CHAPITRE m
d'indépendance qui contrastait étrangement avec la yocation sainte qu'il avait embrassée, s'était jeté dans la réforme zwingliemie. Son apostasie fut une des plus vives douleurs de Paul UI dans les circonstances si difficiles de son pontificat. Le transfuge de la foi cathobque ne s'était pas borné à cette bonteuse défection. n se maria publiquement, passa en Angleterre, en Germanie, en Pologne, accueilli avec enthousiasme par les nouveaux sectaires, et semant partout la haine de Rome et de la foi catholique. Le souverain Pontife songea à prononcer l'abolition de l'ordre des Capucins, dans la crainte qu'il n'eût été infecté des erreurs de son chià. Un consistou'e secret fiit tenu dans l'intention de délibérer sur cette grave question. Le sacré collège était sur le point d'embrasser l'avis du Saint-Père, lorsque le cardinal Antoine San* Severino prit la parole et représenta, dans un discours éloquent et généreux, qu'il fallait agir avec une entière justice dans cette aCEaire. Il vanta les services rendus parles Capucins, leur science, leur zèle pour la prédication, le courage avec lequel ils souffraient la pauvreté et s'en faisaient gloire. Le cardinal de Carpi fut chargé d'examiner la conduite et la foi des membres de l'ordre ; et, après une enquête qui tourna complètement à leur justification, ces religieux si utiles, si aimés du peuple, si simples et si soumis, furent maintenus dans leurs privilèges. Paul UI, conv^cu désormais que la faute d'Occhin était toute personnelle, leur rendit ses bonnes grâces et combla leur institut des faveurs spirituelles les plus étendues.
28. Le concile de Trente, après la désastreuse solution de l'af* fsdre de Yergerio, put continuer ses opérations. Le nombre des Pères s'était augmenté. On comptait alors neuf archevêques, entre autres l'archevêque grec de Paros et de Naxos, et une cinquantaine d'évêques, parmi lesquels Jérôme Vida, évêque d'Albe en Toscane, dont nous avons déjà eu occasion de parler (1), et Louis Lippoman, évêque de Modon et coadjuteur de Vérone. Ce dernier, issu d'une noble famille vénitienne, s'était appliqué de bonne heure à l'étude des lettres et de la philosophie , et se distingua par d'éclatants succès. Son mérite lui ouvrit le chemin des
(1) Voir ponlificat de Léon X.
132 PAUL m (1534-1549).
honneurs ecclésiastiques. Successivement coadjuteur de Bergame, évêque de Modon, coadjuteur et évêque de Vérone, enfin évoque de Bergame, il fut chargé de difierentes négociations en Portugal, en Allemagne et en Pologne. Sous Jules in, nous le verrons pré-sider, en qualité de légat apostolique, au concile de Trente. H fut également illustre et par sa science et par la sainteté de sa vie. Il a laissé plusieurs ouvrages qui témoignent de son érudition et de la pureté de sa doctrine. Les principaux sont : des Commentaires en latin sur la Genèse ^ t Exode et les Psaumes; les Vies des Saints, des Statuts synodaux et des Sermons.
29. La question du péché originel était une de celles que la controverse luthérienne avait le plus embrouillée. La déchéance de notre premier père a-t>^lle atteint toute sa postérité î Zwingle se prononçait pour la négative. Il soutenait que l'homme est maintenant aussi fort qu'à l'origine, a Dès qu'il a conservé son » libre arbitre, disait-il, cela lui suflBt sans autres ressources pour » mériter le ciel. » Luther, embrassant le système opposé, disait, au 'contraire, que non seulement l'homme était déchu, mais que sa déchéance était incurable. « Son libre arbitre ne lui laisse plus » de force que pour faire le mal ; ses meilleures actions sont des » péchés ; il n'est justifié que parce que Jésus-Christ lui impute » sa propre justice. » Eh présence de ces contradictions de Terreur, les Pères établirent dans leur Décret sur le péché originel la vérité catholique dans toute sa précision : « 1® Anathème, dix) sent-ils, à qui niera que le premier homme, par sa transgres- » sion, n'a pas encouru la colère et l'indignation de Dieu, et en D conséquence, la mort, dont Dieu l'avait auparavant menacé, et » avec la mort, la captivité sous la puissance de celui qui a eu, » depuis, l'empire de la mort, c'est-à-dire le démon ; 2* AJiathème » à qui soutient que la faute d'Adam n'a été préjudiciable qu'à x> lui seul et non à sa postérité ; qu'étant souillé par le péché de D désobéissance, il n'a transmis à tout le genre humain que la » mort et les peines corporelles, et non le péché qui est la mort de » l'âme ; 3* Anathème à qui prétend que le péché d'Adam, unique » dans sa source, et transmis à tous les hommes par la générax> tion, peut être effacé par les seules forces de la nature humaine 0 ou par un autre remède que par le sang de notre Seigneur Je-