‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 57 sur 192 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

de Naples, la Sicile et le Nouveau-Monde, possessions immenses, « sur lesquelles le soleil ne se couchait jamais. » Il eût fallu pour. cela que Ferdinand , son frère , depuis longtemps investi du titré de roi des Romains avec future succession à l'empire , se désistât de ses prétentions et de ses droits en faveur, de son neveu. Il ne voulut pas y consentir. Cependant Henri II , roi de France , à la faveur de son alliance avec les protestants d'Allemagne, avait surpris à l'empire les villes de Toul, Metz et Verdun, qu'on nommait les Trois-Évéchés. Charles-Quint essaya de les reprendre ; il n'y réussit pas. La fortune le trahissait de même en Italie où mie révolte venait de lui faire perdre Sienne. L'empereur^ en proie à tant de chagrin, se retira à Bruxelles. Accablé par ses ennemis, tourmenté par des infirmités qui ne lui laissaient pas un moment de repos, il tomba dans une sombre mélancolie et se déroba tellement à tous les regards, pendant plusieurs mois, que le bruit de sa mort se répandit dans toute l'Europe. La diète d' Augsbourg, de 1555, confirma cependant le traité de Passaw. Cette honte fut la dernière. Charles-Quint prit une résolution définitive. Les Etats des Pays-Bas s'assemblèrent par son ordre au mois d'octobre 1555. En leur présence, l'empereur, dans une harangue pompeuse, rappela toutes les phases de sa vie laborieuse et agitée, ses fréquentes expéditions en Italie, en Allemagne et en Afrique^ les guerres qu'il avait soutenues, les victoires qu'il avait remportées : il insista particulièrement siu* le sacrifice qu'il avait fait de son temps , de ses plaisirs , de sa santé , pour défendre la religion et travailler à la paix publique. « Tant que mes forces me l'ont » permis, ajouta-t-il, j'ai porté le poids de ces accablantes chaînes ; » mais aujourd'hui, atteint d'une maladie incurable, mes infirmip tés m'ordonnent le repos. Le bonheur de mes peuples m'est plus p cher que l'ambition de régner. Au lieu d'un vieillard qui a déjà i> un pied dans la tombe ^ je vous donne un prince dans la fleur de y» l'âge, un prince doué de sagacité, actif et entreprenant. Quant à D moi, si j'ai commis quelques fautes, si quelques erreurs se sont » glissées dans le cours d'un si long règne , ne les imputez qu'à » ma faiblesse. Votre ex-empereur vous prie de les lui pardonner. » Je conserverai à jamais ime vive reconnaissance de votre fidèle lité ; votre bonheur sera le premier objet des vœux que j'adres-

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)» serai au Dieu tou1>-puissant à qui je consacre le reste de ma vie. » Se tournant ensuite vers Philippe Û , qui s'était jeté à genoux et qui baisait la main de son père, il lui adressa les conseils les plus touchants siu* les devoirs des j^inces , et le conjura de travsûller sans relâche à la félicité de ses peuples. En finissant son discours, il bénit le jeune prince et le pressa fortement contre son sein ; épuisé de fatigue et vivement ému des larmes de l'assemblée, il retomba sans forces sur son trône qu'il venait d'abdiquer. Quelques mois après il envoyait , par le prince d'Orange , le sceptre et la couronne impériale à Ferdinand I"^, son firère, puis il s'embarquait pour les côtes de Biscaye et vint ensevelir son front découronné au monastère de Saint-Just, dans l'Estramadure (1556). Ce fut là que Charles-Quint voulut cacher, dans la solitude et le silence, sa grandeur, son ambition et tous ses vastes projets qui, pendant la moitié d'un siècle, avaient rempli l'Europe d'agitations et d'alarmes. Ses amusements se bornaient à quelques promenades à cheval, à la culture d'un jardin et à des ouvrages de mécanique, n faisait des horloges, et, ayant éprouvé la difficulté de les accorder, il disait : a Quelle n'était pas ma folie , de vouloir concilier y> les intérêts des peuples et des empires, quand je ne puis réussir D à accorder seulement deux horloges ! » Sa mélancolie dégénéra bientôt en une austérité sombre et impitoyable. Il renonça dès lors aux plaisirs les plus innocents de sa retraite. Peut-être le regret d'avoir quitté le trône se mèla-t-il à ces accès de noire tristesse, n voulut célébrer lui-même ses propres obsèques. Il se fit élever un tombeau dans la chapelle du monastère ; ses serviteurs et les moines s'y rendirent en procession, portant des cierges noirs; il les suivait enveloppé d'un linceul. Un cercueil était prêt ; on l'y étendit avec solennité en chantant sur lui l'office des morts, n joignit sa voix , il mêla ses larmes et ses prières à celles des religieux. L'office terminé, on jeta l'eau sainte sur le cercueil, la foule s'écoula et l'on ferma sur lui les portes de la chapelle. Charles alors se souleva du fond de sa bière et se retira dans son appartement , plein d'idées lugubres et d'images funèbres. L'impression de cette cérémonie lui fut mortelle. La fièvre le saisit le lendemain, et il expira, le 21 septembre 1558 , à l'âge de cinquante-neuf ans. *

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10. Charles-Quint est un des plus grands princes de rhistoire moderne. Elevé par des hommes naturellement pacifiques, il montra dans ses premières années plus de talents pour l'administratîon et la politique que pour la guerre. Dans sa lutte avec François P' et les protestants d'Allemagne , il fit voir qu'il n'était pas moins grand capitaine qu'homme d'Etat. Plus capable de réflexion que de résolution, il savait mieux concevoir im plan que l'exécuter. Si quelquefois il s'est trompé dans ses combinaisons politiques, c'est qu'il ne calcula pas assez l'effet des forces morales et ne crut pas à la possibilité d'un héroïsme désintéressé. Le bonheur de ses armes le rendit entreprenant à l'excès. Habile dans la connaissance des hommes, il savait bien choisir ses ministres et ses généraux ; il se les attachait par ses bienfaits et son affabilité. Il avait sans cesse sous les yeux les écrits de Thucydide et de Tacite ; mais, au milieu du tumulte des passions et des événements, il ne put ou ne sut rester fidèle à leurs préceptes. Dissimulé, il ne vit Jans l'histoire que des leçons de dissimulation, et confondit la politique avec l'art de tromper ses alliés comme ses ennemis. Méfiant, il n'accordait sa confiance qu'à peu de personnes. Ses revers et ses sou&ances le rendirent opiniâtre , irascible et vindicatif. Son ambition était sans bornes. On lui a attribué l'idée d'une monarchie tmiverselley et si, par cette expression, on entend, non pas une domination immédiate , mais seulement une suprématie générale sur les Etats de l'Europe , il s'en fallut tellement que cette idée puisse être regardée comme une chimère, qu'elle sortait naturellement de la situation de Charles-Quint. Sa manière de vivre, comme celle de presque tous les grands conquérants, avait beaucoup de simplicité. Il parlait cinq langues : le flamand, l'espagnol , l'italien , le français et l'allemand ; il ne savait que peu de latin. La réunion des deux partis religieux , illusion de sa pditique, l'occupa toute sa vie. Absolu par caractère, il s'efforçait de secouer les entraves que lui imposaient les constitutions de ses états ; mais, s'il se permit quelques actes arbitraires , rien ne justifie les épithètes de tyran et de despote que l'esprit de parti lui a prodiguées.

11. Pendant que le protestantisme , à la suite des événements, prenait d'effrayantes proportions en Allemagne, une heureuse ré-

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volution , dont les résultats furent trop passagers , rétablissait en Angleterre lafoi catholique. Le jeune Edouard YI était mort (1 553)^ après six ans d'un règne consacré à établir dans ses États la religion schismatique imposée par le tyran , son père. La princesse Marie Tudor, fille de Catherine d'Aragon et de Henri YIII , fut appelée au trdne. Son arrivée à Londres ressembla à un triomphe» Elle avait été élevée dans les sentiments de la foi la plus pure. Le parlement^ aussi empressé à seconder un gouvernement catholique qu'il s'était montré servile sous des princes favorables à l'erreur, se hâta de révoquer toutes les lois d'Edouard YI. Il annula l'acte de divorce prononcé autrefois entre Catherine d'Aragon et Henri VDI, et déclara leur mariage seul valide et légitime. Suppliée de se choisir un époux afin d'assurer à sa famille la perpétuité de la couronne, Marie se détermina à donner sa main à Philippe U^ fils aîné et héritier de Charles-Quint, déjà veuf d'une première femme qui l'avait rendu père de plusieurs enfants. Cette alliance était un trait d'habile politique. EUe pouvait réunir sous la même domination la plus grande partie de l'univers chrétien et consolider le trône de Marie que Jeanne Gray, arrière-petite fille de Henri YR , cherchait déjà à lui disputer. L'ambition de Jeanne fut punie du dernier supplice. Le mariage de Philippe H et de Marie eut lieu à Londres, au milieu des transports de l'allégresse publique. Marie, en montant sur le trdne, s'était proposé, comme le premier objet de ses soins , le rétablissement de «c cette antique » religion qui , pendant tant de siècles , dit le protestant Cobbet , » avait fait le bonheur et la puissance de l'Angleterre , et dont » la destruction a été pour le pays le signal de l'invasion , de la » discorde , de la misère et de tous les genres de calamités. i» Le principal obstacle que cette grande œuvre rencontra, devait venir de la multitude des détenteurs de biens ecclésiastiques, enrichis par le pillage des évêchés et des monastères. Depuis dix-huit ans que ces biens avaient été arrachés à leurs légitimes propriétaires, ils avaient été divisés et subdivisés à l'infini. Il fallut entrer en arrangement avec les nouveaux détenteurs. Cette transaction à^ l'amiable s'accomplit mieux qu'on n'aurait pu l'espérer. <( Ainsi, 9> ajoute l'auteur que nous venons de citer, le monde entier put se » convaincre que la soif du pillage avait été le seul motif de !a

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» Réforme ; que toutes les déclamations contre l'autorité du l*ape, D que toutes les accusations contre les institutions monastiques et D les prétendus abus de TEglise catholique, toutes les confiscations, » tous les massacres, en un mot, tous les crimes, n'avaient pas eu » d'autre raison. On vit alors , en effet , le même parlement qui , » trois ou quatre années auparavant avait, par son vote législatif, » consacré l'Eglise inventée par Granmer, qui l'avait déclarée » V œuvre du Saint-Esprit ; on vit, dis -je, ces pieux réforma- » teurs, après avoir préalablement passé un marché en vertu du- » quel ils conservaient le fruit de leur vol , on les vit avouer » quils s'étaient rendus coupables , envers la véritable Eglise, » d'tme horrible défection, professer un sincère repentir de leurs » fautes passées , et se déclarer prêts à rapporter toutes les lois » qu'ils avaient rendues au préjudice de l'autorité du Saint-Siège.» Les églises furent donc rendues au culte catholique. Les prêtres mariés furent chassés de leurs cures à la grande satisfaction du peuple , qui n'avait vu qu'avec peine l'abolition du célibat ecclésiastique. On rétablit dans leurs sièges les évêques qui en avaient été dépouillés par Granmer. Cet indigne apostat fut lui-même jeté dans un cachot, sous le poids d'une accusation de haute trahison, et porta peu après sa tête sur l'échafaud qu'il avait mérité partant de crimes (1556). Le sacrifice de la messe fut de nouveau célébré sur tous les points du royaume : on ne vit plus marquer du sceau de l'infamie et condamner à l'esclavage les malheureux, coupables d'avoir demandé l'aumône, selon que l'avaient précédemment ordonné les lois barbares de Henri VIIL On crut, en un mot, que l'abîme des révolutions qui venaient de bouleverser l'Angleterre était comblé, et chacun espéra dès lors voir renaître l'antique prospérité de la terre par excellence de l'hospitalité et de la charité (1).

12. Le cardinal Polus, qui avait présidé la première période du concile de Trente , et dont l'héroïque mère avait versé son sang pour la foi, se trouvait encore sur le continent, à l'époque de Tavénement de Marie. Le pape Jules III, pensant qu'il pouvait désormais retourner en toute sûreté dans sa patrie , le nomma légat

(1) GOBBET, Lettre VIU.

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aiHikstolique en Angleterre, a La session du périraient qui devait » :}onsacrer le rétablissement ofBâel de la religion catholique y D s'ouvrit au mois de novembre 1554 , par une procession solen- » nelle des deux chambres que le roi suivitàcheval et la reine en » litière. Les travaux législatifs commencèrent par l'abrogation T» du décret de proscription dont le cardinal Polus avait été fraj^ x> sous le règne de Henri YIII. En même temps un grand nombre x> de nobles se rendaient à sa rencontre à Kruxelles pour le rame- » ner en triomphe à Londres. Le 29 novembre, les deux chambres » du parlement votèrent au roi et à la reine une adresse exprimant » la sincérité et la vivacité des regrets qu'elles éprouvaient des » torts dont elles s'étaient rendues coupables envers le Saint-Siège » et dans laquelle elles suppliaient Leurs Majestés , qui n'avaient ]o point participé aux mêmes péchés, d'intercéder pour elles auprès x> du souverain Pontife , afin d'en obtenir leur pardon et leur re- » tour dans le bercail de Jésus-Ghrbt. Le lendemain, l'évêque et » grand chancelier Gardiner lut cette adresse en présence de la y> reine, qui était assise sur son trône, ayant le roi à sa droite et le D cardinal Polus à sa gauche. Le roi et la reine s'adressèrent alors » au légat, qui, après avoir prononcé un discours assez étendu et x> analogue à la circonstance, donna pour le Pape, aux deux r> chambres et à la nation tout entière, V absolution y au nom du x> Père, du Fils et du Saint-Esprit; à quoi les membres du » parlement, respectueusement agenouillés, répondirent : Amen. » C'est ainsi que l'Angleterre redevint une contrée catholique 1» et qu'elle fut rétablie dans le bercail du Christ. Toutefois , 1» avant de consentir à consacrer, par son àlence, la spoliais tion des biens de l'Eglise, le Pape Jules m avait longtemps » hésité : le cardinal Polus ne se prêta lui-même qu'avec une x> profonde douleur à cette mesure ; Gardiner, premier ministre de r> Marie, et tous les autres membres du conseil royal , insistèrent » tellement, qu'on dut ratifier la transaction. Du reste, Marie res- D titua bientôt après aux églises et aux couvents toutes celles de x> leurs terres et autres propriétés, tombées, depuis la révolution, » dans le domaine de la couronne. En général, son désir était de » les rendre, autant que possible, à leur destination primitive* » Elle rétablit ainsi l'abbaye de Westminster, le couvent de

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» Greenwich, les moines noirs de Londres et une foule d'hdphaux » qu*elle dota fort richement. »

13. Telle fut, d'après rhistorien protestant Cobbet, la reine , à laquelle tant d'auteurs anglicans ont donné le surnom , devenu presque historique, de Sanguinaire. On a répété à satiété que son règne n'avait été qu'une suite de persécutions , un long martyrologe. « Or, dit encore Ck)bbet dont l'autorité est d'un si grand » poids ici , les exécutions ordonnées sous le règne de Marie, en » vertu des lois existantes , et présidées par une cour judiciaire , » atteignirent presque toutes d'atroces scélérats , continuellement » occupés à machiner la mort de la reine, et qui, sous le spécieux » prétexte de liberté de conscience , cherchaient à ramener une 9 révolution qui leur permit encore de s'enrichir par le pillage. »

Au milieu de ces événements heureux pour l'Eglise , Jules III était mort, le 23 mars 1553, après un pontificat de cinq années.

l n. Pontifieat de Hareel U (9 avril 1 555-1 « mai 1555).

14. Les suffrages du sacré CoUége se réunirent sur le cardinal Marcel Cervini, qui prit le nom de Marcel II (9 avril 1555). Sa fenneté , son zèle, ses vertus, faisaient concevoir les plus hautes espérances de son pontificat. Pour éviter jusqu'au soupçon de népotisme, Marcel II ne voulut point soufifrir que ses parents vinssent à Rome après son exaltation, et il introduisit de grandes économies dans le luxe de la cour. Mais son plus ardent désir était de reprendre le concile de Trente , interrompu depuis deux ans, et d'jr travailler à la grande œuvre de la pacification et de la réforme de l'Eglise. « La réformation, disait-il au cardinal de Mantoue, » est l'unique moyen , non-seulement d'accroître , mais même de » conserver l'autorité pontificale. Elle ne supprimera que des » choses superflues et onéreuses, le luxe, la pompe, le cortège et » d'autres dépenses excessives et inutiles, qui rendent le pontificat » méprisable au lieu de le rendre vénérable et majestueux. Le » retranchement de toutes ces vanités augmentera en réalité le Y» pouvoir, la réputation et les finances, qui sont les nerfs d'un fi gouvernement, et, ce qui est plus que tout cela, attirera sur les » P|pes le secours divin que doivent se promettre tous ceux qui

x> font leur devoir. » La mort ne permit pas à Marcel II de mettre à exécution ses généreux projets. Il fut emporté par une attaque d'apoplexie, après vingt et un jours de pontificat. Ses contemporains lui appliquèrent ces paroles de Yii^e : Les destins le voulaient seulement montrer à la terre.

g s. PontiOeat de Paal IV (2S mai 1555-18 août 1559).

1 5. Un pontificat aussi court que celui de Marcel II ne paraissait pas devoir exercer une grande influence sur les affaires ecclésiastiques, n eut néanmoins un résultat important et donna à la politique de la cour romaine une direction qui domina dans le conclave. Le cardinal Caraffa, premier supérieur général des Théatins , fondés par saint Gaétan de Thienne , fut élu Pape le 23 mai 1555, et prit le nom de Paul lY. Il était kgé de pihs de quatre-vingt-neuf ans ; mais sa vieillesse ne lui avait rien fait perdre de son zèle et de sa vigueur. H était l'un des préconisateurs les plus ardents de la réforme. Son caractère ofrait la réunion de toutes les qualités qui donnent à un homme le droit et le pouvoir de commander aux autres. Doué d'une nature ardente et d'une volonté forte, il y joignait des convictions profondes. Né pendant le quinzième siècle, où la liberté politique de l'Italie avait jeté un si vif éclat , il ne songeait qu'à rendre à cette contrée son ancien lustre. <c L'Italie du siècle passé était, disait-il , un instrument à T> quatre cordes, parfaitement d'accord. Ces quatre cordes étaient D Naples , Milan , Venise et l'Etat ecclésiastique. » Plein de cette idée, Paul Vf ne voyait qu'avec peine la domination espagnole qui avait détruit l'harmonie italienne. Il songea dès lors à combattre de toutes ses forces cette influence étrangère.

16. L'abdication de Charles-Quint laissa, comme nous l'avons vu, la couronne impériale à Ferdinand P', et les Etats héréditaires, c'est-à-dire l'Espagne, les Pays-Bas, la Bourgogne, Naples, le Milanais , le Nouveau-Monde à Philippe II , déjà roi d'Angleterre par l'alliance qu'il avait contractée avec Marie Tudor. Ferdinand P' prit le titre et les insignes impériaux sans demander préalablement le consentement du Saint-Siège. Cette conduite inaugurait une révolution tout entière. L*empire d'Occident

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avait été rétabli par le pape saint Léon III , dans la personne de Charlemagne. Le titulaire, par l'origine même de l'institution, était donc essentiellement le défenseur armé de l'Eglise romaine. Le Pape avait et devait avoir naturellement une part principale à son élection, soit en la faisant lui-même, soit en approuvant le choix des électeurs appelés à la faire. Depuis plusieurs siècles, les électeurs étaient au nombre de sept, et, d'après les anciennes constitutions de l'empire, constitutions communes à toutes les nations chrétiennes, Us devaient être catholiques et en conununion avec le successeur de saint Pierre. Or, Charles-Quint avait bien abdiqué l'empire, mais son abdication n'avait pas été ratifiée par le Pape comme elle devait l'être : l'empire n'était pas canoniquement vacant, et Ferdinand ne pouvait y prétendre. L'abdication de Charles^Quint et l'accession de son frère avaient été ratifiées par les sept électeurs ; mais cette acceptation ne pouvait, à aucun titre, dispenser du consentement du Saint-Siège. D'ailleurs, trois de ces électeurs étaient hérétiques, et, d'après l'ancienne constitution du Saint-Empire, se trouvaient, par le fait, déchus de leur droit. Aussi , lorsque l'ambassadeur de Ferdinand P' se présenta devant Paul lY pour notifier l'avènement de son maître au trône impérial, le Pape , de concert avec les cardinaux , répondit d'après les principes que nous venons d'exposer. « L'unique voie pour » lever toutes les diflBcultés , ajouta-t-il , serait que Ferdinand i> s'en remit au Saint-Siège, qui suppléerait, par son autorité, 9 aux défauts survenus dans le mode d'élection. » Des négociations diplomatiques furent engagées dans ce sens. Mais Ferdi-* nand finit par retirer son ambassadeur, résolu de se passer de l'autorisation du Pape. Ses successeurs ont imité cette conduite* Dès lors, il ne resta plus du Saint-Empire romain que le nom : il n'y eut plus, en réalité, que l'Empire séculier d'Allemagne.

17. Les rapports de Paul IV avec Philippe II , comme héritier des possessions italiennes de Charles-Quint, ne devaient pas être plus heureux. Le Pape sut parfaitement établir une distinction entre Philippe U, roi d'Espagne, de Naples et du Milanais, et Philippe n, époux de la reine d'Angleterre. Charles-Quint, Philippe n et Ferdinand l" s'étaient tous trois opposés à l'élection de Paul IV, dont ils connaissaient les opinions politiques. « Si Dieu IV 11

les PAUL IV (1555-1559).

» veut que je sois souverain Pontife, avait dit le vieux cardinal, » Fempereur ne pourra empêcher mon élection. Elle me sera dès » lors d'autant plus agréable qu'il me sera impossible d'en avoir » d'autre obligation qu'à Dieu seul. y> A peine monté sur le trône de saint IHerre, le nouveau Pape reçut une députation anglaise, composée d'un évêque et de deux seigneurs qui venaient, au nom du roi Philippe II et de la reine Marie, faire acte de soumission à l'obédience pontificale. Ils étaient chargés, en outre, de deman-> der, au nom de leurs souverains, l'érection de l'Irlande en royaume. Paul lY se prêta volontiers à cette demande. Une bulle apostolique, datée du 7 juin 1755, reconnut officiellement le titre de rois d'Irlande que Philippe et Marie voulaient prendre. Les ambassadeurs furent ensuite admis à l'audience du Pape. Us le reconnurent, au nom de la nation, comme chef de l'Eglise uni-> verselle; lui présentèrent une copie de l'acte législatif qui reconnaissait son autorité, et le prièrent de ratifier l'absolution prononcée par le sénat, et de confirmer les évêchés érigés durant le schisme. Paul FV s'empressa d'accéder à ces justes demandes.

18. Cependant ces marques de bienveillance accordées à Té-» poux de la reine d'Angleterre ne modifiaient rien aux dispositions du Pape, qui songeait toujours à détruire l'influence espagnole en Italie. Il avait besoin, pour réussir dans une entreprise aussi périlleuse, de l'appui de la France. D espérait, à l'aide de cette nation si chère au Saint-Siège, recouvrer l'indépendance italienne. «Si, pour cette cause sacrée, disait-il, je ne suis ni écouté » ni secouru, la postérité dira du moins qu'un vieil Italien, aux » portes de la mort, au lieu de se reposer et de se préparer en » paix à mourhr, conçut seul ces plans élevés, qui devaient rendre » à sa patrie son existence et sa nationalité. » Dans l'intervalle de l'abdication de CJiarles-Quint, la trêve de Yauxelles (5 février 1556), conclue entre l'Espagne e,t la France, avait donné quelque repos aux peuples épuisés; mais cette trêve, dictée plutôt par le besoin que par le désir de la paix, fut presque aussitôt rompue que signée. Henri II, poussé par les Guise, dont l'influence était alors toute-puissante, rompit bientôt la trêve. Paul IV conclut avec le roi de France une ligue offensive et défensive contre Philippe II (15 décembre 1556). Pour se mettre en mesure

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