon avait fait rendre au Saint-Siège les principautés de Bé*^ névent et de Ponte-Gorvo ; il avait fait don à Pie VII de deus. bricks de guerre pour protéger son commerce, et envoyé à Rome^ en qualité d'ambassadeur, son oncle, le cardinal Fesch. Le 2$ novembre 1804 Pie Vil arriva à Fontainebleau. Napoléon était allé à sa rencontre; ils s'embrassèrent affectueusement et montè«^ rent dans la même voiture. Le ministre de la police ayant der mandé au Pape comment il avait trouvé la France, Pie Vil répondit : a Béni soit le ciel, nous l'avons traversée au milieu d'ulï » peuple à genoux I Que nous étions loin de la croire dans un tel » état! » Arrivé à Paris, il reçut les députations du Sénat, du! Corps législatif et du Tribunat. C'était comme une réparation nationale des outrages faits au successeur de saint Pierre par la ré^ . volution. Quatre évêques constitutionnels, Lecoz de Besançon^* Lacombe d'Angoulême, Saurine de Strasbourg, Raymond de' Dijon, voulaient à tout prix se trouver présents au sacre , sans avoir souscrit aux conditions que le Pape avait stipulées & leur égarât Pie Vil fut inflexible. Les évêques se soumirent, vinrent se jeter aux pieds du Pontife et protestèrent devant lui de leur parfaite obéissance. Une autre difBculté plus délicate s'opposait

8M PIE m (1800-1823).

au couronnement. Napoléon, marié cirîleurent, en 179S, anee Joséphine de La Pagme, veuve du vicomte de Beacdiama», n*avaM; pas reçu ta bénédiction nuptiale de l'Eglise. Le Pape exigea que Te mariage f&t célébré ecclésiastiquement; Napoléon craignait le scandale et s'y refusait; mais Pie YR dédan qacj B^ïl avait pu accorder toutes sortes de concessions dans les choses qui tenaient à Tordre civil j il ne pouvait pas transiger avec les doctrines de I*Eglise. Seulement il consentit à concilier , dans I cette affaire, toutes les susceptibilités. En conséquence, la veille 1 du couronnement, à onze heures du scHr, on dressa une chapdDe dans les appartements de Fempereur, et, à minuit, le cardinal Pesch donna la bénédiction nuptiale à Fempereur et à Fimpératrice. Les témoins forent MM. Portails et Duroc, grand maréchal du palais ; rien ne transpira au dehors. Lorsque le cardinal Feseh arriva près du Pape, celui-ci se borna à lui demander : « Mon » cher fils, le mariage est-il célébré? — Oui, très saint Père. — » £h bien, alors nous ne nous opposons plus aucouronnemeBtde » Tauguste impératrice. »

7. Le sacre eut lieu, le 2 décembre, à Notre-Dame de Paris. «Promettez-vous, dit le Pape à Napoléon, de maintenir la paix B dans rÉglise de Dieu 7-^ Je le promets, répon£t le conque* » rant d*une voix assurée. y> Il oublia trop tôt cette pramese» solennelle. Le Pape consacra les derniers moments de son séjoinr à Paris au bien de la religion qui était le principal objet de son voyage. Il présenta une série de demandes toutes relatives ma besoins de TEglise, à la liberté du ministère pastond, à la sop« pression de plusieurs des articles organiques. Quelques cardmanx auraient voulu que Ton profitât de cette circonstance pour réclamer la restitution des trois légations ; mais le Pontife désintéressé ne voulait point mêler des intérêts temporek à des nécessités jdus pressantes; et uniquement attentif à Favantage de la religion, il sollicita, de vive voix et par écrit, des mesures qui répa* lassent les maux passés, rendissent à FEglise et à la France son lustre ancien et des établissements que la révolutbn avait ruinés. On ne se lassait point de voir et d'admirer ce vieillard vénérdUs^ an qui la dignité s'alliait si bien avec la douceur et qui augmei^ t^t le respect dû à son caractère par cehd qu'inspirait sa piélé»

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Accessible & tous^ il aimait à satisfaire chacun et à réitérer ses bénédictions. Il les répandait surtout sur les enfants , et ^-imitant celui dont il était le vicaire, il semblait prendre plaisir à se laisser approcher de cet âge plein d'innocence et de charme. Laprésence, les vertus, la charité du chef de l'Eglise contribuèrent alors à faire tomber bien des préventions, à ramener les cœurs égarés et à exciteWadmiration des ennemis mêmes de la foi. Enfin Pie VU reprit le chemin de l'Italie et rentra à Rome le 16 mai 1805. Il avait eu dans ce voyage , où tout à l'extérieur semblait lui sourire, l'occasion de manifester son courage et sa vigueur aposto* lique. Napoléon rêvait déjà une monarchie universelle; il voulait avoir le Pape sous sa main. Dans ce but il fit ofii*ir confidentiellement à Pie yn de lui bâtir un palais trois fois grand comme le Vatican au milieu de Paris ; le Pape y fixerait sa résidence , et de là Pie VII et Napoléon gouverneraient le monde de concert. « Tout est prévu, répondit le vicaire de Jésus-Christ ; avant de ï> partir de Rome nous avons signé une abdication régulière, ji valable pour le cas où nous perdrions notre liberté ; l'acte est » hors de la portée du pouvoir des Français; le cardinal PignateUi » en est dépositaire à Palerme, et quand on aura signifié les projets » qu'on médite, il ne vous restera plus entre les mains qu'un mî« » sérable moine, qui s'appellera Barnabe Ghiaramonti. » Le soir même de cette réponse sublime, plus glorieuse que la victoire de Marengo, l'empereur signait les ordres de départ. A son arrivée à Rome, le dernier des Stuarts, le cardinal d'York, âgé de quatrevingts ans, en sa qualité de doyen du sacré collège, reçut Pie VII à la porte de la basilique de Saint-Pierre et le complimenta sur l'heureux succès de son voyage (1) !

8. Le Pape avait transmis à Napoléon un mémoire sur la situation du Saint-Siège et des Etats pontificaux, «c Comme il est » de l'intérêt général de la chrétienté , écrivait Pie VII , que les 10 moyens ne manquent pas à son chef, afin qu'il remplisse les » devoirs qui lui sont imposés pour sa propre conservation, le

(i) Pendant son voyage k Paris, Pie VI awt obteau de Napoléon le réuUi»eement du séminaire des Hissions étrangères » de celui du Sainl-Esprit et des Lasarisles.

521 ras vn (1800-1823).

» Pape ne peut être indifférent à se servir de ces moyens. En con- » séquence. Sa Sainteté conjure l'empereur de réparer autant que » possible tant de pertes éprouvées par le Saint-Siège, et d'imiter » ainsi la générosité de Charlemagne. » Napoléon dicta lui-même la réponse à ce mémoire. « Si Dieu nous accorde la durée de la » >ie commune des hommes, dit-il, nous espérons trouver des » circonstances où il nous sera permis de consolider et d'étendre » le domaine du Saint-Siège, et déjà aujourd'hui nous pouvons » et voulons lui prêter une main secourable, l'aider à sortir du )» chaos et des embarras où l'ont entrsdné les crises de la guerre » passée, et par là donner au monde une preuve de notre véné- » ration pour le Saint-Père , de notre protection pour la capitale » de la chrétienté, et enfin du désir constant qui nous anime de » voir notre religion ne le céder à aucune autre pour la pompe de » ses cérémonies, l'éclat de ses temples et tout ce qui peut impo- » ser aux nations. »

9. Cependant Napoléon demandait au Pape de déclarer nul le mariage que son frère Jérôme, encore mineur, avait contracté aux Etats-Unis d'Amérique, avec une protestante, M**' Paterson. Le Pape adressa, en réponse à cette réclamation, une lettre qui restera comme une explication raisonnée des doctrines du Saint- Siège sur l'indissolubilité du mariage. On peut considérer cette lettre comme l'ouvrage particulier du Pape, parce qu'on y reconnait sa dialectique puissante, son urbanité douce, son système habituel de rédaction, et que, d'ailleurs, il s'en déclare lui-même l'auteur. <c Votre Majesté, disait en terminant le Pape, doit comi> prendre que, sur les renseignements que nous avons jusqu'ici, )» il est hors de notre pouvoir de porter le jugement de nullité. » Nous ne pourrions prononcer un décret qui ne fût pas conforme » aux règles de l'Eglise, et il nous serait impossible de nous écar- » ter de ces règles en prononçant l'invalidité d'un mariage que, 9 selon la déclaration de Dieu, aucun pouvoir humain ne saurait » dissoudre. » Ce refus n'arrêta point l'Empereur; il fit casser , par les tribunaux civils, le mariage de son frère, qui épousa depuis une princesse de Wurtemberg. Napoléon, dans le même temps, faisait occuper militairement la ville d'Ancône , apparie* nant au Saint-Siège (1805). a L'ordre que Votre Majesté vient

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