CHAPITRE IV
(10 janvier 1558). Guines^ Hâm, le Catelet et plusieurs autres places fortes succombèrent à leur tour, et la domination anglaise disparut entièrement du sol frahçais. Marie, reine d'Angleterre , fut tellement afifectée de ces pertes, qu'elle en mourut de douleur (17 novembre 1558). ce On a ignoré mon mal, disait-elle à ses » derniers moments. Si on veut le connaître , qu'on ouvre mon » cœur; on y trouvera le nom de Calais. » Au printemps de l'année suivante, le duc de Guise parut se surpasser lui-même par la prise de Thionville, la plus forte place des Espagnols. D'un autre côté, le maréchal de Brissac, en Piémont, soutint avec une poignée de troupes l'honneur des armes françaises , et opéra une diversion favorable à Paul IV, en forçant le duc d'Albe à venir lui tenir tête. Cependant les deux monarques désiraient également la paix : Philippe II, parce qu'il n'aimait pas la guerre ; Henri n, parce qu'il avait à réparer les malheurs de la France , et à combattre l'invasion du Calvinisme dans ses Etats. Le connétable de Montmorency fut chaîné d'entamer avec le roi d'Espagne des négociations qui finirent (2 avril 1559) par la paix de Cateau- Cambrésis. On l'appela la Paix malheureuse, parce que Henri H rendit cent quatre-vingt-neuf places fortes, conquises tant en Italie que dans les Pays-Bas * mais on n'a pas remarqué que , par la conservation des Trois-Evêchés (Metz, Toul et Verdun), la France rentrait dans ses limites naturelles , pi*emière sécurité des Etats.
21. Les conditions que la paix de Cateau-Cambrésis faisait au Pape, étaient plus honorables qu^on aurait osé l'espérer. Il fut convenu « que le duc d'Albe irait à Rome pour rendre à Paul IV 9 ses hommages, au nom du roi catholique son maître. Le souvei> rain Pontife recevrait dès lors le roi catholique en son amitié, 9 et renoncerait à l'alliance française. Philippe H devait rendre 9 au Pape toutes les places des Etats romains prises durant la n guerre. Les fortifications en seraient rasées : tous les biens, de 9 quelque nature qu'ils pussent être, enlevés au Pape pendant le ]> cours des opérations militaires , lui seraient également rendus. » Une amnistie réciproque devait garantir la sûreté de tous ceux » qui avaient pris les armes pour l'un ou l'autre parti. » Après la ratification de tous ces articles, le duc d'Albe vint en effet à Rome,
et fit à Paul rV les soumissions convenues. L'issue de la guerre, relativement favorable au souverain Pontife, ruinait cependant ses plus chères espérances. La domination des Espagnols à Naples et à Milan reposait sur des bases plus solides que jamais. Philippe n jouissait de la prépondérance que Charles-Quint avait acquise. Les ennemis personnels du Pape, les Colonna et les Sforce, reprenaient une position brillante; l'échec, sous ce rapport, était complet. Mais les hommes éner^ques ne reculent pas devant une position difficile : ils sont brisés par les événement, ou bien ils les acceptent, les dominent, et reportent ailleurs remploi de leurs puissantes facultés. Il en fut ainsi de Paul lY. Il accepta courageusement sa défaite, et ne songea plus qu'à accompli* l'autre partie de son œuvre, la réforme de l'Eglise.
22. n prononça un jour dans un consistoh^e, ces mots : Réforme! Réforme! L'un des cardinaux lui répondit : « Très sain- » tement parlé; mais il faut que la Réforme commence par nous. » Paul IV comprit que ces paroles faisaient allusion aux désordres de ses neveux, dont le peuple de Rome commençait à se plaindre hautement. Le souverain Pontife n'hésita pas; il fit une enquête secrète qui lui révéla toute la vérité. Ayant en main les pièces de conviction de ce triste procès, il assembla un consistoire extraordinaire, dévoila ce malheur de famille, et ordonna, par un décret, que ses neveux, avec leurs épouses, leurs enfants et leurs serviteurs, quittassent Rome dans un délai de douze jours. Il les dépouillait, par le même acte, de leurs dignités et de la puissance dont ils avaient si longtemps abusé. Le cardinal Caraffa fut exilé à Civita Lavinia. Jean Caraifa, duc de Palliano, général de l'Etat pontifical, préfet des galères, perdit ces deux emplois éminents et fut exilé à Gallèse. Antoine Caraffa, marquis de Montebello, fut contraint de se retirer dans son marquisat, situé en Romagne. Tous trois devaient être jugés comme criminels de lèse-majesté, s'ils venaient à quitter le lieu de leur exil. Quelques cardinaux voulaient excuser les coupables, le Pape défendit qu'on osât prononcer désormais leur nom en sa présence. Quand il eut frappé ce coup de foudre et que les trois exilés eurent quitté Rome, Paul lY s'écria : « Maintenant nous pouvons, nous devons dire : » De notre pontificat l'an I**. » — « Pape à jamais illustre ! dit l'é-