‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 58 sur 192 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

de commencer les hostilités, le Pape comprit qu'il avait besoin d'appeler à lui les hommes les plus énergiques. Sa famille partageait tous ses sentiments à l'égard de la domination espagnole; et, coomie il était sûr de son concours, il chercha naturellement à s'appuyer sur elle. Cette pensée Taveugla sur le compte de ses neveux, et le fit tomber dans une faute qu'il déplora plus tard amèrement. Il nonmia cardinal son neveu Charles Caraffa, dont l'animosité contre les Espagnols était connue. Malheureusement ce jeune honune n'avait aucune des qualités qui conviennent à un prince de l'Eghse. Elevé dans les camps, il avait la dureté d'un soldat. Paul lY commit une grave erreur en lui confiant la direction des affaires pohtiques, et en lui laissant exercer même une influence trop sensible dans les questions religieuses. Les autres neveux du Pape , voyant par quelle route on arrivait à ses faveurs, se bâtèrent d'afficher la même haine contre la domination espagnole. Us obtinrent de même des dignités et des charges. L'aîné devint duc de Palliano , le plus jeune , marquis de Montebello; tous élevèrent leur ambition jusqu'aux plus hautes destinées. Ainsi, Paul lY, que les idées de réforme préoccupaient si fortement, favorisait indirectement un des abus les plus criants, le népotisme. Mais il sut plus tard réparer si courageusement cette faute, qu'elle devint pour lui l'occasion d'un nouveau mérite devant Dieu et d'une véritable gloire aux yeux des honunes.

19. Cependant les hostilités avaient commencé en Italie. Le duc de Guise était accouru dans le Milanais avec une armée formidable ; mais traversé par des intrigues de cour, il ternit sa réputation par une campagne infiructueuse, et fut obligé de repasser en France, sans avoir rien fait pour le Pape, son allié. Phihppe n et Marie avaient dirigé dans les Pays-Bas des forces imposantes, sous les ordres d'Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, grand général et mortel ennemi de Henri II, qui s'était emparé de ses Etats. Malgré les héroïques efforts du connétable de Mont-morency, du prince de Condé et de l'amiral Coligny, Emmanuel remporta sur les Français la sanglante victoire de Saint-Quentin (18 août 1557), comparable, pour ses résultats désastreux, à celles de Crécy, de Poitiers et d'Azincoiu*!. Le chemin de la capitale était ouvert. (cMon fils est-il à Paris?» demanda Charles-

Quiot en apprenant la déroute des Français, dans sa retraite de Saint-Jast. Mais Philippe II n'avait pas le génie de son père. Il ne sut pas profiter d'une victoire qui aurait mis toute la France au pouvoir de Charles-Quint. Ses généraux lui conseillaient, ea effet, de marcher immédiatement sur Paris. « Non, non, répon— )) dit-il , il ne faut jamais réduire son ennemi au désespoir. » Pendant qu'il perdait le temps à soumettre les principales forteresses de la Picardie, Henri II organisait une armée tormidable , dont le duc de Guise prit le commandement à son retour d'Italie.

20. Son départ avait laissé Paul lY livré à ses propres ressources, vi&-à-vis le duc d'Albe, le plus grand capitaine que l'Espagne, alors si féconde en guerriers , eût vu naître, depuis Gonzalve de Cordoue. 11 était alors vice-roi de Naples. Ses troupes se mirent en marche, et vinrent bientôt menacer Rome. L'armée pontificale se composait de Romains peu exercés au métier des armes. Il fallut recourir à d'autres défenseurs. Paul lY prit à sa sold^ les bandes indisciplinées de Pierre Strozzi , célèbre condottiere italien. Les deux armées ennemies présentaient alors le plus étrange spectacle. Le duc d'Âlbe était un fervent catholique, et il imposait à ses soldats une grande réserve dans l'attaque , et un profond respect pour le Saint-Siège. Au contraire , les troupes de Strozzi, recrutées, en grande partie, d'Allemands, presque tous luthériens, se livraient à tous les excès de la guerre, sans frein et sans remords. La situation du Pape était pleine de dangers. Heureusement la lutte devait se terminer sur un autre point. Le duc de Guise avait été déclaré lieutenant-général du royaume par le roi de France Henri H. H allait combattre pour la nationalité de sa patrie. Il ne démentit pas les espérances qu'on avait conçues de ses talents. En plein hiver, il vint établir son camp en face de celui des Espagnols et des Anglais, au cœur même de la Picardie. Par une marche savante, il réussit à donner le change à l'ennemi sur s^ véritables projets, et vint se rabattre, à l'improviste, sur Calais, où on ne l'attendait pas. Depuis deux cent dix ans, cette place livrait la France aux ennemis. Après le désastre de Crécy, Edouard HI ne l'avait prise qu'au bout de onze mois de siège. En dix jours le duc de Guise l'emporta d'assaut

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