‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 179 sur 192 · CHAPITRE vn · texte numérisé non relu

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» de donner au général de Saint-Cyr, d'occuper avec les troupes » françaises une ville de nos domaines , écrivit Pie Vil à l'em- D pereur, nous a causé autant de surprise que de douleur. Nous x> ne pouvons dissimuler que c'est avec une vive sensibilité que D nous nous voyons traité d'une manière qu'à aucun titre nous y> ne croyons avoir méritée. » Napoléon ne répondit qu'avec aigreur à ces plaintes du Pape, a Je ne suis pas seulement , disait^ » il avec une insolente fierté, le guerrier du siècle; si j'étais » encore davantage le maître je me déclarerais Pontife suprême,* » et moi je ne laisserais pas périr les âmes. » L'irritation de l'empereur allait croissant ; il rappela le cardinal Fesch de son ambassade de Rome, et le remplaça par le sieur Alquier, protestant et régicide. Le motif de ses nouvelles rigueurs était le refus du Pape de prendre part au blocus continental. Les principautés pontificales de Bénévent et de Ponte-Corvo furent enlevées au Saint-Siège et enclavées dans le royaimie de Naples. Napoléon donna Bénévent à son ministre des relations extérieures, Talleyrand, ex-évêque d'Autun, qu'on pouvait combler de grandeurs et de richesses, mais qu'il n'était au pouvoir de personne de réhabiliter dans l'opinion. Ponte-Corvo fut donné au général protestant Bernadette, qui devint plus tard roi de Suède. Vers le même temps, l'empereur ordonna au général Lemarrois d'occuper Pesaro, Fano, Sinigaglia, tout le littoral de l'Adriatique dépendant de l'Etat pontifical. Un corps de troupes fr. rxaises part du royaume de Naples, marche sur Civita-Vecchia, s'empare du fort et de la forteresse. Un des employés ayant demandé à l'officier de quel droit il agissait ainsi , l'officier répondit : a Vous servez x> un petit prince et moi un grand monarque, voilà mon droit, d Pie VII dit, en cette occasion, à l'ambassadeur Alquier : <c Nous » vous prévenons que si l'on veut s'emparer de Rome, nous re- » fuserons l'entrée du château Saint-Ange. Nous ne ferons au- )» cune résistance, mais vos soldats devront briser les portes à » coups de canon. L'Europe verra comment on nous traite, et » nous aurons du moins prouvé que nous avons agi conformé- » ment à notre honneur et à notre conscience. » Le 17 juin 1806 le cardinal Consalvi donna sa démission et fut remplacé par le cardinal Casoni| vieillard de soixante-quatorze ans. Le gouver**

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sèment pontifical, yivemant blessé de Tinféodation de Bénévent et de PoDite-Gorvo, n'adressait plus dUnstructions au cardinal Caprara, légat à Paris, et voulait régler toutes les affdresdu SaLit^Sîége à Rome même.

10. La gloire dont Napoléon couvrait ses armes ne laissait pas à l'Europe le loisir de prendre attention à ces violences, Olm , AusterlitZy léna, Eylau, Friedland, ces immortelles victoires eouxonnées par le traité de Tilsitt (8 juillet 1807), valurent à Eugène de Beauhamais la vice-royauté de Milan et de lltalie septentrionale, et à Jérôme le royaume de Westphalie, Pendant les conférences de Tilsitt, l'empereur de Russie, Alexandre €lt le roi de Prusse, Frédéric HI , pressaient Napoléon de se déckrer chef d^une rdigion nationale en France. Il se refusa à leurs inSf tances; toutefois, s^îl n'imita pas les souverains du Nord dans leurs empiétements sacrilèges sur la religion et la conscience de leurs sujets, s'il conserva le souverain Pontife comme chef spirituel de l'Eglise, il se promit d'en faire un instrument docile de sa politique, et de séduire par ce moyen tous les catholiques de l'univers. Nous verrons ce qu'il lui en coûtera pour avoir vcuhi combattre, à son tour, cette Eglise dont il a été dit : a Les portes » de l'enfer ne prévaudront point contre elle. » Afin de poursuivre son système d'intimidation contre le Saint-Siège, Napoléon fit dire à Pie VII : a Toute Tltalie est à moi par droit de » conquête. Si le Pape n'adhère pas à ma demande d'éloigner les » Anglais de ses domaines , de leur fermer ses ports et de conri- » gner ses forteresses à mes troupes, dans les cas de guerre entre » la France et l'Angleterre , je lui enlèverai son domaine tem* » porel , je ferai un roi de Rome , ou j'y enverrai un sénateur. » « — Que peut faire Pie VII en me dénonçaut à la chrétienté Y » écrivait encore Napoléon au vice-roi d'Italie , Eugène de Bean?^ » harnais. Mettre mon trône en interdit, m'exoommunierî JPciwe- » t-il alors que les armes tomberont des mains de mes sotdatsJ 1» n ne lui resterait plus qu'à essayer de me faire couper les che- » veux et de m'enfermer dans un monastère ! » En même temps la cour de France notifiait officiellement au Saint-Siège le mariage de Jérôme Bonaparte avec une princesse de Wurtemberg. Bans sa réponse, et le Pape devait en faire une, ou il parlera de

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l'ancien mariage, ou non. S'il n'en parle pas, il approuve le itoirreaa : « Nous espérons eneore, ècrivait-il, qu'après Texamen, » fait par nous , des raisons qui nous ont été déduites , relativenient à la nullité du premier mariage, contracté par le prince x> à Baltimore, il peut s'être présenté de nouveaux et justes motifs » qui ne nous ont point été esposés et qui nous sont inconnuSi à » la suite desquels sera venue la célébration dont Votre Majesté D nous a fait part. Cette espérance nous soutient dans l'amertume 1» et rinquiétude dont nous ne pouvons nous défendre , en nous 1» rappelant ce que, sur une pareille question, et après la plus )» mûre délibération, nous avons autrefois écrit à Votre Majesté, d 11. Le 2 février 1808 , une armée française, commandée par le général Miollis , entrait dans Rome ; et le soir même le Pape bissât afficher la protestation suivante aux portes de toutes les églisesde la ville étemelle : «Le Pape Pie VH n'ayant pu adhérer D àtoutes les demandes qui lui ont été faites de la part du gouver» » nement français , parce que la voix de sa conscience et ses )» devoirs sacrés le lui défendment , a cru devoir subir les désas^ » treuses conséquences dont ont l'avait menacé , par suite de son 1» refiis, et même l'occupation militaire de sa capitale. Résigné, )» dans l'humifité de son coeur , aux impénétrables jugements du 1» ciel, il remet sa cause aux mains de Dieu ; mais , ne voulant D pas d'ailleurs manquera l'essentielle obligation de garantir les » droits de sa souveraineté , il protêt formellement, en son nom 3» et en celui de ces successeurs , contre toute usurpation de ses » domsdnes ; sa volonté étant que les droits du SaintrSiége soient » et demeurent complètement intacts. v> La garde pontificale iut désarmée, et le général Miollis occupa le cb&teau Saint-Ange. Pie Vn déclara àPambassadeur Alquierque, tant que les troupes françaises seraient àRome^ il se considérerait comme prisonnier^ et qu'aucune négociation n'était plus possible. Les cardinaux forent exilés et conduits, à main armée, chacun dans leur patrie. Par un décret du 2 avril , Napoléon avait pris possession des provinces d'Urbin, d'AncAne et de Macerata. Parmi les molife de cette usurpation sacrilège , on lîsMt : « La donation de Cbarl»- » magne, notre illustre prédécesseur, du pays formant l'état pon- » tifical) a été faite au profit de la chrétienté, et non à l'atantage

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t> des ennemis de notre sainte religion. » Ces ennemis de la sainte religion étaient les Anglais, auxquels le Pape laissait libre Veu^ trée de ses ports; du reste, Napoléon ressemblait à Gharlemagne, comme celui qui prend ressemble à celui qui donne.

12. Pie YII avait nommé l'illustre cardinal Pacca son premier ministre. Il gouvernait avec calme, en attendant que la violence impériale portât le dernier coup qu'elle méditait. Le 6 septembre 1808, il se présenta, à la secrétairerie de Monte-Cavallo, un major nommé Muzio, qui signifia au cardinal Pacca un arrêt d'exil. Mais le Pape, accouru à cette nouvelle, ordonna à l'officier de déclarer au général qu'il était las de souffrir tant d'outrages et d'insultes de la part d'un homme qui se disait encore catholique ; qu'il commandait au cardinal Pacca de ne pas obéir aux ordres du général, et qu'il le prétendait garder avec lui pour compagnon de sa captivité. La fin de l'année 1808 fut une longue usité de violations du droit des gens, de protestations et de menaces de nouvelles colères. Le 10 juin 1809, au bruit de l'artillerie du château Saint-Ange, le pavillon pontifical fut descendu, et, à sa place, on éleva le drapeau français. En même temps, on publia à son de trompe, dans tous les quartiers de la ville, un décret de Napoléon, qui ordonnait la réimion à l'empire de ce qui restait des Etats romains. Le cardinal Pacca courut sur-le« champ auprès du Saint-Père. En cet instant, tous deux se rencontrant dans la même pensée, se dirent à la fois l'un et l'autre ces paroles de Jésus-Christ : Consummatum est. Le lendemûn, on trouva affichée, aux portes de toutes les églises de Rome, la fameuse bulle Quum memorandâ illâ die. a Par l'autorité du Tù Dieu tout- puissant, disait le Pape, par celle des saints apôtres » Pierre et Paul, et par la nôtre, nous déclarons que tous ceux » qui ont commis, dans Rome et dans les possessions de l'Eglise, D des entreprises sacrilèges contre les droits temporels du Saint- D Siège, tous leurs commettants, fauteurs, conseillers ou adhé« » rents; ceux enfin qui ont facilité l'exécution de ces violences, » ou les ont exécutées par eux-mêmes ont encouru Vexcommu^ D nication majeure '^ et au besoin nous les excommunions et » anathémaiisons de nouveau, i» Napoléon n'était pas nommé directement dans la bulle; mais il était impossible Je isc më-

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prendre au sens des paroles de Pie YIL Le 6 juillet 1809 , une troupe de gendarmes , dirigée par le général Radet y envahit le palais du Vatican. Le Pape était entouré des cardinaux Pacca, Despuig et de plusieurs prélats et ecclésiastiques de sa cour. Radet se présente devant le Vicaire de Jésus-Ôhrist , et lui dit (pi'il a ordre de l'arrêter pour le conduire au général Miollis. «Si vous avez cru devoir exécuter de tels ordres de l'empereur, » répondit Pie VII, parce que vous lui avez fait serment de fidé- » litéet d'obéissance y pensez de quelle manière nous devons^ D nous, soutenir les droits du Saint-Siège, auxquels nous sommes D liés par tant de serments. y> Puis il demanda au général s'il devait aller seul. Celui-ci répondit que Sa Sainteté pouvait emmener son ministre, le cardinal Pacca. A la porte du palais , on fit monter le Pape et le cardinal dans une voiture qu'un gendarme ferma à clef. Pie Vil n'allait pas chez le général Miollis; il prenait la route de l'exil.

13. Le Pape demanda au cardinal s'il avait emporté avec lui quelque argent. Les deux proscrits tirèrent alors leurs bourses ; il se trouva dans celle de Pie Vïl vingt-deux sous de France , et seize environ dans celle de son ministre. « Ils entreprenaient » ainsi, dit le cardinal dans ses mémoires, leur voyage à Vapos^ » tolique. » Le Pape monti*a ces débris de sa fortune au général Radet, et lui dit en souriant : a De toute notre principauté , voilà ï) ce que nous possédons. » Le voyage se continua à travers le nord de l'Italie, au milieu des popidationsen larmes, qui se prosfemaient sur le passage de la voiture , en dépit des gendarmes^ qui les repoussaient. Le Pape entra en France par Grenoble. Là il fut séparé du cardinal Pacca, que l'on conduisit à Fénestrelle, forteresse sur un des points les plus élevés des Alpes , entre le Piémont et le Dauphiné : il y expia, par trois ans et demi de captivité, le crime d'avoir été fidèle à son souverain. Pie VII fut ensuite mené à Savone, où il fut gardé à la préfecture par une compagnie de gendarmes : nul ne pouvait lui parler sans témoin. Napoléon offrit à Sa Sainteté cent mille francs par mois pour sa dépense. Pie VII refusa tout, se tint confiné dans ses appartements, et se contenta de se montrer parfois au peuple , auquel il donnaitsabénédiction. Dureste, on ne le laissait ni parler ni écrire iv; 34

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qu'en présence 3e ses silrvéillants. D ne ôOtiVèiDait p&(5 ^e left càfainaux échappassent à la persécution dirigée contre leur <ihef . Napoléon les fit venir tous à Paris , afin de mieux 'peser sur leurs 'suiTrageSy dans un cas de vaéance du Saint-Siège. On ne laissa à tlome que ceux à qui leur âge et leur infirmités rendaient tme si longue route impossible. Tous les autres fureùt amenés en France ; 1!^apoléon semblait prendre plaisir à les donner en spectacle à Paris, et aies forcer à paraîtîre à sa cour.

ii. La conduite de Napoléon était un abhelninement vers un ischisme. « Il est bien surprenant, dit un jour Tèmpereur à Vabbé » Emery, que vous , qui avez appris toute votre vie la théologie/ » vous et tous les évêques de France , vous tie trouviez aucun » moyen canonique pour m'arranger avec le Pape. Quant à moi, » si j'avais seulement étudié la théologie pendant six mois, j^an- » rais bientôt débrouillé toute chose, parce que Dieu m'a donné » l'intelligence. » L'empereur assembla une commission ecclésiastique, chargée de pourvoir aux besoins des églises, et surtout de trouver un moyen pour se passer du Pape dans TinslitetiMi dés évêques. Le résultat de cette commission fut une lettre aâres* sée au Pape parle cardinal Maury, grand orateur, mais ambi:tieiix vulgaire , qui se montra indigne de la pourpre romaine. Haury demandait à Pie Vil d'accorder l'institution canonique aux évêques nommés par l'empereur, a Après tant d^innofvations fa- » nestes à la religion, répondit Pie Vil, que Temperetor s'est per- » mises, et conti^e lesquelles ïious avons si ^souvent et si inaûei> ment réclamé ; après la déportation de tant d'évèques , et delà » majeure partie de nos cardinaux ; auprès remfprisod&emiàntdu » cardinal Pacca àPéneétrelle ; apï'és l'usuïpatîon du pat^moBie » de saint Pierre : apl*ès nôttséti^e vu nous-mèilie asBiûlË à main )> armée dans notre palais , traîné de ville en vi&e et garàé si » étroitement, que les évêques des lieux qu'on nous faisait fra- » verser n'avaient pas même la libeMé de nous approcher ; aftès x> tous ces attentats , comment pomrions-nous aujourd'hui com- D muniquer avec leur auteur ? » L'énergie de cette répoaoEe h'embarrasea pas peu l'émpéretur qui voyait tous ses calculs en défaut. Cependant la commission, composée de pt^lats^eourti^aiiSy nut sous les yeux de Napoléon, un mémoijre oùi^ o^ i*^

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