CHAPITRE lY
9 rôles du Sauveur : Recevez le Saint-Esprit ; les péchés seront » remis à ceux à qtii vous les remettrez , et ils seront retenus à » cetix à qui vous les retiendrez , ne doivent pas s'entendre de la » puissance de remettre et de retenir les péchés dans le sacrement j» de Pénitence, comme l'Eglise catholique les a toujours enten- )» dues dès le commencement ; et que, contre l'institution de ce » sacrement, il détourne le sens de ces paroles pour l'appliquer » au pouvoir de prêcher l'Evangile : qu'il soit anathème ! — Si 9 quelqu'un nie que la confession sacramentelle soit ou instituée » ou nécessaire pour le salut de droit divin, ou s'il dit que la 9 manière de se confesser au prêtre seul , que l'Eglise catholique j> observe et a toujours observée dès le commencement, n'est pas » conforme à l'institution et au précepte de Jésus-Christ, mais que 9 c'est une invention humaine : qu'il soit anathème ! Si quel* B qu'un dit que, dans le sacrement de Pénitence, il n'est pas né- > cessaire, de droit divin^ de confesser tous et chacun des péchés » mortels dont on peut se souvenir, après y avoir dûment et » soigneusement pensé, même les péchés secrets et ceux qui sont » contre les deux derniers articles du décalogue : qu'il soit ana- » thème î — Si quelqu'un dit que les prêtres qui sont en péché V mortel n'ont pas la puissance de lier et de délier ; ou que les » prêtres ne sont pas les seuls ministres de l'absolution, mais que 9 c'est à tous les fidèles et à chacun d'eux que Jésus-Christ a B adressé les paroles d'institution : qu'il soit anathème ! — Si » quelqu'un dit que les évêques n'ont pas le droit de se réserver D l'absolution de certains cas particuliers, si ce n'est quant à la » police extérieure, et qu'ainsi cette restriction n'empêche pas que » le prêtre ne puisse absoudre véritablement des cas réservés : j> qu'il soit anathème ! — Si quelqu'un dit que Dieu remet ton- » jours la peine du péché avec la coulpe, et que la satisfaction des » pénitents n'est autre chose que la foi par laquelle ils croient que » Jésus-Christ a satisfait pour eux : qu'il soit anathème ! — Si » quelqu'un dit que les satisfactions par lesquelles les pénitents 9 rachètent leurs péchés, par Jésus-Christ, n'entrent pas dans le j> véritable culte de Dieu, mais sont des traditions humaines qui » obscurcissent la pure doctrine de la grâce , le vrai culte de Dieu B et le bienfait de la mort de Jésus-Christ : qu'il soit anathème ! »
150 JLXES ra (1550-1555).
Les canons relatifs au sacrement de TExtrême-Onction ne sont pas moins précis ni moins explicites. «Si quelqu'un dit que FEx- » trême-Onction n*est pas véritablement et proprement un sacre- » ment institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ, promulgué par ï> l'apôtre saint Jacques, mais que ce n'est qu'une cérémonie reçue » des Pères ou une invention humaine : qu'il soit anathëme ! — r> Si quelqu'un dit que l'onction sacrée que l'on donne aux ma- D lades ne confère pas la grâce, ne remet pas les péchés et n'est )> d'aucun secours aux malades ; et que maintenant elle doit ces- 1» ser d'être en usage, parce qu'autrefois eUe n'avait été que le r> don de guérir des maladies : qu'il soit anathème I — Si quel- » qu'un dit que le rite et l'usage de l'Extrême-Onction, tels que y> les observe la sainte Église romaine, répugnent au sentiment )> de l'apôtre saint Jacques : que, pour cela, il faut les changer, et » que les chrétiens peuvent sans péché les dédaigner : qu'il soit » anathème ! — Si quelqu'un dit que les presbyteri de l'Église, » dont parle saint Jacques, et qui doivent venir faire des onctions » sur le malade, ne sont pas les prêtres ordonnés par l'évêque, » mais que ce sont les hommes avancés en âge dans chaque cornp munauté, et que, pour cela, le ministre propre de l'I^trême- » Onction n'est pas le seul prêtre : qu'il soit anathème ! » Les décrets de réformation qui suivirent la promulgation de ces canons dogmatiques concernent la discipline cléricale. — On punira ceux qui s'élèvent aux ordres, malgré la défense, l'interdit ou la suspense de l'ordinaire. — Défense aux évéques in partibus de conférer les ordres à aucun clerc sans la permission de son évêque. -»TJn évêque peut suspendre ses clercs, promus sans droit par un autre, s'il les trouve incapables. — On décrète des peines contre les clercs qui, étant dans les ordres sacrés ou possédant des bénéfices, ne portent point un habit conforme à leur état. — Défense d'élever jamais aux ordres sacrés les homicides volontaires. Cependant les protestants se plaignsdent que le concile n'attendit point leur arrivée pour procéder à la promulgation de ses décrets. Leurs griefs furent examinés dans la quinzième session, tenue le 19 mars 1551. On convint de faire droit à leurs réclamations ; et la seizième session fut prorogée au 1*' mai suivant pour leur donner le temps de se rendre au sein de l'assemblée. Des sauf-
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conduits aussi explicites qu'ils pouvaient le désirer leur furent expédiés : mais les événements devaient prouver bientôt leur mauvaise foi.
6. Une armée luthérienne dirigea, dans l'intervalle, sa marche smr Inspruck, ville peu éloignée de Trente. A cette, nouvelle, <{uelques prélats prirent la fuite. Le Pape , promptement averti que le dessein des hérétiques était d'essayer une irruption sur la ville de Trente, se hâta, dans un consistoire tenu le 15 avril 1551, de suq^ndre le concile. Les Impériaux se refusèrent à reconnaître la décision pontificale. Mais ceux des Pères restés à Trente, réunis en congrégation générale (24 avril 1551), arrêtèrent la suspension prononcée par le Pape pour deux années. Un décret , rédigé dans ce sens , fut lu et approuvé dans la dix-septième session. Douze Espagnols s'opposèrent à cette mesure; mais ils agirent bientôt contre leur propre protestation en pourvoyant à leur salut par la fuite.
7. Charles-Quint était resté à Inspruck malgré la tentative des protestants. Ses forces l'avaient abandonné avec la jeunesse , et on eût dit que son génie se ressentait lui-même des atteintes de l'âge. Par une confiance aveugle, il avait cru pouvoir sans danger disposer de ses troupes pour les envoyer, soit en Italie contre les Français, soit en Hongrie contre les Turcs. Une circonstance particulière lui inspirait surtout une telle sécurité à l'égard des protestants, n avait comblé de faveurs Maurice , le nouvel électeur de Saxe , croyant se l'attacher ainsi par les liens de la reconnaissance. Maurice, en effet, lui en donnait des assurances continuelles. Cependant l'ingrat le trahissait en secret et préparait contre son bienfaiteur une expédition formidable , de concert avec les autres protestants d'Allemagne et le roi de France. Dans la nuit du 22 mai 1552, on vint avertir Charles-Quint que Maurice approchait d'Tnspruck à la tête de toutes ses forces. L'empereur était au lit, horriblement souffirant de la goutte. Il se fit transporter dans une litière, et, par les sentiers des montagnes , se dirigea sur YiUach , en Carinthie , éclairé par des flambeaux de paille, et suivi de quelques serviteurs fidèles qui ne s'étaient pas ejifuis à l'approche du danger. Cependant Maurice entra dans Inspruck qu'il abandonna au pillage de ses troupes.
152 JULES m (1556-1555).
8. Charles-Quint, si mal servi par la fortune et trahi par l'homme dont il avait le moins de raison de se défier, sentit alors le besoin de recourir aux négociations pour rétablir son autorité chancelante. Des conférences s'ouvrirent à Passaw entre les ambassadeurs impériaux et les députés des princes luthériens d'Allemagne. EUes aboutirent à une transaction qui s'appela le Traité de la paix publique» Il fut conclu, malgré les réclamations énergiques de Jules HI , qui ne cessa de protester contre les clauses qu'il renfermait. Voici les principales : Le landgrave Frédéric de Hesse , prisonnier de l'empereur, sera immédiatement mis en liberté. Une diète de l'empire sera assemblée dans six mois pour chercher le moyen de terminer toutes les querelles de religion , soit par un concile général ou national, soit par des conférences entre les deux partis , soit par ime diète ordinaire. Les délibérations de la diète seront adoptées, d'après l'avis d'ime commission composée , à nombre égal , de protestants et de catholiques. Jusqu'à l'entière pacification, les deux religions devront conserver tous leiu^ droits anciens, une entière liberté de conscience et une égalité parfaite. Ferdinand , firère de l'empereur et roi des Romains , ainsi que son fils Maxunilien , prendront l'engagement solennel de faire valoir toutes les plaintes de la nation germanique contre les violations de ses libertés. Toutes les troupes devaient être licenciées de part et d'autre. Une amnistie générale devait être publiée. Le roi de France, qui avait secondé le rétablissement de la liberté religieuse en Allemagne, c'est-à-dire le triomphe de l'hérésie , était invité à faire connaître ses griefs contre l'empereur, pour participer ensuite à la pacification générale.
9. Charles-Quint ne signa ce traité qu'avec une profonde douleur. Les revers semblaient se multiplier pour faire^ contre-poids ayx éclatants succès qui avaient si longtemps couronné ses armes. Le vainqueur de François I~, le destructeur des pirates algériens, la terreur des Musulmans^ le glorieux empereur qui occupait, depuis im demi -siècle , la renommée du bruit de ses triomphes , n'était plus qu'un monarque vieilli , infirme et malheureux. Aucun de ses rêves de grandeur ne se réalisait plus. Il aurait voulu léguer à Philippe II, son fils, l'empire , ses états héréditaires d'Espagne, les Pays-Bas, la Bourgogne, le Milanais, le royaume